Hausse des taux d'intérêt - Il sera maintenant plus difficile pour la Chine de contrôler sa monnaie

L’inflation s’est accélérée en Chine, les prix du marché immobilier s’étant envolés.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Liu Jin L’inflation s’est accélérée en Chine, les prix du marché immobilier s’étant envolés.

Pékin — La première hausse des taux d'intérêt en Chine en près de trois ans a été motivée par la crainte de l'inflation, mais cette décision surprise pourrait compliquer les efforts de Pékin visant à empêcher une hausse du yuan par rapport au dollar.

Le taux directeur des dépôts à un an a été relevé de 2,25 % à 2,50 % et celui des emprunts à un an de 5,31 % à 5,56 %. Ce geste surprise, annoncé mardi soir par la banque centrale de la deuxième économie du monde, constitue le premier resserrement de la politique monétaire en Chine depuis la crise financière de 2008.

Cette hausse des taux laisse craindre un moindre dynamisme de la Chine et par conséquent un risque pour la croissance mondiale.

Les marchés des changes ont immédiatement réagi à la décision, prise pour éviter une surchauffe de l'économie chinoise, et qui a pesé sur les places boursières. La Bourse de Tokyo a terminé la séance de mercredi en nette baisse, alors que celles de Paris et de Londres étaient également en recul en début de matinée.

«Cette décision semble indiquer que l'accélération de la croissance et les préoccupations officielles quant à l'immobilier et à l'inflation sont plus importantes que prévues», a expliqué Ben Simpfendorfer, économiste basé à Hong Kong de la Royal Bank of Scotland. Ces derniers mois, l'inflation s'est accélérée en Chine, atteignant en août un rythme inégalé depuis presque deux ans. Les prix des denrées alimentaires se sont envolés, de même que ceux du marché immobilier.

Pékin se refusait jusqu'ici à relever ses taux d'intérêt, par crainte notamment que cette mesure ait pour conséquence d'attirer des fonds à la recherche des meilleurs rendements et ne fasse monter le yuan, compliquant ainsi le maintien de la stabilité de la monnaie chinoise. «La perception des marchés que la politique monétaire se resserre en même temps que la monnaie s'apprécie va encourager l'entrée en Chine de davantage de flux de capitaux étrangers, ce qui pose un risque d'inflation des actifs financiers et immobiliers, ainsi que de l'indice des prix à la consommation», analyse Nicholas Consonery, un expert d'Eurasia Group basé à Washington.

Une appréciation du yuan est dans l'intérêt de la Chine et aiderait le pays à contenir l'inflation et à accroître la demande intérieure, a pourtant affirmé mardi la Banque mondiale.

La banque centrale chinoise a annoncé la semaine dernière des réserves de change record à 2648 milliards de dollars, équivalentes à plus de six mois de PIB. Ce chiffre, fruit de l'excédent commercial, des investissements étrangers et des entrées d'argent spéculatif en Chine, reflète les profonds déséquilibres du pays dans ses échanges avec le monde extérieur.

La Chine est de plus en plus pressée par ses partenaires commerciaux de laisser s'apprécier plus rapidement sa monnaie par rapport au dollar. Certains parlementaires américains jugent le yuan sous-évalué de 20 % à 40 % par rapport au dollar et estiment que cela confère un avantage compétitif indu aux produits chinois sur le marché américain.

Mais Pékin a catégoriquement rejeté toute réévaluation brutale de sa monnaie, affirmant que cela mettrait en péril ses industries exportatrices et des millions d'emplois. En gage de bonne volonté, la Chine a toutefois laissé le yuan s'apprécier d'un peu moins de 3 % depuis le mois de juin.

Selon M. Simpfendorfer, la hausse des taux d'intérêt en Chine rend plus improbable une action brutale de Pékin sur ses mécanismes de contrôle de sa monnaie, vu que les autorités chinoises vont sans doute dans un premier temps évaluer l'impact de la mesure.