Fannie et Freddie dépendent de la reprise

Maison à vendre<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark Ralston Maison à vendre

Record battu! Triste record que celui du montant maximal du «renflouement» par les pouvoirs publics américains que détenait jusqu'ici l'assureur AIG, recapitalisé par l'État fédéral à hauteur de 190 milliards de dollars. Jeudi 21 octobre, l'Agence fédérale de financement du logement (FHFA), autorité de tutelle des deux géants du refinancement du crédit immobilier aux États-Unis, Fannie Mae et Freddie Mac, a annoncé que leur maintien à flot nécessiterait l'injection de 73 à 215 milliards US$ de plus sur trois ans.

Les chiffres de la FHFA résultent d'une étude de résistance [stress test] menée en fonction de trois simulations prenant en compte l'évolution des prix de l'immobilier, la perspective de croissance et le risque de retombée de l'économie américaine en récession. Sa conclusion: l'option la plus favorable (stabilité des prix de l'immobilier) nécessiterait 73 milliards de dollars supplémentaires; la plus pessimiste, qui envisage un effondrement des prix immobiliers de 25 % d'ici à fin 2011, atteint 215 milliards; la médiane (recul de 5 % à 10 % des prix) se situe entre ces extrêmes. Fannie Mae et Freddie Mac ayant jusqu'ici perçu 148 milliards, l'investissement public dans leur sauvetage, depuis leur mise sous tutelle publique en septembre 2009, pourrait donc atteindre la somme maximale irréelle de 363 milliards en cinq ans: sept fois le renflouement de General Motors!

Ces deux organismes ont eu historiquement un caractère hybride particulier: parfaitement privés et côtés en Bourse, ils protégeaient les prêts immobiliers octroyés par les banques et les sociétés de crédit soit en les rachetant directement, soit en les garantissant. De ce fait, ils bénéficiaient d'un statut d'entité sous parrainage public avec possibilité d'emprunter eux-mêmes à taux préférentiel. Lorsque la bulle des subprimes a explosé, Fannie et Freddie détenaient 45 % des 12 000 milliards d'encours des prêts immobiliers aux États-Unis. Très actives dans le lobbying au Congrès, elles avaient également énormément investi dans le marché boursier des subprimes.

Ce sont les conséquences d'une gestion soumise aux aléas des marchés de deux mastodontes privés censés protéger l'intérêt général qui sont aujourd'hui en débat aux États-Unis. Les projections de la FHFA, a indiqué son président, Edward DeMarco, sont «destinées à donner aux décideurs politiques et à l'opinion les données utiles» pour fixer l'avenir de Fannie Mae et Freddie Mac. L'administration Obama devrait déposer en janvier 2011 un projet prévoyant leur refonte complète. En attendant, l'État leur a demandé de voler plus encore au secours des banques détentrices de titres hypothécaires «pourris» et surtout d'oeuvrer au desserrement du crédit, auquel les banquiers rechignent. De sorte qu'elles détiennent désormais la moitié de l'encours des emprunts immobiliers et qu'elles ont financé 62 % des emprunts débloqués durant les six premiers mois de cette année, selon l'organisme Inside Mortgage Finance. Incidemment, elles ont évité un effondrement encore plus énorme du secteur immobilier, hantise de la Maison-Blanche.

Alors que les élections législatives générales du 2 novembre se profilent, ces annonces ne sont pas une bonne nouvelle pour le président Barack Obama, même si M. DeMarco a indiqué que «90 % des pertes de Fannie Mae et Freddie Mac sont derrière nous». Le risque est que l'opinion ne retienne que les chiffres, qui apparaissent monumentaux. Or, depuis le début de la crise, les républicains présentent les deux géants nationalisés comme l'exemple type de la gabegie des entreprises publiques.