Des résultats mirobolants pour Apple - Pomme de discorde

Steve Jobs a des ambitions pour Apple.<br />
Photo: Agence Reuters Norbert von der Groeben Steve Jobs a des ambitions pour Apple.

Avec la publication de ses profits records cette semaine, Apple a profité de l'occasion pour dénigrer ses concurrents. Dans la guerre des titans, tout est permis. Nouveau chapitre dans une lutte sans merci.

Dans un premier temps, il y a le profit. Les résultats du troisième trimestre qu'Apple a dévoilés lundi, un profit de 4,3 milliards sur des revenus de 20,3 milliards, constituent pour elle un nouveau record. Mais, dans un deuxième temps, il y a l'insolence. Celle d'un patron qui, feignant l'improvisation, s'est présenté à la conférence téléphonique pour parler — le mot est faible — de sa compagnie et de la concurrence.

Quiconque a déjà écouté les conférences téléphoniques données par les patrons de grandes compagnies, un exercice qui consiste souvent à réciter des chiffres et à répondre aux questions d'analystes congratulatoires, sait que ces patrons font preuve d'une grande prudence. En dire le moins possible à propos du prochain trimestre. Le moins possible à propos des acquisitions envisagées. Le moins possible à propos des autres joueurs de l'industrie.

La sortie de Steve Jobs lundi était tout sauf ça. Le patron d'Apple a tiré sur tout ce qui bouge: Research in Motion, Google et son système Android qu'on retrouve sur les téléphones de Motorola et de Samsung, son ancien rival Microsoft, les nouvelles tablettes plus petites que le iPad, etc. Une sortie résumant parfaitement, en gros, la confiance agressive d'une compagnie qui a décidé de bonifier sa stratégie de terrain d'une rhétorique de guerre belliqueuse. Et ça ne fait que commencer.

Le quart du marché


«Nous avons maintenant dépassé Research in Motion [RIM, fabricant du BlackBerry] et je ne les vois pas nous rattraper dans un avenir prévisible», a-t-il dit. En effet, au cours de son trimestre, Apple a vendu 14,1 millions d'appareils iPhone, comparativement à 12,1 millions de BlackBerry chez RIM. «Nous sommes déterminés à gagner.» Et RIM, a-t-il ajouté, aura à «sortir de sa zone de confort» et à se concentrer sur sa transformation en fournisseur de plateforme-logiciel. «Ça va être un défi pour eux.»

Selon les dernières données, Apple contrôle aujourd'hui environ 24 % du marché du téléphone intelligent aux États-Unis. Bien qu'elle ait perdu du terrain, RIM occupe encore 38 % du marché. En troisième place et en rapide croissance, à environ 20 %, figurent les téléphones qui utilisent le système d'exploitation Android, qui est géré par Google et dont le code source est ouvert, contrairement à celui d'Apple.

Mais Apple n'est pas qu'un fabricant de téléphones. C'est le maître d'oeuvre d'un nouvel écosystème d'appareils, de logiciels et de contenu de consommation, qu'il contrôle au quart de tour. Comme aucune autre compagnie ne l'a fait jusqu'ici.

Baveux ?

Le patron d'Apple a continué. Au sujet d'Android: «Nous pensons qu'Android est très, très fragmenté, et qu'il se fragmente de jour en jour.» Au sujet des tablettes dont l'écran fait sept pouces, soit trois de moins que le iPad: «C'est trop petit pour ce que les gens veulent faire là-dessus», a-t-il dit en suggérant qu'il faudrait se réduire le bout des doigts avec du papier de verre pour être capable de s'en servir.

Baveux? Peut-être. Mais il n'est pas le seul à croire qu'Apple, que plusieurs donnaient pour morte aussi récemment que dans les années 90, jouit d'une avance certaine. «Nous sommes d'accord avec ce qu'il dit», a écrit Michael Walkley, analyste chez Canaccord Genuity, dans une note à ses clients. En gros, selon lui, «cet écosystème d'Apple va permettre à la compagnie de maintenir, voire d'augmenter, sa part de marché dans les téléphones intelligents et d'occuper une place importante dans ce nouveau créneau qu'est celui des tablettes».

La réplique ne s'est pas fait attendre. Le lendemain, le patron de RIM, Jim Balsillie, a parlé du «champ de distorsion d'Apple», une expression consacrée dans le monde techno qui fait référence à l'état d'esprit d'une compagnie — et de ses fidèles — convaincue de la supériorité de ses produits. Un jour, a-t-il dit, les gens «à l'intérieur de ce champ vont regretter qu'on leur raconte seulement la moitié de la vérité».

«Si les efforts d'Apple visant à contrôler cet écosystème et à gérer une plateforme cadenassée semblent bons pour Apple, les développeurs veulent un plus grand choix et les consommateurs veulent pouvoir accéder à des sites Internet qui utilisent la programmation Flash [que Steve Jobs déteste et que les appareils d'Apple ne reconnaissent pas]», a ajouté M. Balsillie. L'avenir dira s'il a raison.

Apple, pour le moment, est très axée sur l'individu consommateur. Les analystes s'interrogent déjà sur la prochaine étape: le milieu des affaires. «Who Should Apple Buy?», se plaisent à demander les sites d'information spécialisés. En effet, le compte bancaire d'Apple contient environ 42 milliards en liquidités. Par exemple, mettre la main sur Dell, et faire une entrée dans le créneau de l'informatique d'entreprise, coûterait un peu moins de 30 milliards.

Les paris sont ouverts.