Honda Odyssey : toujours en progression

Les flancs de l’Odyssey ont été sculptés pour lui donner une identité sans équivoque afin qu’elle soit désormais mieux reconnaissable qu’avant grâce à ce profil disons… moins anonyme.
Photo: Source Honda Les flancs de l’Odyssey ont été sculptés pour lui donner une identité sans équivoque afin qu’elle soit désormais mieux reconnaissable qu’avant grâce à ce profil disons… moins anonyme.

Le segment de marché des fourgonnettes est en baisse constante depuis quelques années, mais les constructeurs qui y sont bien implantés ne sont pas prêts à lâcher le morceau. C'est précisément le cas de Honda qui lance son Odyssey de quatrième génération pour l'année-modèle 2011. Le constructeur japonais y voit même un créneau d'avenir, car l'arrivée de normes environnementales plus strictes en Amérique du Nord pour 2015 va compromettre la mise en marché des gros utilitaires.

Avec leur consommation de carburant bien plus réaliste et un volume utile supérieur, les fourgonnettes pourront alors reprendre le terrain perdu. Du moins, c'est ce que l'on espère chez Honda.

Renforcer sa position au sommet


Malgré le peu d'intérêt que le public semble porter à ce type de véhicules, plus pratiques que spectaculaires, on aura assisté au cours de l'année à une transformation radicale de la catégorie. En effet, la nouvelle Toyota Sienna a été dévoilée au printemps dernier, alors que Nissan et Chrysler dévoileront bientôt de nouvelles versions de leurs fourgonnettes respectives: les Nissan Quest, Dodge Caravan et Chrysler Town&Country. Ces deux dernières sont d'ail-leurs les ténors de la catégorie puisque Chrysler vend plus de fourgonnettes que ses concurrents réunis.

La Honda Odyssey, quant à elle, jouissait d'une position fort enviable puisque c'était le produit le plus abouti sur le plan technique, et celui par lequel on jugeait tous les autres. Tant par sa motorisation, son confort, sa sécurité que par son comportement routier, l'Odyssey était une référence. Déterminée à ne pas céder un pouce à ses rivaux, ce sont là les caractéristiques qui ont fait l'objet des principales améliorations pour le modèle 2011.

Apparue sur notre continent en 1995, l'Odyssey de première génération n'était pas vraiment une fourgonnette. Avec ses quatre portières à pentures et sa plateforme mécanique héritée d'une berline Accord, on la décrirait aujourd'hui comme un «multisegment». À l'époque, il ne s'agissait que d'une curiosité mal adaptée aux réalités du marché. Mais Honda a frappé un grand coup en 1999 avec la deuxième génération: en plus d'avoir du style, cette fourgonnette bouleversait les conventions avec son V6 performant et sa banquette arrière qui se rabattait facilement sous le plancher. La troisième version, présentée en 2005, a poursuivi sur la lancée de cette dernière en raffinant certains détails tout en alourdissant un peu la silhouette.

Pour la quatrième édition de l'Odyssey, on s'attendait soit à une révolution majeure qui apporterait son lot d'innovations, soit à une autre évolution en douceur sur les fondations établies il y a plus d'une décennie. Disons que nous avons plutôt eu droit à la deuxième approche! Pas facile et pour le moins risqué, en effet, que de tenter de transformer un produit qui, comme je l'ai écrit plus haut, possédait déjà un groupe motopropulseur fantastique, une tenue de route remarquable, en plus d'avoir un habitacle ultraconfortable, bien fini et très sécuritaire. L'Odyssey n'a que très légèrement changé dans ses dimensions, principalement pour offrir plus de place à l'intérieur, particulièrement pour les occupants de la dernière rangée de sièges dont l'espace vital s'allonge de 15 cm.

Se distinguer de ses rivales

Bien que l'évolution du véhicule paraisse discrète si l'on regarde ses spécifications techniques, un bref coup d'oeil à sa carrosserie nous fera percevoir une transformation esthétique bien plus importante. Les flancs ont été sculptés pour lui donner une identité sans équivoque afin que l'Odyssey soit désormais mieux identifiable qu'avant grâce à ce profil disons... moins anonyme. Utilisant un truc déjà employé sur la Citroën C2, l'Opel Meriva et, plus près de chez nous, sur le Hyundai Genesis Coupe, les designers de Honda ont eu recours à un décrochement de la ceinture de caisse qui effectue une sorte de zigzag juste devant la dernière vitre latérale. Ce geste qui peut paraître gratuit ne l'est pas du tout: ce décrochement permet d'avoir des vitres de surface plus grande à l'arrière tout en inclinant la base de la verrière vers l'avant ce qui, à défaut d'être harmonieux, rompt la monotonie et ajoute du dynamisme à l'ensemble. De plus, le seuil des vitres latérales arrière engendre une ligne qui se poursuit visuellement vers la tangence du passage de roue avant. Sur cette ligne s'articule une cavité géométrique qui forme un écrin où l'on a rassemblé les poignées des portières disposées dos à dos. On aime bien, ou l'on voit là un peu de maniérisme, je vous en laisse juge...

Par ailleurs, la calandre présente un bel équilibre et une simplicité dont on célébrera le retour, chez Honda, après plusieurs tentatives hasardeuses par le passé. On y voit la trace d'un travail soigneux visant à en optimiser l'aérodynamisme tout en s'adaptant à l'échelle du véhicule.

Le confort avant la polyvalence

Si la deuxième génération de l'Odyssey avait introduit sur le marché la banquette arrière rabattable, Chrysler n'avait pas tardé à surenchérir avec son système « Stow'n Go», qui permet aussi d'escamoter les sièges médians sous le plancher, et pas seulement la dernière rangée. Ces systèmes apportent aussi un avantage indirect: quand les sièges sont déployés, leur espace de stockage se transforme en immense coffre de rangement pour les bagages. On s'attendait à ce que Honda innove de ce côté pour égaler la marque ou même pour renvoyer Chrysler refaire ses devoirs. Que nenni! l'Odyssey 2011 peut s'enorgueillir d'offrir 15 portes-verres (plus de deux par occupants!), mais il vous faudra toujours démonter les sièges médians, et leur trouver un hébergement temporaire, si vous avez de grands objets à déménager.

Ceux qui, comme moi, considèrent une fourgonnette comme un heureux mélange de camionnette, de fourgon et d'autobus scolaire déploreront le manque de polyvalence. Honda, comme Toyota avec sa nouvelle Sienna, a préféré opter pour des sièges médians très confortables au lieu de favoriser un habitacle que l'on peut reconfigurer à tout moment en quelques secondes. Pourtant, dans d'autres produits tels que la Fit, l'Element ou le Ridgeline, ce constructeur sait faire preuve d'un génie créatif rarement égalé quand vient le temps de concevoir des sièges qui se plient — littéralement — à votre mode de vie. Dans l'Odyssey il faudra attendre encore...

Bien que ce ne fût pas vraiment nécessaire, un bon travail a été fait sur la réponse de la direction (moins ferme qu'avant) et sur le calibrage de la pédale des freins. Le résultat est une conduite encore plus suave qui mélange habilement le confort d'une limousine et la docilité d'une berline sport. Bien que l'Odyssey 2011 soit quelques millimètres plus longue et plus large qu'avant, les ingénieurs l'ont fait maigrir d'une cinquantaine de kilos. L'unique moteur offert a aussi été retravaillé pour en réduire la consommation tout en raffermissant sa courbe de couple à moyen régime afin qu'il soit encore plus souple et agréable qu'avant.

Par contre, le poste de conduite nous présente cette ergonomie tourmentée à laquelle Honda nous a habitués. Les commandes sont rassemblées au centre dans un fouillis de boutons pas toujours logique ou intuitif. Une longue courbe d'apprentissage est à prévoir... Il y a toujours cette grosse mollette multifonctionnelle qui ne simplifie rien, mais la qualité des matériaux et l'assemblage sont conformes à nos attentes. À l'arrière, on trouvera (en option) tous les bidules et branchements électroniques nécessaires à divertir une troupe d'enfants.

Malgré un discours qui nous affirme que la nouvelle Odyssey vient d'effectuer un virage en prenant en considération les besoins des acheteurs de la génération X et Y, la fourgonnette de Honda poursuit son existence en tant que produit de luxe qui s'adresse à une clientèle qui a les moyens financiers d'assumer ses désirs. C'est rarement le cas des jeunes familles qui iront gonfler les statistiques de vente de Dodge. De plus, en choisissant d'offrir des sièges très confortables pour des adultes, tant à l'avant, au centre qu'à l'arrière, quitte à sacrifier un peu de polyvalence et de volume de rangement, les concepteurs de l'Odyssey 2011 ont choisi leur camp.

Collaborateur du Devoir

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