Rio Tinto Alcan propose de l'aluminium... vert

De l'aluminium vert? Le créneau environnemental est à ce point à la mode dans le discours marketing des entreprises que même la multinationale Rio Tinto Alcan souhaite le mettre en avant pour vendre l'aluminium québécois, alors que la demande mondiale pour ce produit devrait connaître une croissance marquée au cours des prochaines années, principalement en raison des pays émergents.

Sans surprise, le fait d'avoir accès à de l'hydroélectricité fait partie des arguments de vente de la chef de la direction de Rio Tinto Alcan, Jacynthe Côté. «L'aluminium produit à partir de l'hydroélectricité engendre sept ou huit fois moins de gaz à effet de serre que lorsqu'il est produit avec du charbon, comme ce qu'on retrouve en Chine ou en Inde», a-t-elle expliqué hier au cours d'une allocution prononcée à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal. «C'est un avantage de produire de l'aluminium à partir d'électricité propre. C'est pour ça que nos activités sont aussi importantes au Québec», a ajouté celle qui est en poste depuis février 2009.

Mais les clients de Rio Tinto Alcan sont-ils vraiment sensibles à ces questions, compte tenu du fait que ce sont les secteurs de la construction et du transport qui utilisent le plus l'aluminium? Or ces deux secteurs ont été frappés de plein fouet par la crise économique mondiale. «Vous nous demandez si on croit à un avantage stratégique à long terme? Je pense que la composition de notre portfolio actuel et nos projets de croissance le démontrent.» Le Québec produit déjà 7 % de l'aluminium mondial, soit autant que les États-Unis.

«Ce qui est très important, a expliqué Mme Côté, c'est que notre produit risque moins d'être frappé d'une taxe sur le carbone. Ça crée une production qui est beaucoup moins risquée parce qu'elle a une empreinte environnementale beaucoup plus petite.»

Elle a tout de même admis que, dans le domaine des changements de pratiques visant à favoriser un plus grand respect de l'environnement, les entreprises sont lentes à emboîter le pas. «On ne peut pas aller plus rapidement que nos clients, a répété Jacynthe Côté. Mais je crois que ça va faire de plus en plus partie de l'équation dans le cadre des changements climatiques.»

La multinationale a également modifié ses procédés de fabrication de telle sorte que, depuis 1990, ses émissions de gaz à effet de serre au Québec ont diminué de près de 40 %, alors que la production augmentait de 80 %.

Outre l'avantage signé Hydro-Québec, la chef de la direction a rappelé que chaque kilogramme d'aluminium utilisé dans la construction d'un véhicule permet d'économiser l'équivalent de 20 kilogrammes de gaz à effet de serre sur la durée de vie dudit véhicule. Et il peut être recyclé.

Hausse de la demande

Après avoir traversé la tempête, la demande mondiale d'aluminium est par ailleurs repartie à la hausse, tirée essentiellement par les pays émergents, alors que la situation économique aux États-Unis tarde à s'améliorer de façon significative.

Selon les projections de Rio Tinto Alcan, la demande devrait en fait doubler d'ici 10 ans et croître à un rythme de 4 % à 5 % par année pendant au moins 20 ans. Cette année, la demande est en hausse de 17 % par rapport à 2009, ce qui équivaut à une production de plus de 40 millions de tonnes. Un redressement qui engendre une remontée de prix, malgré le fait que les inventaires sont toujours importants, selon Mme Côté.

De quoi stimuler les projets de développement de la multinationale, qui prévoit des investissements de cinq à six milliards de dollars au Québec. Une «usine-pilote» est notamment en construction à Jonquière, au coût de 440 millions.

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