La confiance des Canadiens continue de s'effriter

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

L'essoufflement de la reprise économique pèse sur le moral des ménages canadiens. L'indice de confiance des consommateurs du Conference Board du Canada a reculé pour un quatrième mois consécutif en n'atteignant que 78,1 points en septembre, soit 1,2 point de moins qu'en août, mais surtout 18,5 points en dessous du niveau qu'il affichait au début de l'année.

Les ménages québécois se sont maintenus tout juste au-dessus de la moyenne canadienne en ne perdant que 0,2 point, à 79,2 points, dans cette échelle où le 100 correspond au niveau atteint en 2002. Les Ontariens (- 1,8 point à 67,3 points) continuent d'être ceux qui broient le plus du noir au pays, à l'inverse de leurs compatriotes des Prairies

(- 2,9 points à 96,3 points). L'humeur des consommateurs de la Colombie-Britannique a, pour sa part, continué de jouer au yoyo en chutant, cette fois, de 7,7 points, à 79,4 points, alors que les habitants des provinces atlantiques étaient les seuls à voir le monde sous un meilleur jour (+ 7,5 points, à 88,2 points) que le mois précédent.

Revenus, emplois et dépenses


«Les consommateurs ont remarqué le ralentissement du rythme de la reprise économique», en a conclu hier le Conference Board dans le communiqué présentant les principaux résultats de son enquête téléphonique, réalisée du 2 au 12 septembre auprès de 2000 personnes. Le sondage, dont la marge d'erreur est de 2,2 %,

19 fois sur 20, portait sur la perception des gens sur quatre questions: l'évolution des revenus des ménages au cours des six derniers mois, les possibilités de changement de revenu dans les six mois à venir, leurs perspectives d'emploi et leurs dispositions à faire des achats importants.

Le seul domaine où la perception de l'ensemble des Canadiens s'est un peu améliorée concerne l'état de leurs finances personnelles dans six mois. La proportion de ceux qui craignent encore que leur situation financière se dégrade dans les prochains mois a reculé de 1,2 point de pourcentage, à seulement 14,4 %.

Ils sont toutefois encore moins nombreux (13,2 %, - 1,4 point de pourcentage) à estimer que leur situation financière s'est améliorée au cours des six derniers mois. Cela explique sans doute pourquoi seulement 42,1 % des consommateurs (- 0,8 point de pourcentage) jugent que c'est un bon moment pour se lancer dans l'achat d'une voiture, de meubles, ou de toute autre dépense importante.

Le Conference Board se dit étonné de voir qu'en dépit «d'une création d'emplois considérable durant la première moitié de l'année», 20,1 % de répondants continuent de craindre, à ce chapitre, une dégradation de la situation dans leur communauté au cours des six prochains mois, et que seulement 17,8 % (- 1,7 point de pourcentage) s'attendent, au contraire, à une amélioration. Il s'agit, dans ce dernier cas, du plus bas niveau atteint depuis juillet 2009.

Ralentissement de la reprise

Une explication de ce pessimisme se trouve peut-être dans les plus récentes statistiques dans le domaine qui révélaient, au début du mois, que le Canada est brusquement passé d'une création mensuelle moyenne de 51 000 emplois durant les six premiers mois de l'année, à une moyenne de seulement 13 000 emplois en juillet et en août.

Ce ralentissement de la création d'emplois est à l'image de la reprise économique au Canada. De 4,9 % et 5,8 % en rythme annualisé au quatrième trimestre de 2009 et au premier trimestre de 2010, la croissance économique est ensuite tombée à 2 % au deuxième trimestre de cette année. Les chiffres officiels pour le troisième trimestre doivent être dévoilés aujourd'hui. On rapportait plus tôt cette semaine que plusieurs économistes s'attendaient à ce qu'on y rapporte, non pas une faible croissance, mais une contraction de l'économie.

Le Canada continue malgré tout d'afficher une bien meilleure santé économique que la plupart des autres pays développés. Il compte déjà plus d'emplois qu'avant la crise et a rattrapé une bonne partie de la croissance perdue. Les États-Unis, en comparaison, comptent toujours sept millions d'emplois de moins qu'avant la récession.

Les Canadiens ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir le moral en berne. On rapportait mardi que l'indice de confiance des consommateurs américains a reculé de 53,2 à 48,5 points entre août et septembre, tombant à son niveau le plus faible depuis février.

La confiance des consommateurs est suivie de près par les spécialistes en raison de leur importance primordiale dans l'économie. On estime que leurs dépenses en biens et services comptent pour environ 60 % de la richesse totale produite au Canada et pour 63 % de celle produite au Québec.