Les Européens se mobilisent contre l'austérité

Des dizaines de milliers de personnes ont marché dans les rues de plusieurs villes européennes, comme ici à Bruxelles, afin de manifester leur opposition aux mesures d’austérité.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) George Gobert Des dizaines de milliers de personnes ont marché dans les rues de plusieurs villes européennes, comme ici à Bruxelles, afin de manifester leur opposition aux mesures d’austérité.

Bruxelles — La grogne sociale monte en Europe face aux mesures de rigueur prises depuis la crise de la dette, avec des dizaines de milliers de manifestants hier dans les rues de Bruxelles et une grève générale en Espagne notamment.

Dans la capitale de l'Union européenne, 56 000 personnes selon la police, plus de 100 000 selon les syndicats, ont défilé au son des vuvuzelas et des pétards pour dire «non à l'austérité». La dernière grande manifestation de ce type à Bruxelles remontait à 2001, quand 80 000 personnes avaient réclamé «plus d'Europe sociale».

Aucun incident n'avait été constaté en fin d'après-midi, mais la police a procédé à 218 arrestations préventives, essentiellement de personnes en possession d'objets pouvant être dangereux. Les manifestants venaient surtout de Belgique et de France, mais aussi de Pologne, de Slovaquie ou d'Allemagne. «Il ne faut pas ajouter à la crise financière une crise sociale sans précédent dont les salariés paieraient le prix», a dénoncé le secrétaire général du syndicat français CGT, Bernard Thibault.

Depuis la crise de la dette, la plupart des gouvernements appliquent des mesures d'économies et des réformes difficiles, comme celles des retraites, pour réduire leurs déficits. Ces mesures «vont avoir un effet désastreux sur les individus et sur l'économie», dénonce John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) qui organisait la manifestation. «Les travailleurs sont dans les rues aujourd'hui avec un message clair pour les dirigeants de l'Europe: il est encore temps de ne pas choisir l'austérité.»

La Commission européenne a présenté justement hier des mesures pour punir les pays européens qui laissent trop dériver leurs finances (autre texte en page B 5). «Quand il faut payer les intérêts de la dette, on ne peut pas payer les politiques sociales», a fait valoir son président, José Manuel Barroso.

Hier était aussi une journée d'action dans plusieurs pays européens, à commencer par l'Espagne, en grève générale pour protester contre une réforme du marché du travail qui facilite les licenciements. L'un des deux principaux syndicats du pays, l'UGT, a assuré que la grève était suivie «à plus de 70 %» et par plus de 10 millions de salariés dans le pays. Mais le gouvernement s'est félicité de «l'absolue normalité» de l'activité économique. Des heurts à Barcelone entre policiers et militants d'extrême gauche se sont soldés par une voiture de police brûlée et 23 interpellations.

Au Perthus, sur la frontière, un rassemblement franco-espagnol a réuni selon les syndicats 2000 personnes, et 1200 selon les autorités. Ailleurs en France, à Lyon, Nantes et Toulouse quelque 4000 personnes au total ont défilé, selon les organisateurs, et 2000 selon la police.

Plusieurs milliers de personnes ont également manifesté hier à Varsovie, 4000 à Bor en Serbie, 2000 à Rome, un millier à Athènes et à Riga, quelques centaines à La Haye et Chypre.

Au Portugal, des milliers de personnes, selon les médias locaux, ont marché à Lisbonne et Porto contre la politique d'austérité du gouvernement socialiste. En Irlande, la police a arrêté dans la matinée un homme ayant embouti l'entrée du parlement avec un camion-bétonnière sur lequel était inscrit «Toxic Anglo Bank», en référence à la banque Anglo Irish Bank dont le renflouement sur fonds publics fait polémique.

Et les syndicats ne comptent pas en rester là. En France, où le gouvernement a présenté hier un projet de budget prévoyant une réduction sans précédent des niches fiscales et sociales afin de réduire le déficit, ils ont déjà appelé à manifester à nouveau samedi contre une impopulaire réforme des retraites.