Les ménages américains perdent confiance

Les marchés boursiers nord-américains ont réagi avec cynisme à cette nouvelle donnée du Conference Board.
Photo: Agence France-Presse (photo) John Moore Les marchés boursiers nord-américains ont réagi avec cynisme à cette nouvelle donnée du Conference Board.

Principal ingrédient d'une reprise soutenue, la confiance des ménages américains n'est plus. Du moins, tous les gains observés l'hiver dernier à ce chapitre ont été effacés.

Les ménages se disent davantage inquiets quant à leurs perspectives futures, ce qui témoigne d'une lecture plutôt pessimiste de l'état de santé du marché de l'emploi aux États-Unis. L'éventualité d'une «reprise sans emploi» est bien réelle, a averti le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, qui a élargi ce risque à l'économie mondiale.

Les marchés boursiers nord-américains ont réagi avec cynisme à cette nouvelle donnée du Conference Board. À New York, les grands indices ont plutôt fermé en hausse, avec le Dow Jones progressant de 46,10 points, à 10 858,14 points, et l'indice élargi S&P 500 de 5,54 points, à 1147,70 points. Le pessimisme ou l'incertitude étant «dans la configuration actuelle, si les indicateurs sont mauvais, cela veut dire que la Fed [Réserve fédérale] va se retrouver contrainte aux mesures d'assouplissement monétaire que le marché veut. Cela va inonder le marché de liquidités et soutenir les prix des actions. Cet indicateur est donc presque une bonne nouvelle, c'est pour cela que le marché se reprend, c'est la logique perverse actuelle», a expliqué Mace Blicksilver, de Marblehead Asset Management. suite de la page B 1

Un peu plus tôt, le Conference Board indiquait que l'indice de confiance des consommateurs américains a reculé de 53,2 à 48,5 entre août et septembre, effaçant complètement les gains du mois précédent et tombant à son niveau le plus faible depuis février 2010. «La confiance a diminué au cours de trois des quatre derniers mois et l'indice du Conference Board a effacé l'amélioration effectuée depuis l'hiver dernier», a souligné Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins.

Dans sa lecture plus fine, le recul de l'indice s'observe principalement dans la composante «anticipation». De toute évidence, «l'emploi joue un grand rôle dans le sentiment d'ensemble. Le segment "emploi difficile à obtenir" s'est détérioré pour un troisième mois consécutif, ce qui augure une autre hausse dans le taux de chômage de septembre, qui sera annoncé le 8 octobre», peut-on lire dans le résumé du Conference Board.

«Puisque cette donnée est liée à l'évolution des dépenses des ménages, la faiblesse de la confiance signale que la consommation risque de ralentir davantage», a renchéri Francis Généreux.

Le Conference Board a pointé en direction d'un autre sondage, mené cette fois auprès des dirigeants d'entreprise aux États-Unis, qui vient témoigner de cette frilosité par rapport à l'embauche. Même si les entreprises sont présentement assises sur des réserves de liquidités particulièrement élevées, l'indice des intentions d'embauche a reculé de 8 points, à 86, au troisième trimestre, soit le premier recul en plus d'un an. Ainsi, 31 % des dirigeants d'entreprise répondant au sondage ont souligné qu'ils prévoyaient embaucher du personnel au cours des six prochains mois. Ils étaient 39 % à dire cela en juin.

FMI

Sans commenter ces chiffres, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a évoqué hier le risque ou l'éventualité d'une «reprise sans emploi» de l'économie mondiale, trop faible pour faire baisser le chômage. «La croissance ne suffit pas, le but de tout cela c'est l'emploi, et le risque d'une reprise sans emploi est toujours là», a déclaré M. Strauss-Kahn. En fait, la croissance n'est pas suffisamment vigoureuse pour être génératrice d'une création nette d'emplois.

«Notre opinion ici est qu'on ne pourra pas dire que la crise est finie avant que le chômage ne diminue vraiment. Et quand on regarde l'Europe, par exemple, il n'est pas évident que le taux de croissance que nous envisageons actuellement permette ce type de prévision», a souligné le patron du FMI.

Interrogé sur l'éventualité d'une «guerre des devises», lors de laquelle de nombreux pays entreraient dans une course à la dévaluation de leur monnaie, M. Strauss-Kahn a estimé la probabilité assez faible. «Je n'ai pas l'impression aujourd'hui qu'il y ait un grand risque de guerre des devises. Mais cela fait partie des risques qui pèsent. Je pense que la probabilité est assez faible, car tout le monde peut comprendre que de trop grands conflits sur ce sujet auraient des répercussions négatives. Néanmoins, cela peut se produire.»


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Avec l'AFP