Vente des stations de radio de Corus à Cogeco - Le CRTC devra faire une exception pour rendre la transaction rentable

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Cogeco a défendu devant le CRTC, hier, sa volonté de se porter acquéreur de 11 stations de radio au Québec appartenant à Corus, en demandant une exception à la politique, afin de l'autoriser à détenir plus de stations FM en français qu'autorisé dans le marché de Montréal.

La transaction, évaluée à 80 millions de dollars était étudiée hier et le sera encore aujourd'hui par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Astral, le plus grand joueur dans le domaine de la radio au Québec, s'oppose à la transaction telle que proposée, particulièrement à l'exception demandée pour le marché de Montréal. Mais la plupart des intervenants, surtout dans les régions, appuient la transaction parce que Cogeco affirme vouloir relancer la programmation locale et l'information locale.

La politique de propriété commune limite à deux stations de radio FM et deux stations AM dans une même langue le nombre de stations qu'une entreprise peut posséder dans un même marché. Avec la transaction proposée, Cogeco se trouverait à détenir dans le marché de Montréal, en français, trois stations FM et une AM.

Dans le marché de Québec, où un dépassement se produirait aussi avec la transaction, Cogeco s'est engagé à vendre deux stations. Et à Sherbrooke, il convertirait une station en réémetteur de CKAC.

À Montréal, toutefois, Cogeco requiert cette exception, affirmant qu'il s'agit d'un cas particulier, notamment parce qu'il s'agit d'un marché bilingue où les stations francophones perdent de l'auditoire au profit de stations anglophones.

Mais même la présidente de l'audience du CRTC, Suzanne Lamarre, parle de cette exception demandée pour Montréal comme d'un «éléphant dans la pièce».

L'exception demandée par Cogeco vaut pour CHMP-FM, mieux connue sous sa désignation de 98,5. Cogeco désire conserver cette station de radio et même en faire la tête de sa future agence de nouvelles radio qui desservirait les autres stations de radio en régions. Cogeco veut même desservir avec sa future agence des stations de radio indépendantes et communautaires qui ne feraient pas partie de son réseau.

La présidente de l'audience et les quatre autres conseillers qui entendent les intervenants ont longuement questionné Cogeco sur l'exception demandée à la politique de propriété commune. Il est rare, en effet, que le CRTC ait accédé à une telle demande d'exception. Ils ont carrément laissé entendre que si le CRTC acceptait une telle demande d'exception, il risquerait de se retrouver avec une multiplication de telles demandes.

Les conseillers ont notamment demandé à Cogeco s'il pourrait transférer le 98,5 FM sur la bande AM — ce que Cogeco a rejeté — ou si Cogeco avait sérieusement cherché un acheteur potentiel pour le 98,5 si le CRTC l'obligeait à vendre la station afin de respecter la politique.

Un tout indissociable

Cogeco présente son plan comme un tout indissociable, soulignant que seulement 4 stations sont rentables parmi les 11 dont il veut se porter acquéreur. Et c'est en arrimant mieux le tout que Cogeco pense pouvoir faire prospérer son réseau, en misant aussi grandement sur la programmation locale dans les régions.

«On ne peut prendre une transaction d'ensemble comme celle-là et dire on va lui enlever un des principaux actifs qui justifie en grande mesure la transaction et on va laisser à Cogeco et à ses actionnaires seulement les stations déficitaires. Et les principaux actifs, on va les laisser aller», a protesté Yves Mayrand, vice-président aux affaires d'entreprise pour Cogeco.

«Je pense que ce serait un suicide pour quelqu'un d'acheter CHMP [et] d'essayer de la gérer seule, à Montréal. Ce serait financièrement pratiquement impossible et de plus, il y a un risque que le format de la radio parlée, qui marche bien à Montréal, soit changé», a plaidé à son tour Richard Lachance, vice-président radio pour Cogeco diffusion.

Astral opposé

En fin de journée, Astral s'est opposé à l'exception demandée, se disant persuadé que si le CRTC obligeait Cogeco à se départir du 98,5 FM, d'autres acheteurs seraient intéressés, même s'il s'agit d'une radio à prédominance verbale, plus coûteuse à exploiter.

«Moi, une entreprise qui dit: si j'ai pas ça, le deal ne marche pas, c'est pas vrai. Il y a toujours des transactions commerciales à faire», a assuré Jacques Parisien, président du Groupe radio et affichage d'Astral média radio.

«Il n'y a donc aucune nécessité d'accorder une exception à la politique de propriété commune dans le marché de Montréal franco», a plaidé M. Parisien.

L'ADISQ, de son côté, est intervenue en faveur de la transaction, tout en s'inquiétant de ses effets potentiellement négatifs sur la diversité musicale parce qu'il y aura un joueur de moins.

L'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo a donc demandé au CRTC d'imposer à Cogeco des obligations visant à assurer une plus grande diversité musicale dans ces marchés.