L'or frôle 1300 $US l'once et l'argent atteint un sommet

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Photo: Agence France-Presse (photo) Thomas Coex Or

Londres — L'or continuait d'aligner les records hier pour s'approcher de la barre des 1300 $US l'once, soutenu par la baisse du dollar et les anticipations d'un nouvel assouplissement quantitatif qui accroîtrait la volatilité sur le marché des changes.

Dans le sillage de l'or, l'argent a inscrit un pic de 30 ans de 21,45 $US l'once.

Le cours spot de l'or a le plus grand mal à franchir la résistance de 1300 $US l'once, mais reste bien soutenu par les anticipations d'une faiblesse persistante du dollar, notamment face à l'euro. L'or a gagné plus de 4 % depuis le début du mois et a accumulé les records durant cinq séances d'affilée jusqu'à mercredi. Le métal précieux a accru ses gains après le communiqué publié mardi par la Réserve fédérale américaine laissant entendre que de nouvelles mesures d'assouplissement pour relancer l'économie étaient possibles.

Les deux métaux précieux ont profité d'un nouvel accès de faiblesse de la monnaie américaine, propre à rendre plus attractifs les achats d'or et d'argent, libellés en dollars, pour les investisseurs munis d'autres devises. «La tendance de fond, qui encourage la hausse des prix, reste soutenue par le haut niveau d'incertitude concernant les économies américaine et européenne», a précisé Filip Petersson, analyste de la banque suédoise SEB.

Pour lui, la perspective d'un assouplissement de la politique monétaire américaine, qui consisterait en des injections de liquidités susceptibles de faire encore un peu plus baisser le dollar, incite les investisseurs à se reporter sur les métaux précieux.

«Le regain d'intérêt pour l'or est alimenté par la crainte que les banques centrales fassent fonctionner la planche à billets et par les inquiétudes générées par la crise des dettes publiques en Europe», confirmait Michael Hewson, de CMC Markets, selon qui l'or pourrait atteindre les 1500 $US avant la fin de l'année.

«Il est évident que la Fed envisage, et le marché s'y attend, de communiquer d'une manière ou d'une autre sur un assouplissement quantitatif», commente Daniel Grebner, analyste à la Deutsche Bank. «Le flux d'argent frais dans le système entretient les anticipations inflationnistes.»

«Si l'on examine la périphérie de l'Europe, le risque souverain s'est accru en Irlande et au Portugal et il est probable que la Banque centrale européenne fera un geste pour résoudre ce problème», ajoute-t-il.

Ces deux éléments et la probabilité de voir le dollar continuer à s'éroder impliquent une possibilité de voir les cours monter, poursuit Daniel Grebner. «Nous pourrions observer des mouvements d'ampleur sur l'or et l'argent durant le prochain trimestre.»

L'or a monté de 18 % depuis le début de l'année et, d'un point de vue technique, peut encore monter. Pour l'analyste Wang Tao, l'or pourrait atteindre 1539 $US l'once d'ici la fin de l'année, sur la base d'éléments techniques. L'argent est également bien placé après avoir effacé les barres techniques de 21,20 $US et de 21,35 $US, pour atteindre son niveau le plus élevé depuis 1980.

Confrontés à la volatilité des places boursières et des devises, comme aux incertitudes sur la valeur des obligations d'État, les investisseurs spéculatifs cherchant à diversifier leurs actifs apprécient l'argent et l'or, dont la valeur intrinsèque est unanimement reconnue.

Une recrudescence des achats d'or par les banques centrales, notamment en Asie, contribue également à stimuler le marché. Selon le cabinet spécialisé GFMS, les banques centrales vont globalement redevenir cette année, pour la première fois en vingt ans, un acheteur net au plan mondial, les achats d'or dépassant de 15 tonnes les cessions.

De son côté, l'argent profite de son statut de métal précieux, mais aussi de son utilisation dans l'industrie, notamment après de bons indicateurs manufacturiers en Chine dont les importations d'argent devraient continuer de soutenir la demande mondiale. «Le parent pauvre de l'or rattrape son retard. Il constitue une solution alternative bien moins onéreuse que le métal jaune, et bénéficie d'une demande robuste de la part des investisseurs spéculatifs», a relevé Andrey Kryuchenkov, de la société de services financiers VTB Capital.

La dépendance plus grande de l'argent aux cycles économiques pourrait se retourner en sa défaveur, avertissaient néanmoins certains experts, mettant en exergue l'important excédent de l'offre de métal gris sur le marché. Mais, à court terme, l'argent devrait accentuer ses gains dans le sillage d'un or au firmament.

Tant que les banques centrales américaine et japonaise «se battront pour déprécier leurs devises, les valeurs refuges comme l'or et l'argent attireront une demande soutenue», a assuré M. Hewson, avant d'ajouter: «maintenant, cela pourrait bien être au tour de l'argent de passer à la vitesse supérieure».