Réapprendre à compter dans une nouvelle économie

L’auteure de l’étude du Conference Board donne l’exemple du BlackBerry pour expliquer ce qu’elle appelle la nouvelle réalité du commerce d’intégration.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Indranil Mukherjee L’auteure de l’étude du Conference Board donne l’exemple du BlackBerry pour expliquer ce qu’elle appelle la nouvelle réalité du commerce d’intégration.

L'importance des liens commerciaux entre le Canada et l'Europe est bien plus grande qu'il n'y paraît, prévient le Conference Board du Canada dans une étude recommandant une plus grande intégration entre les deux économies en matière de services, de mobilité de la main-d'œuvre, d'investissement et de commerce numérique.

Les exportations canadiennes vers l'Union européenne ont totalisé 48 milliards en 2008, alors que les ventes européennes au Canada ont atteint 70 milliards, à en croire les statistiques généralement utilisées en la matière et basées sur le commerce des biens. Ces chiffres devraient toutefois être portés respectivement à 150 milliards et 440 milliards pour être plus fidèles à leur degré d'intégration économique, conclut l'étude d'une quarantaine de pages dévoilée en début de semaine et intitulée Le Commerce "manquant" du Canada avec l'Union européenne.

Son auteure, Danielle Goldfarb, en arrive à cette conclusion après avoir tenu compte non seulement des échanges de produits entre les deux économies, mais aussi du commerce des services, des investissements, des ventes réalisées par les entreprises étrangères affiliées et du commerce numérique. «En fait, ce ne sont pas les exportations transfrontalières qui constituent la principale forme de commerce entre le Canada et l'Union européenne, mais plutôt les ventes par les sociétés étrangères affiliées, explique-t-elle. De plus, contrairement aux croyances, les échanges de services entre les deux régions sont abondants et occupent une place importante plutôt que marginale.»

À l'ère du BlackBerry

L'auteure de l'étude donne l'exemple du fameux BlackBerry, de l'entreprise canadienne Research in Motion (RIM), pour expliquer ce qu'elle appelle la nouvelle réalité du «commerce d'intégration». L'entreprise de Waterloo (Ontario), rappelle-t-elle, conçoit et fabrique ses téléphones intelligents jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement rodés, après quoi elle en confie la fabrication en masse à des fournisseurs moins chers situés au Mexique, pour le marché des Amériques, et en Hongrie, pour les marchés asiatique et européen, ne se gardant que la mise en marché.

Les statistiques commerciales habituelles présenteront alors les ventes de téléphones non pas comme des exportations canadiennes, mais comme des exportations de la Hongrie vers le Japon ou du Mexique vers les États-Unis. Elles ne tiendront pas compte non plus de la vente de contrats de services de transmission de données et de la voix, qui comptent pourtant pour une bonne partie des recettes de RIM.

Cette ancienne démarche ne permet donc pas de voir la vraie nature et le poids du Canada dans la chaîne de valeur mondiale et régionale, déplore le Conference Board, qui estime que ses propres évaluations sont encore conservatrices. On ne peut pas voir, par exemple, que, «contrairement à ce qui se produit dans les chaînes canado-américaines, le Canada semble en train d'accroître sa présence dans les chaînes de valeur européennes».

Les dangers d'une vision tronquée

Mais ce qui inquiète surtout Danielle Goldfarb, c'est l'impact que ce portrait tronqué risque d'avoir sur le résultat des négociations de libre-échange en cours entre le Canada et l'Union européenne. «En seulement une année et demie, les négociateurs canadiens et européens ont progressé rapidement vers une entente sur le commerce et l'investissement, a observé la directrice associée du Centre du commerce et des investissements internationaux du Conference Board, lors du dévoilement de son étude. Toutefois, les analyses commerciales traditionnelles nous donnent une image restreinte de nos relations commerciales, et le discours public sur l'entente est dominé par une attitude défensive. Si cette étroitesse persiste, l'entente pourrait tomber à l'eau et, ainsi, compromettre nos chances d'améliorer notre accès à un vaste éventail de possibilités économiques à long terme.»

Le Canada aurait tout à gagner, selon elle, d'un changement de mentalité en la matière, qui l'amènerait à poursuivre l'élimination des obstacles «non seulement au commerce, mais aussi à l'investissement; non seulement aux produits, mais aussi aux services — y compris la mobilité de la main-d'oeuvre; non seulement aux exportations, mais aussi aux technologies et aux intrants importés».