Yuan sous-évalué: premier pas des États-Unis pour punir la Chine

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Photo: Agence France-Presse (photo) Frederic J. Brown Yuan

Washington — Le Congrès américain a fait un premier pas hier vers des mesures de rétorsion contre la Chine accusée de manipuler sa monnaie, par un vote d'une commission de la Chambre des représentants qui se prononcera la semaine prochaine en plénière.

«Même si une approche multilatérale pour répondre à ce problème est préférable, nous ne pouvons attendre davantage pour rétablir l'égalité en faveur des entreprises américaines», a estimé le chef de la majorité démocrate de la Chambre, Steny Hoyer. Le texte permettrait l'imposition de droits de douane pénalisant les produits importés de pays dont la monnaie est sous-évaluée. Il a été approuvé par acclamation par la commission chargée des questions financières et fiscales.

Le vote intervient au lendemain d'une réunion entre Barack Obama et le Premier ministre chinois Wen Jiabao en marge de l'assemblée générale de l'ONU à New York, au cours de laquelle le président américain a demandé à la Chine de «faire plus» d'efforts pour réévaluer sa monnaie.

«La manipulation persistante par la Chine de sa monnaie constitue un déséquilibre majeur sur le marché mondial», a estimé hier le président de la commission, Sander Levin, en énumérant les raisons pour lesquelles les parlementaires ont décidé de passer à l'action. «La politique de changes de la Chine a des conséquences importantes sur les entreprises américaines et les emplois américains», a-t-il ajouté, avant de rappeler que les discussions avec la Chine n'avaient jusqu'à présent produit aucun résultat.

Plusieurs élus républicains ont toutefois manifesté leur opposition, estimant qu'il s'agissait d'un manoeuvre politique des démocrates en vue des élections législatives du 2 novembre. «Ce ne sera pas efficace pour convaincre la Chine de changer sa politique de changes», a déclaré le représentant Kevin Brady, avant d'accuser les démocrates de «jouer à la politique» au détriment des travailleurs américains.

Pour être adopté, le texte doit d'abord être approuvé par l'ensemble de la Chambre des représentants, puis par le Sénat.

La loi proposée permettrait au département américain du Commerce d'appliquer des droits de douane compensatoires s'il est prouvé, conformément aux critères de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), qu'un gouvernement agit sur son taux de change et contribue de cette façon à «subventionner» ses exportations.

Le département du Commerce a refusé jusqu'à présent de considérer les manipulations de change comme des subventions déguisées, car cette pratique bénéficie notamment aux touristes américains qui se rendent dans le pays en question.

Le projet de loi demande au département du Commerce de rompre avec cette pratique et de prendre en considération «l'ensemble des faits» y compris les questions de sous-évaluation, lorsqu'il doit imposer des droits de douane compensatoires.

Au cours d'une audition au Congrès la semaine dernière, le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, avait haussé nettement le ton contre la politique de taux de change de la Chine, mais redit qu'il préférait le dialogue aux sanctions. Hier, peu avant le vote de la commission, M. Levin a rappelé la position de l'administration Obama: «Si la Chine n'agit pas, nous avons d'autres moyens» de protéger l'économie américaine.