États-Unis - La Fed campe sur ses positions

La reprise économique tant espérée en sol américain — et un peu partout dans le monde — est encore faible et la Réserve fédérale américaine a laissé entendre hier qu'elle est prête à déployer des mesures d'aide supplémentaires pour soutenir cette relance.

Dans l'ensemble, la lecture que fait la Fed, témoin d'une reprise inférieure à ce qu'elle prévoyait, n'a pas tellement changé depuis sa dernière réunion en août. Mais la banque centrale américaine a semblé préoccupée par l'inflation qui s'affiche ténue et qui va, selon elle, «demeurer contenue pour un certain temps».

Les marchés boursiers ont à peine remarqué les propos de la Fed, mais le dollar américain a perdu du terrain sur la plupart des grandes devises. Les économistes y ont vu une tentative pour rassurer les marchés, qui évoluent en dents de scie depuis des mois.

«Le comité de politique monétaire va continuer de surveiller les perspectives économiques et les développements financiers et est prêt à offrir des mesures supplémentaires pour appuyer la reprise et pour faire revenir l'inflation à des niveaux plus conformes à son mandat», a écrit la Fed dans un communiqué.

«Il faudrait que la situation économique s'envenime pour que la Fed adopte de telles actions, a écrit l'économiste Francis Généreux, du Mouvement Desjardins. Il est toutefois clair que les taux directeurs ne devraient pas bouger avant 2012.»

Le rétablissement est encore si pénible que la Fed a affirmé, comme elle l'a fait déjà à plusieurs reprises, que son taux directeur va «rester à des niveaux exceptionnellement bas pour une période prolongée». Ce taux repose présentement à 0,25 %, un plancher historique. C'est le taux auquel les banques se prêtent de l'argent pour 24 heures.

Au cours des trois premiers mois de 2010, l'économie américaine a crû à une vitesse de 3,7 % sur une base annualisée. Au cours des trois mois suivants, elle est tombée à 1,6 %.

Au Canada, le taux directeur est de 1 %. Il a été relevé à trois reprises depuis avril 2010, alors qu'il se situait à 0,25 %.

Toute modification du taux directeur par la Fed finit par avoir une influence sur l'économie. Par exemple, une baisse des taux d'intérêt rend les emprunts plus faciles pour les entreprises et les consommateurs, ce qui finit par stimuler la croissance économique.

Le fait que le taux directeur soit actuellement si bas force la Fed à recourir à des méthodes alternatives pour lubrifier les rouages de l'économie. Une banque centrale peut notamment racheter aux établissements financiers les obligations gouvernementales qu'ils détiennent, de manière à mettre davantage d'argent à leur disposition. C'est ce que le jargon nomme le «quantitative easing».

Rassurer les marchés

«Bien que la Fed n'ait pas annoncé de nouvelles mesures aujourd'hui [hier], elle a fait un effort pour rassurer les marchés quant à sa volonté d'agir au besoin, a écrit Paul-André Pinsonneault, économiste spécialisé en titres à revenu fixe à la Banque Nationale. Ceci étant dit, nous ne décelons aucun sentiment d'urgence.»

Selon lui, la voie à suivre pour l'administration Obama est celle d'un plan de stimulation accompagné d'un plan fiscal à long terme. «Toutefois, avec les élections de mi-mandat aux États-Unis, nous ne pouvons être assurés d'un tel plan fiscal», a ajouté M. Pinsonneault.

À la Banque TD, on a estimé que le communiqué de la Fed laissait la porte ouverte à tout. «Le quantitative easing n'a pas été retiré du menu, mais il n'est pas chose certaine non plus», a écrit l'économiste James Marple.

«Il semble y avoir peu de consensus au sein de la Fed quant à la pertinence d'aller de l'avant avec de nouveaux rachats d'actifs, ce qui veut dire que seules les données économiques vont faire bouger la Fed ou confirmer ses attentes.»