La faiblesse de la reprise ailleurs finira par rattraper le Canada

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Photo: Archives Reuters À la Bourse, c’est encore l’attentisme qui domine.

Le Canada ne pourra conserver son étiquette d'économie distincte. La faible reprise mondiale conjugue ses effets à celui d'un ralentissement du marché immobilier et d'une détérioration de la santé financière des ménages pour affaiblir l'économie canadienne. Inquiétude des prévisionnistes et scepticisme des marchés deviennent la norme.

Si, en cette sortie de récession, le Canada fait contraste avec les autres pays développés en affichant une vigoureuse reprise, le rythme ne pourra être maintenu. Dans leur plus récente analyse, les économistes du Mouvement Desjardins mettent l'accent sur la reprise mondiale encore fragile, surtout pour les pays industrialisés. Le Canada étant une économie ouverte, l'anémie devrait le rattraper.

«On sent un ralentissement du côté du marché de l'habitation. Aussi, l'achèvement des programmes de relance des gouvernements affectera vraisemblablement la croissance. Cependant, la plus grande faiblesse se trouve probablement du côté du secteur extérieur. L'évolution de l'économie américaine, jumelée à l'incertitude actuelle mondiale, devrait ainsi inciter la Banque du Canada à faire prochainement une pause dans le relèvement des taux directeurs jusqu'au printemps 2011», peut-on lire dans les prévisions automnales de Desjardins. Un retour à une croissance digne de ce nom n'est pas attendu avant la mi-2011.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale ne devrait pas hausser ses taux directeurs avant 2012. «Le pessimisme semble bien ancré dans l'esprit des agents économiques, d'où la léthargie actuelle de la croissance des pays industrialisés. Les embûches qui restent à surmonter pour ramener l'optimisme sont encore nombreuses. Seul le temps réussira à dissiper les profonds déséquilibres actuels, tant sur le plan du bilan des ménages que sur le plan des finances publiques et des comptes courants», ont ajouté les analystes de l'institution coopérative.

À la Bourse, l'attentisme dominera. Ce faisant le S&P 500, indice baromètre de Wall Street, devrait terminer 2010 en léger recul, de 2,3 %, alors que celui de Bay Street, le S&P/TSX, sera légèrement en hausse (+0,5 %). «La faiblesse des rendements sur le marché obligataire et une plus grande confiance des investisseurs pourraient permettre à ces mêmes Bourses d'enregistrer un rendement d'environ 15 % en 2011. On ne peut toutefois pas exclure d'autres épisodes de turbulences.»

À la Financière Banque Nationale, on invite à surveiller le recul du secteur immobilier, «puisque les répercussions positives récentes sur les autres secteurs de l'économie vont s'inverser». Ainsi, «les prix des maisons étant désormais très élevés par rapport aux revenus des ménages canadiens, les paiements hypothécaires moyens en dollars dépassent désormais largement les coûts d'un loyer». L'institution parle également d'un ratio investissement résidentiel/PIB de 7 % au Canada contre 2,5 % aux États-Unis, pour qualifier ce niveau d'«historiquement insoutenable».

Les analystes de la FBN estiment qu'une partie de la reprise au Canada traduit un devancement des dépenses de consommation alimenté par la chute des taux d'intérêt. En revanche, «la forte poussée de la consommation canadienne s'est effectuée au détriment de l'épargne». Le taux d'épargne au Canada est tombé de 250 points de base pour se situer à 2,8 % du revenu disponible alors que l'inverse se vérifie aux États-Unis, où le taux d'épargne se situe à 6,4 %. «On peut donc s'attendre à un ralentissement de la consommation de ce côté-ci de la frontière, ce qui est à l'opposé du scénario américain.»