Congrès mondial de l'énergie, à Montréal - L'avenir est dans le gaz, selon Shell

Le chef de la direction de Royal Dutch Shell, Peter Voser (à droite), en compagnie du président et chef de la direction de la société saoudienne Saudi Aramco, Khalid Al-Falih.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef de la direction de Royal Dutch Shell, Peter Voser (à droite), en compagnie du président et chef de la direction de la société saoudienne Saudi Aramco, Khalid Al-Falih.

Le patron de la pétrolière plaide en faveur de la diversité des sources pour ne pas «condamner des milliards de personnes à la pauvreté énergétique»

Il s'agit sans aucun doute de l'enjeu énergétique de l'heure au Québec. Mais qu'importent les nombreuses inquiétudes soulevées par l'exploitation des gaz de schiste, le chef de la direction de la pétrolière Royal Dutch Shell, Peter Voser, entrevoit une véritable «révolution» pour cette filière énergétique, en raison de la hausse spectaculaire des réserves exploitables. L'entreprise, mieux connue pour ses intérêts pétroliers, s'intéresse d'ailleurs de plus en plus au combustible fossile le plus «propre».

«Avec l'accroissement de la demande en énergie, nous devrons mobiliser l'ensemble des sources d'énergie si nous ne voulons pas risquer de condamner des milliards de personnes à la pauvreté énergétique, a lancé M. Voser au cours d'une allocution prononcée devant un parterre de délégués réunis dans le cadre du 21e Congrès mondial de l'énergie. Parmi cet ensemble, le gaz naturel, en tant que combustible fossile le plus propre, jouera un rôle de premier plan.»

En fait, selon les projections de Shell, la demande mondiale annuelle devrait croître de 25 % d'ici 2020 et de 50 % d'ici 2030. Cette hausse représente plus du double de celle du pétrole. «Je ne dirais pas que l'importance du pétrole va diminuer au cours de la prochaine décennie, mais sa croissance sera moins importante que celle du gaz naturel», a précisé M. Voser. Le dirigeant de la multinationale a ainsi rappelé que la production gazière, sur le déclin il y a à peine quelques années, a littéralement explosé, surtout en raison du développement des shales. À elles seules, les ressources identifiées en Amérique du Nord pourraient suffire pour répondre la demande actuelle de la région pendant plus d'un siècle. À l'échelle mondiale, les réserves seraient de l'ordre de 250 ans au minimum.

Shell est d'ailleurs de plus en plus active dans le créneau en pleine croissance des gaz de schiste. «Le pétrole est toujours le secteur le plus important pour Shell. On parle de 52 % pétrole et 48 % gaz. Mais cela va changer et nous serons plus présents dans le gaz d'ici quelques années», a expliqué Peter Voser en conférence de presse. L'entreprise a récemment acquis 4000 km2 de permis dans le Nord-Est américain, dont une large part se trouve dans le shale de Marcellus, l'un des plus prometteurs du continent.

Pas de plan au Québec

Pour le moment, la pétrolière n'aurait pas l'intention d'investir dans le gaz de schiste québécois. Mais Peter Voser est demeuré très vague lorsqu'il a été interrogé sur cette question. «Nous sommes un joueur important dans le gaz au Canada. Nous recherchons toujours des zones pour étendre nos activités. Il existe des opportunités potentielles à travers le Canada et nous allons certainement les étudier.

Mais cela ne veut pas dire que nous regardons spécifiquement du côté du Québec. Nous regardons en général où nous pouvons trouver du nouveau gaz.»

Il ne se formalise par ailleurs pas des risques environnementaux de cette filière, même si ceux-ci sont bien réels, comme la catastrophe du golfe du Mexique l'a démontré. «Nous travaillons sur ces questions depuis plus de 30 ans et je crois que nous savons comment faire les choses de façon responsable», a-t-il dit.

La multinationale de l'énergie fossile est déjà implantée dans le nord-est de la Colombie-Britannique, où elle produit assez de gaz pour alimenter 400 000 résidences. Le chef de la direction entrevoit même la possibilité d'exporter du gaz naturel liquéfié à partir des ports de l'Ouest canadien vers des marchés en pleine croissance, dont la Chine. Pékin souhaite en effet combler 8 à 10 % des besoins énergétiques du pays grâce au gaz naturel d'ici 2020. On observe aussi une augmentation marquée de la demande en gaz naturel au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en raison de la croissance économique.

Mais si le gaz est abondant et «compétitif», les gouvernements devront néanmoins mettre en place les politiques nécessaires pour stimuler davantage la demande en rendant cette ressource la plus attrayante possible. Soulignant que les usines modernes fonctionnant au gaz émettraient 50 à 70 % moins de CO2 que celles au charbon, M. Voser fait justement valoir que le gaz naturel serait en fait le moyen «le plus rapide» et «le moins coûteux» pour réduire les émissions de carbone au cours des prochaines années. À condition qu'on développe un marché du carbone qui favorise le développement des technologies plus propres.

Mais, pour l'heure, selon une étude dévoilée hier par la firme Ernst & Young, il existe de grandes incertitudes quant à l'évolution de la demande en gaz au cours des prochaines années. De telles incertitudes pourraient même décourager des entreprises d'investir dans le gaz de schiste.

Qui plus est, selon Khalid Al-Falih, président et chef de la direction de la société nationale d'hydrocarbures d'Arabie saoudite, Saudi Aramco — qui possède 20 % des réserves d'or noir connues —, le pétrole ne risque pas d'être détrôné de sitôt. Dans son discours, il a plutôt soutenu que cette énergie fossile devrait continuer de répondre à 80 % des besoins énergétiques du globe, en raison notamment de l'accroissement de la demande et du développement «inégal» des énergies alternatives. Il a d'ailleurs prétendu qu'il existe des moyens de rendre le pétrole plus «écoresponsable».
2 commentaires
  • Dominique Châteauvert - Inscrite 14 septembre 2010 11 h 17

    Les voici ceux qui se croient les maîtres du monde et et de notre avenir

    Ils sont chez nous. Ils sont sans gêne. Ils respectent magnifiquement bien le protocole du KISS: Keep It Simply Stupid. Ce sont eux les soient disant lucides, les Mad Men, ceux dont les états d'âmes sont complètement à plat. Les voici bien affalés dans leur fauteuil, la colonne vertébrale molle comme de la guenille, la tête remplie de signes de piastres, les yeux morts.
    Un véritable film d'horreur qui est pourtant LA RÉALITÉ.
    Nous les aurons vu en face.
    Le message sous-jacent est clair:il n'y a que la diminution de la demande et donc le changement des comportements individuels qui pourra y changer quelque chose.

  • Paul Racicot - Inscrit 14 septembre 2010 17 h 40

    Questions !

    L'auteur de l'article rapporte ainsi les dires de Peter Voster : «À elles seules, les ressources identifiées en Amérique du Nord pourraient suffire pour répondre à la demande actuelle de la région pendant plus d'un siècle. À l'échelle mondiale, les réserves seraient de l'ordre de 250 ans au minimum.»

    Question # 1 : Si le gouvernement donne le feu vert à l'exploitation des gaz de schiste (ce qu'il semble bien avoir déjà fait...), quelle part du marché énergétique le gaz occupera-t-il versus l'hydroélectricité et autres sources d'énergies renouvelables? Autrement dit, à quel avenir (concurrentiel, complémentaire?) sont donc voués le gaz, le pétrole (le nucléaire) et les autres formes d'énergie? Par exemple : se chauffer au gaz pour exporter davantage de notre électricité vers la Nouvelle-Angleterre et l'Ontario?

    Question # 2 : Quel sera l'impact de l'exploitation croissante du gaz de schiste sur les objectifs de Kyoto (GES)?