La Mustang V6 : un bon cheval !

Un an à peine après avoir subi un «restylage» majeur, la Mustang encaisse une autre refonte importante: pour 2011, la gamme de moteurs est entièrement révisée.
Photo: Source Mustang Un an à peine après avoir subi un «restylage» majeur, la Mustang encaisse une autre refonte importante: pour 2011, la gamme de moteurs est entièrement révisée.

La Ford Mustang a toujours été un objet unique dans le monde automobile. Cette icône des années 1960 a eu plusieurs vies — et certaines moins drôles que d'autres — avant de renaître sous une forme empreinte de nostalgie en 2005. Contrairement aux Chevrolet Camaro et Dodge Challenger, qui ne sont que des hommages à ce qu'elles furent jadis, la Mustang possède une certaine actualité. Bien qu'elle arbore avec fierté son héritage, elle sait aussi être de son temps.

Un an à peine après avoir subi un «restylage» majeur, la Mustang encaisse une autre refonte importante: pour 2011, la gamme de moteurs est entièrement révisée. Il y a, bien sûr, le grand retour du mythique «5.0» (un V8 de 5 litres avec 412 ch et 390 lb-pi de couple) et la monstrueuse version Shelby GT500 (V8 de 5,4 litres à compresseurs volumétriques affichant 550 ch et 510 lb-pi), mais la bonne surprise est ce nouveau V6 qui rend la Mustang plus intéressante que jamais.

À l'origine, à sa présentation en 1964, la Mustang n'était guère plus qu'une Fairlane recarrossée. Ford a réussi à créer un véritable phénomène (un million d'unités vendues au cours des dix-huit premiers mois de production!) en développant à peu de frais un coupé sport à partir des composants déjà utilisés dans sa gamme de compactes. En livrée de base, la Mustang proposait un six cylindres en ligne de 101 chevaux à cette époque. Rien d'étonnant à ce que ce moteur peu performant ait été l'objet de toutes sortes de plaisanteries: surnommée «secretary six», cette version a été rapidement stigmatisée en tant que «voiture de femme». C'est bien connu, les vrais hommes ont besoin d'un gros V8 pour... eh bien, pour conduire comme de vrais hommes, pardi!

Les années n'ont rien arrangé: Ford a maintenu son modèle de base en replaçant le I-6 par une suite de V6 pas plus inspirés, tout en privant cette déclinaison de son coupé au cheval galopant des caractéristiques plus fringantes que l'on réservait aux modèles à moteur V8. Bref, c'était la Mustang du pauvre, aussi triste à voir qu'à conduire, et qui, de surcroît, trahissait simultanément le manque de noblesse de sa mécanique et le compte en banque dégarni de son conducteur par son unique embout d'échappement (la honte!).

En 2011, on ne plaisante plus: le V6 offre maintenant plus de 300 ch! À titre de comparaison, la version haute performance Shelby G.T.350 de 1965 n'avait que 271 ch à proposer. Vous pensez que c'est anachronique? Sachez que ce V6 consomme moins de 8 litres/100 km sur route, selon les tests normalisés. Le vénérable «secretary six» devait certainement boire plus que cela avec moins d'un tiers de la puissance que livre ce nouveau moteur de 3,7 litres construit en aluminium, et qui est doté du double calage variable des valves indépendant (Ti-VCT). En plus, ce V6 bénéficie des travaux des ingénieurs de Ford dans le domaine de l'acoustique avec des notes d'échappement et d'admission d'air qui sont loin d'être tristes. En effet, ce constructeur a développé une expertise pointue qui lui permet de donner du caractère à ses produits, en adaptant la sonorité des composants aux aspirations de la clientèle cible. Et là, c'est particulièrement réussi: même avec un «petit six», la sonorité envoûtante du V8 est au rendez-vous.

Question de prix

Dans un paysage automobile en mutation, Ford a eu la clairvoyance de faire de sa Mustang de base un produit crédible, apte à aller embêter des coupés sport abordables, telle la Hyundai Genesis Coupe. Ou, encore, à aller semer la confusion dans l'esprit d'acheteurs de compactes de performance telles la Mini ou la Volkswagen Golf GTI. Quel rapport, vous dites-vous? C'est très simple: le prix! La version de base V6 manuelle de la Mustang est proposée, avant rabais et rude négociation, pour moins de 23 000 $. C'est le prix d'une berline compacte bien équipée et c'est bien moins que le tarif exigé pour les produits mentionnés plus haut. Ajoutez quelques petits luxes et, pour moins de 27 000 $, vous obtenez une voiture qui vous procurera un sourire permanent. Rien — absolument rien — n'est aussi amusant à conduire à ce prix. Avec quelques poignées de billets bruns, vous pourrez aussi opter pour une boîte automatique ou pour la version cabriolet.

Depuis ses origines, la Mustang a toujours été un produit populaire destiné à de grands volumes de production. Afin d'assurer sa popularité, les coûts doivent être contrôlés avec zèle. Par ailleurs, la simplicité de fabrication est assurée en évitant l'emploi de solutions techniques complexes ou de matériaux exotiques. C'est un peu pour cela que toutes les Mustang ont toujours notoirement manqué de raffinement. Cela apportait de l'eau au moulin de ses détracteurs, mais ajoutait aussi à son charme sous certains aspects.

Améliorations

Beaucoup de soin a été mis pour resserrer les tolérances du modèle 2011 et pousser la finition au niveau de ce qui se fait de mieux à cette échelle de prix. Les moyens peu subtils de réduire les coûts de production sont bien moins visibles et perceptibles qu'avant, mis à part pour l'essieu rigide à l'arrière, une solution vétuste qui n'est plus employée que sur quelques camionnettes. Malgré cela, la tenue de route a été améliorée de façon importante: la direction est plus précise et le train arrière est maintenant assez bien dressé pour décider de lui-même de galoper dans la même direction que le reste du cheval. Même les bruits de caisse et autres grincements qui harcelaient la bête ont pratiquement tous déserté l'écurie! La Mustang 2011 roule en silence et avec rigueur. Contrairement à ses soeurs à moteur V8, la version de base, avec ses réglages souples, ses pneumatiques moins larges et ses freins moins endurants, est bien plus à son aise sur la voie publique que sur un circuit de course.

Avec son regard ténébreux si caractéristique, induit par l'enchâssement des phares dans la calandre sous de lourdes paupières de tôle, la Mustang 2011 a toujours autant de présence. Son style judicieusement rétro sait évoquer son héritage sans tomber dans la caricature. Bien que l'intérieur soit mieux fini, on pourra encore trouver que le tableau de bord qui suinte les sixties est trop nostalgique. D'autre part, le volant tout aussi kitsch aurait pu être plus agréable à voir et à toucher.

Bien que le prix d'appel soit alléchant, choisir de conduire une Mustang V6 est une décision qui fera jaser votre entourage et qui devra être pleinement assumée. Vos amis qui conduisent une Prius ne vous inviteront plus chez eux. Vos collègues qui roulent en Volvo C30 lèveront les yeux au ciel et changeront de table à la cafétéria quand vous arriverez. Et vos voisins qui ont chacun une Corolla vous feront des sourires crispés, mais ne vous adresseront plus la parole. Laissez-les faire! Ils ne savent pas ce qu'ils manquent. Avec trois cents chevaux dociles sous le capot, la consommation et les versements mensuels d'une compacte, vous aurez en plus le plaisir de conduire une voiture qui a du panache et de l'esprit.

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo