Assurance-emploi - Payer plus pour recevoir moins

Un homme consulte les offres d’emploi affichées sur un tableau. Les chômeurs n’auront bientôt plus droit aux prestations supplémentaires adoptées durant la crise. De plus, employeurs et travailleurs risquent de payer plus cher pour assurer la pérennité du régime d’assurance-emploi.
Photo: Agence Reuters Mark Blinch Un homme consulte les offres d’emploi affichées sur un tableau. Les chômeurs n’auront bientôt plus droit aux prestations supplémentaires adoptées durant la crise. De plus, employeurs et travailleurs risquent de payer plus cher pour assurer la pérennité du régime d’assurance-emploi.

L'économie canadienne est encore trop fragile pour qu'on laisse s'éteindre comme prévu les mesures spéciales mises en place durant la crise à l'assurance-emploi en matière d'accessibilité et de financement, estiment des politiciens et des gens d'affaires.

Ottawa annulera à compter de samedi les cinq semaines supplémentaires de prestations ordinaires à l'assurance-emploi. On cessera aussi de verser des prestations supplémentaires allant jusqu'à 20 semaines aux travailleurs ayant beaucoup d'ancienneté.

Le gouvernement fédéral avait mis en place ces deux mesures temporaires l'an dernier alors que partout au pays les entreprises procédaient à des coupes massives dans leur personnel. Cinq semaines de prestations correspondent en moyenne à une somme totale de 1768 $ et 20 semaines, à 7072 $.

Cette réduction du nombre de semaines de prestations ne mènera pas à une baisse des cotisations au régime pour les travailleurs et leurs employeurs, bien au contraire. Le gel de deux ans de ces cotisations décrété durant la crise doit, en effet, aussi arriver à échéance à la fin de l'année et l'augmentation s'annonce salée, rapportait hier le Globe and Mail.

Le tout nouvel organisme indépendant, créé par le gouvernement Harper en juin 2008, pourra, pour la première fois, entrer véritablement en action et fixer les cotisations à un niveau qui assurera, selon lui, la pérennité du régime. On s'attend à ce que ce nouvel Office de financement de l'assurance-emploi du Canada recommande que l'on y aille, au 1er janvier, de l'augmentation maximale permise, soit 15 ¢ du 100 $ de revenu assurable pour les travailleurs (+ 8,7 %, à 1,88 $ du 100 $), et 21 ¢ du 100 $ pour les employeurs.

Les deux nouvelles ont soulevé l'ire de plusieurs politiciens et gens d'affaires. Le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, a déclaré hier que la reprise économique et la confiance des ménages étaient encore beaucoup trop faibles pour se voir asséner tout de suite une réduction des prestations et une hausse des cotisations. Son homologue de la Nouvelle-Écosse, Darell Dexter, a pressé le gouvernement Harper d'au moins envisager la possibilité de moduler ces changements en fonction de la réalité de chaque secteur.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante a qualifié la hausse des cotisations annoncée de «brutale». Elle estime que des hausses au rythme maximal permis pourraient coûter au cours des trois ou quatre prochaines années l'équivalent de 170 000 emplois perdus en nouvelles embauches retardées et en nombre d'heures de travail réduit.

Un porte-parole de la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, a répondu que les provinces ont toujours su que les mesures adoptées durant la crise étaient temporaires. «Le Canada émerge assez bien de la récession», a-t-il ajouté.

Moins bien protégés qu'auparavant

Ce débat survient alors que les experts constatent que jamais il n'a été aussi difficile pour les chômeurs canadiens de se qualifier pour l'assurance-emploi. De 71 % durant les 18 premiers mois de la crise du début des années 1980, et de 76 % durant la crise qui est survenue dix ans plus tard, la proportion d'entre eux jugés admissibles est tombée à 46 % cette fois-ci, rapportait hier une étude du Mowat Centre for Policy Innovation de l'Université de Toronto.

Décidé principalement durant le règne du gouvernement libéral, ce resserrement des critères d'admissibilité s'est aussi bien fait ressentir au Québec, où le taux de chômeurs admissibles a chuté de 87 %, en 1991, à 56 % en 2009, qu'en Ontario (de 60 % à 38 %) ou en Alberta (de 66 % à 39 %).

Ce rétrécissement du programme d'assurance-emploi ne se traduit pas seulement, pour les chômeurs, en prestations perdues, rappellent les auteurs de l'étude. Il implique qu'ils doivent se rabattre sur les régimes d'aide sociale des provinces, qui exigent d'eux qu'ils épuisent d'abord toutes leurs économies et vendent tous leurs avoirs avant d'avoir droit à de l'aide. Il signifie aussi qu'ils n'ont pas accès à la plupart des programmes de formation offerts par le gouvernement.

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Avec La Presse canadienne

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