Remplacement du toit du stade - Des concurrents pour Lavalin

Stade olympique de Montréal<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Stade olympique de Montréal

La firme SNC-Lavalin devra faire face à des concurrents pour l'octroi du contrat du remplacement du toit du Stade olympique. En réponse à l'avis d'intention lancé le 28 juin dernier par la Régie des installations olympiques (RIO), deux candidats se sont manifestés hier. Alors que le consortium EllisDon-Dessau propose un toit rétractable, la firme Aérolande préconise un dôme souple. Mais le processus, qui pourrait conduire au lancement d'un nouvel appel d'offres, se déroule sur un fond de controverse et d'allégations de favoritisme à l'égard de SNC-Lavalin.

Les entreprises intéressées avaient jusqu'à 15 heures hier pour soumettre leur dossier de candidature. La firme de génie Dessau, qui s'est associée à l'entreprise de construction ontarienne EllisDon et au concepteur François Delaney, estime que le concept de toit proposé est conforme aux exigences de la RIO. «C'est un toit autoportant et rigide qui respecte les critères techniques de la RIO et du gouvernement pour un toit fixe, a expliqué Frédéric Sauriol, vice-président développement nation chez Dessau. Il a pour avantage d'être indépendant de la structure actuelle du stade, ce qui a un effet d'allégement des charges actuelles sur les consoles du stade». Ce toit pourra aussi être rétractable.

M. Sauriol s'est toutefois gardé de dévoiler le coût de la proposition du consortium, même si le concepteur François Delaney avait évoqué un montant de 200 millions de dollars. De même, il a refusé d'appuyer les dires de M. Delaney qui, récemment, avait critiqué le processus d'appel d'offres destiné, selon lui, à favoriser SNC-Lavalin.

Pour sa part, Pierre Jutras, qui dirige la firme Aérolande, propose une structure composée de deux membranes séparées par de l'air et s'apparentant à un immense matelas pneumatique. Reposant sur un filet et utilisant les câbles du toit actuel de Birdair, cette structure s'inspire de celles qu'il a bâties en Corée du Sud et au Japon. Aérolande avait déjà soumis sa candidature lors des appels d'offres faits en 2004 et 2005, mais celle-ci avait été rejetée. La nouvelle proposition pourrait subir le même sort, puisque M. Jutras a avoué hier qu'il n'avait pas la caution d'un million exigée par la RIO. «Je m'en fous, parce que voilà un concours dont la RIO et un groupe de professionnels ont édicté les règles, a-t-il lancé. Moi, je clame que j'ai une meilleure solution que SNC-Lavalin et qu'elle coûte dix fois moins cher.» Le processus d'appel d'offres n'est qu'un «piège à cons», puisque les critères établis par la RIO ne visent, selon lui, qu'à disqualifier les candidats autres que SNC-Lavalin.

Rappelons que, même si elle était prête à conclure une entente avec SNC-Lavalin, la RIO avait lancé un avis d'intention international en juin dernier à la suite des modifications apportées aux modalités de paiement de l'appel d'offres initial de 2005. Si au moins une des deux candidatures est jugée conforme, la RIO devra lancer un nouvel appel d'offres.

De son côté, SNC-Lavalin a élaboré un concept de toit fixe en acier, au coût estimé de 300 millions. Cette toiture fermée avait été qualifiée d'«ineptie totale» par l'architecte Roger Taillibert, car elle ne permettra pas la tenue de compétitions sportives majeures.

L'ingénieur responsable du chantier olympique dans les années 70, Claude Phaneuf, croit lui aussi que le projet de SNC-Lavalin est inacceptable et qu'il pourrait même représenter un danger pour la population. Selon lui, ni les consoles ni le mat ne pourront supporter la charge imposante que représente le toit en acier de SNC-Lavalin. «Je défie n'importe quel ingénieur de produire des essais de chargement et de les signer. [...] Le jour où il y aura 50 000 personnes dans le stade et que ça va tomber à terre, le ministre l'aura sur la conscience. Je ne veux pas être alarmiste, mais ce n'est pas faisable», dit-il.

Il doute par ailleurs de la viabilité du concept élaboré par François Delaney. Selon lui, il faudrait revenir au concept de toit rétractable mis au point par Roger Taillibert. «L'avis d'intention lui-même, c'est une tromperie», résume-t-il.