Fannie et Freddie ne seront plus jamais les mêmes

Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner<br />
Photo: Agence Reuters Jason Reed Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner

Washington — L'administration Obama a plaidé hier en faveur d'une réforme en profondeur des deux géants du refinancement de crédits immobiliers Fannie Mae et Freddie Mac, dont la survie n'a été assurée qu'à grand renfort de fonds publics lors de la crise financière.

Le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a soulevé la question du rôle de l'État dans la gestion et le financement ces deux piliers du marché immobilier lors d'un colloque organisé par la Maison blanche réunissant des représentants du secteur du logement et du secteur financier.

«Laisser en l'état le système actuel n'est pas tenable», a déclaré Timothy Geithner.

Fannie Mae et Freddie Mac ont été créés après la crise des années 1930 pour assurer le bon fonctionnement du marché du crédit immobilier. Il s'agissait d'organismes de droit et à capitaux privés bénéficiant de la garantie financière de l'État, qui ne prêtaient pas directement aux acheteurs immobiliers, mais rachetaient des crédits aux établissements financiers en émettant des titres adossés à ces crédits (MBS).

Menacés de faillite par l'effondrement du marché immobilier ces dernières années, ils ont reçu près de 150 milliards de dollars de fonds publics et sont aujourd'hui sous l'étroite surveillance du gouvernement, qui a considérablement réduit leur champ d'activité.

«Nous n'accepterons pas que Fannie et Freddie rejouent le rôle qu'ils jouaient avant d'être placés sous administration judiciaire, lorsqu'ils prenaient des parts de marché au secteur privé en bénéficiant du fait qu'ils apparaissaient comme soutenus par l'État», a déclaré Timothy Geithner.

«Nous ne soutiendrons pas un retour au système dans lequel des profits privés sont subventionnés aux dépens des contribuables.»

De la privatisation à la nationalisation


Ce sujet est politiquement très sensible à l'approche des élections de mi-mandat de novembre, et l'administration Obama tient à peser soigneusement ses mots et ses actions pour éviter l'effondrement du secteur du logement.

La question de l'avenir de Fannie Mae et Freddie Mac n'a pas été réglée dans la réforme du secteur financier voulue par le président Barack Obama, ce qui a soulevé des critiques dans le camp républicain.

Les banques et les détenteurs de titres liés au marché du crédit immobilier surveillent attentivement l'évolution du débat politique sur ce dossier. Les options envisagées vont de la nationalisation à 100 % à une privatisation accompagnée d'un retrait de la garantie financière de l'État, et elles incluent toutes les solutions intermédiaires entre ces deux extrêmes.

Timothy Geithner a déclaré que des arguments solides plaidaient en faveur du maintien d'une garantie publique, soigneusement définie, aux crédits immobiliers. Il a ajouté que l'un des éléments clés du débat était la possibilité d'une forme d'assurance apportée par le secteur privé.

«Le défi consiste à s'assurer qu'une éventuelle garantie de l'État est conçue de manière à couvrir le risque de pertes et structurée pour minimiser l'exposition du contribuable», a-t-il dit.

Shaun Donovan, le secrétaire au Logement et au Développement urbain de l'administration Obama, a pour sa part plaidé en faveur d'une réduction de la présence de l'État sur le marché du financement immobilier, en soulignant que Fannie Mae, Freddie Mac et la Federal Housing Administration intervenaient actuellement en soutien dans 90 % de nouveaux emprunts immobiliers.

Fannie Mae et Freddie Mac étaient entrés sur le marché des crédits «subprimes» pendant le boom immobilier des années 2000 dans le but d'assurer un accès optimal des Américains à la propriété, avec des résultats désastreux.