Toyota se relève après la crise

Toyota a relevé ses prévisions annuelles, mais reste prudent en raison des craintes liées à la vigueur du yen, de la faiblesse de ses marges et de l’atonie du marché américain.<br />
Photo: Agence Reuters Brian Snyder Toyota a relevé ses prévisions annuelles, mais reste prudent en raison des craintes liées à la vigueur du yen, de la faiblesse de ses marges et de l’atonie du marché américain.

Tokyo — Toyota Motor a publié hier son meilleur bénéfice d'exploitation trimestriel en deux ans grâce à ses ventes en Asie, et a relevé ses prévisions annuelles sans parvenir à dissiper les craintes liées à la vigueur du yen, la faiblesse de ses marges et l'atonie du marché américain.

Pour son premier trimestre fiscal, clos fin juin, le premier constructeur automobile mondial a dégagé un bénéfice d'exploitation de 2,5 milliards de dollars, alors qu'un an plus tôt, il affichait une perte de 2,3 milliards.

La marge du groupe japonais pour la période avril-juin est ressortie à 4,3 %, contre 8,2 % et 9,9 % respectivement chez ses concurrents nippons Nissan et Honda.

Le bénéfice net, qui comprend les résultats réalisés en Chine, a atteint 2,3 milliards, tandis que l'an dernier, pour la même période, Toyota avait perdu 0,9 milliards.

«La perspective d'un ralentissement économique en Amérique du Nord constitue la préoccupation la plus importante pour Toyota», estime Mitsushige Akino, gérant chez Ichiyoshi Investment Management.

«Ses résultats du premier trimestre sont solides, mais sa révision à la hausse de ses prévisions de résultats annuels est inférieure au consensus, ils conservent donc une attitude prudente.»

De fait, si Toyota espère désormais réaliser un bénéfice d'exploitation de 3,9 milliards pour l'exercice 2010-2011, cette prévision reste nettement inférieure aux 6,3 milliards attendus par les analystes du consensus Thomson Reuters I/B/E/S.

Le constructeur a également relevé de 90 000 unités ses prévisions de ventes mondiales, à 7,38 millions de véhicules pour 2010-2011, mais a, comme ses concurrents, prévenu que le second semestre serait difficile, en particulier en Europe, où il a réduit ses objectifs.

Ses coûts de vente devraient également augmenter, ce qui devrait encore peser sur ses marges.

Le groupe prévoit en outre exporter environ 60 % de ses véhicules produits au Japon cette année, soit une proportion plus élevée que celle de Honda et Nissan.

Pour autant, Toyota estime qu'il faudra quelques années avant que ses activités dans l'archipel deviennent rentables étant donné la fin, en septembre, des subventions gouvernementales visant à soutenir le secteur et dont il est le principal bénéficiaire.

Manque de visibilité

La reprise des ventes du groupe aux États-Unis est aussi plus lente que prévu, notamment à cause de la vigueur du yen, qui se situe à un niveau supérieur à celui anticipé par Toyota face au dollar.

Le groupe continue d'évaluer le dollar à 90 yens, alors que la devise américaine se négociait vers 10h à 85,47 yens. Il a en revanche réduit de 125 yens à 112 yens ses prévisions de parité entre la devise nippone et l'euro.

En juillet, les ventes de Toyota ont reculé de 3 %, alors que l'ensemble du marché américain a progressé de 5,1 %.

Le constructeur continue également d'être handicapé par les effets de ses rappels de véhicules et les remises concédées aux États-Unis. Il envisage d'ailleurs de réduire de 10 % à 20 % ces remises au cours des prochains mois.

«Il y a un manque de visibilité en ce qui concerne les mouvements sur le marché des changes et il est difficile de prédire quelle sera l'ampleur de l'impact de l'expiration des subventions japonaises», a déclaré Takahiko Ijichi, l'un des dirigeants de Toyota, lors d'une conférence de presse.

«Nous prenons en compte un impact important sur nos bénéfices de volumes plus faibles au second semestre.»

«Pour Toyota, il y a de nombreux freins au Japon et en Amérique du Nord, un ralentissement de la reprise des ventes [de véhicules neufs] aux États-Unis est particulièrement risqué pour eux», souligne de son côté Tatsuo Yoshida, analyste chez UBS.

Avant l'annonce de ces résultats, Toyota a clôturé en baisse de 1,6 % hier à la Bourse de Tokyo, alors que l'indice Nikkei a reculé de 2,1 %.

Depuis le début de l'année, le titre a chuté d'environ 22 %.