La Jetta 201 : la nouvelle voiture du peuple

La sixième génération de la Jetta revient aux formes anguleuses que l’on associe au style Volkswagen.
Photo: Volkswagen La sixième génération de la Jetta revient aux formes anguleuses que l’on associe au style Volkswagen.

Il y a vingt ans, la Jetta était un objet unique dans le paysage automobile: une sorte de manifeste du Gute Form design sur roues qui, par la rationalité de ses formes cubistes, se distinguait nettement de la production navrante de Detroit ou des caisses à savon blafardes que les Japonais fabriquaient à l'époque. Elle n'avait rien à voir non plus avec les voitures de luxe allemandes d'alors.

La Jetta du début des années 1990 était abordable, solidement con-struite, agréable à conduire, sans pour autant pouvoir prétendre, du haut de ses 105 chevaux, être une voiture de performance. Je conduis toujours une Jetta 1992 que j'adore et que je n'échangerais pour rien au monde. À chaque nouvelle génération, j'ai vu ma voiture fétiche subir une mutation graduelle par laquelle la Jetta est passée du statut de voiture populaire — n'est-ce pas, après tout le sens premier du mot Volkswagen, littéralement «voiture du peuple» en allemand — à celui d'objet de luxe BCBG vaguement hors de prix... En décidant d'opérer un repositionnement courageux pour le modèle 2011 (en vente dès la fin de septembre), Volkswagen tente de ramener la Jetta à ses origines.

Une plateforme spécifique

Bien que la transformation qui marque le passage de la cinquième génération de la Jetta à la sixième semble subtile, la mutation est beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît. Il s'agit d'un changement de cap pour Volkswagen qui, pour la première fois, offre une plateforme mécanique bien à elle à cette voiture.

Auparavant, la Jetta avait toujours été une Golf à laquelle on greffait maladroitement un coffre et qui devait s'accommoder de l'empattement réduit de cette dernière. Maintenant, avec des roues arrière là où il le faut, la voiture gagne en habitabilité aux places arrière. Et quand on parle de la Jetta, il faut aussi comprendre qu'il s'agit d'une véritable famille de véhicules répondant à de multiples besoins, bien que la caisse de berline à quatre portières reste un invariant. Avec trois niveaux de finition, de multiples options et trois types de motorisation aux caractéristiques bien différentes, c'est à toute une matrice de produits qu'on a affaire.

Cette nouvelle approche est d'ailleurs symptomatique des changements qui s'opèrent chez Volkswagen, qui, il faut le rappeler, a clairement affiché son ambition de devenir le premier constructeur mondial d'ici huit ans, devant Toyota, GM, Ford et les autres. La compagnie allemande, qui est aussi propriétaire des mar-ques Audi, Bentley, Bugatti, Lamborghini, Seat et Skoda et qui a conclu des partenariats avec le constructeur japonais Suzuki et les chinois FAW et SAIC, est maintenant déterminée à s'occuper de sa bête noire: l'Amérique du Nord.

En dehors de l'Europe, où le groupe Volkswagen domine l'ensemble des marchés, la compagnie jouit d'une popularité enviable dans les régions au fort potentiel de croissance que sont l'Amérique du Sud et la Chine. À l'instar de ces deux zones où les antennes locales de Volkswagen ont l'autonomie et la marge de manoeuvre requises pour con-cocter et produire des véhicules adaptés à leurs marchés respectifs, la division nord-américaine a obtenu d'avoir les coudées franches dans le développement de la nouvelle Jetta. Cela n'a pas toujours été le cas et les faibles parts de marché de Volkswagen, particulièrement aux États-Unis, s'expliquent par l'obstination des Allemands de Wolfsburg à imposer leurs vues en important des produits peu adaptés au contexte américain, tant en termes de contenu que de prix.

Le juste prix

Afin d'avoir les bonnes cartes dans son jeu, et pas seulement pour plaire aux Québécois, qui sont friands de petites voitures, mais pour s'imposer dans l'ensemble du continent, Volkswagen a renoncé, pour l'heure, à importer une sous-compacte chez nous. Ce sera dorénavant le rôle de la Jetta d'être le produit d'entrée de gamme de la marque (où elle se substituera à la Jetta City, un modèle dépouillé de l'avant-dernière génération et offert à prix réduit).

La Jetta 2011 a donc subi une cure d'optimisation pour faire descendre son prix à un niveau compatible avec les moyens des acheteurs de compactes. Ainsi, pour attirer les foules chez le concessionnaire, la version de base de la Jetta 2011 est annoncée à 15 875 $. De façon plus réaliste, pour 17 275 $ vous obtenez des luxes essentiels comme la climatisation et le verrouillage central (18 675 $ avec la boîte automatique à Tiptronic à six rapports en lieu et place de la manuelle 5-vitesses). Cette version décemment équipée reprend le vénérable 4-cylindres de 2,0 L à huit soupapes que l'on trouvait dans la City, et qui a été revu afin de réduire sa consommation de carburant. À ce prix, le train arrière doit oublier la suspension indépendante et les freins à disques (bien peu de gens verront la différence, mais tous apprécieront l'entretien moins coûteux). Ces raffinements sont néanmoins offerts dans les versions plus étoffées de la Jetta.

En somme, on constate un peu partout sur la voiture que Volkswagen a fait des efforts importants pour réduire les coûts de fabrication en simplifiant les sous-ensembles et en ayant recours à des solutions éprouvées. Certes, on doit dire adieu à certaines solutions techniques à l'européenne dont le raffinement plombait le prix de revient du véhicule, mais, dans l'ensemble, on a choisi de couper dans des éléments d'importance secondaire, pratiquement imperceptibles pour le consommateur.

Un essai routier en avant-première, effectué sur de petits chemins côtiers du nord de la Californie, m'aura permis de constater que la Jetta n'a rien perdu de ses aptitudes routières. Bien au contraire! La voiture était bien servie par son moteur

5-cylindres à la sonorité rau-que, pas toujours très mélodieuse, mais dont le couple impressionnant se manifeste bien en deçà des 1500 tr/min. Les aficionados du mazout seront heureux d'apprendre que les versions TDI de la

Jetta seront, à prestations égales, moins chères de près de 4000 $ pour le modèle 2011. Les versions à carburant diesel sont les seules à proposer la boîte DSG, une manuelle robotisée qui se comporte comme une automatique. Pour le printemps, Volkswagen nous annonce déjà le retour de la GLI, la version haute performance de la Jetta, qui sera munie du 2,0 L turbocompressé bon pour plus de 200 ch. On prépare aussi, pour 2012, l'arrivée d'une Jetta à motorisation hybride qui pourra compter sur un 4-cylindres de 1,4 L à injection directe d'essence et à double niveau de compression (compresseur volumétrique et turbo).

Des formes anguleuses

On avait reproché à la génération précédente d'être trop ovoïde, avec sa silhouette qui rappelait la Corolla (sacrilège!). La sixième génération revient aux formes anguleuses que l'on associe au style Volkswagen. Pérenne, mais peu inspirée, la sculpture de la coque porte la griffe de Walter de'Silva, avec des concavités bien maîtrisées ponctuées de quelques accents tendus en saillie. Heureusement, la finition intérieure semble avoir échappé à l'assaut des coupeurs de coûts. On retrouve dans l'habitacle tout ce que l'on aime chez Volkswagen: des matériaux qui respirent la qualité, un assemblage irréprochable, une ergonomie à fois simple et claire, ainsi qu'une position de conduite idéale. Les places arrière accueillent désormais des a-dultes en tout confort et le coffre à bagages est toujours aussi volumineux.

Le repositionnement de la Jetta est un fait rare dans l'industrie automobile où, généralement, on assiste à un embourgeoisement inexorable au fil des générations. En abaissant les prix et en faisant avaler une potion d'humilité à sa Jetta, les ingénieurs de Volkswagen n'ont pas fait pas que réduire les coûts de fabrication de cette berline compacte, ils l'ont aussi ramenée sur le chemin d'une simplification technologique salutaire. En proposant maintenant des versions bien équipées sous la barre des 20 000 $, la Jetta peut redevenir une voiture populaire de grande diffusion.

En cela, elle possède des arguments aptes à détourner plusieurs acheteurs de Honda Civic, de Toyota Corolla ou de Mazda 3.

***


FICHE TECHNIQUE
Volkswagen Jetta 2011
  • Moteurs: I4 2,0 L, I5 2,5 L, 2,0 L TDI (diesel)
  • Puissance: 115 ch / 125 lb-pi (2,0 L)
  • 170 ch / 177 lb-pi (2,5 L)
  • 140 ch / 236 lb-pi (TDI)
  • 0 à 100 km/h: 11,5 s (2,0 L), 8,8 s (2,5 L), 9,0 s (TDI)
  • Vitesse maximale: 209 km/h (195 km/h pour le 2,0 L)
  • Consommation: 8,0 L/100 km (2,0 L)
  • 8,5 L/100 km (2,5 L)
  • 5,8 L/100 km (TDI)
  • Échelle de prix: 15 875 $ (Trendline 2,0 L Man.) à 29 840 $ (Highline TDI, DSG, Cuir, Navi.)

À voir en vidéo