Résultats de l'industrie pétrolière - Des profits, mais aussi des ventes

Shell affirme être de retour sur le chemin de la croissance. Jeudi, le grand patron de la pétrolière,  Peter Voser, dévoilait un profit net de 4,4 milliards $US, en dépit des conditions économiques difficiles.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Adrian Dennis Shell affirme être de retour sur le chemin de la croissance. Jeudi, le grand patron de la pétrolière,  Peter Voser, dévoilait un profit net de 4,4 milliards $US, en dépit des conditions économiques difficiles.

Encore une fois, malgré les discours sur un contexte de ralentissement économique, les profits sont au rendez-vous, aussi stratosphériques que ceux des dernières années. ExxonMobil, Royal Dutch Shell, Chevron et les autres ont publié pour la période avril-juin des résultats qui se chiffrent en milliards. En note de bas de page, une surprise: le secteur du raffinage, disent-elles, va mieux.

«La performance a été bonne», a estimé jeudi le grand patron de Shell, Peter Voser, en dévoilant un profit net de 4,4 milliards $US sur 90 jours. «Ceci, c'est en dépit des conditions macroéconomiques difficiles. Nous sommes sur la voie de la croissance.»

Même chose chez ExxonMobil, présente à toutes les étapes de la chaîne pétrolière: production, raffinage et vente au détail. Profit net pour le deuxième trimestre: 7,6 milliards $US, soit 85 millions par jour. Chez Chevron, une des six «supermajors» de l'industrie mondiale, le profit a triplé pour atteindre 5,4 milliards $US.

En sol canadien, la Pétrolière impériale, qui exploite Esso, a vu son bénéfice plus que doubler, à 517 millions, alors que celui de Suncor, très actif dans les sables bitumineux, a été de 480 millions après une légère perte l'an dernier. Pour cela, Suncor peut remercier Petro-Canada, qu'elle a avalé il y a un an au prix de 17 milliards.

Fait saillant: le raffinage, où certaines compagnies disent avoir eu de la difficulté l'an dernier en raison d'une baisse de la demande pour l'essence, semble se porter mieux. Chez Shell, qui invoque la faiblesse des marges de profit pour vouloir transformer sa raffinerie montréalaise en simple terminal de carburants, on a reconnu que les marges de profit dans le raffinage demeurent «sous pression», mais qu'elles se sont améliorées. Même refrain chez BP.

Aux yeux de Shell, cependant, il y a encore du ménage à faire. Après avoir mis des raffineries en vente l'an dernier, la compagnie a annoncé cette semaine qu'elle souhaite vendre des actifs à hauteur de 7 ou 8 milliards $US, de manière à «raffiner le portefeuille» en le délestant notamment de certaines activités de gaz naturel et d'actifs en Europe.

Sur le terrain

Un tourbillon de milliards alors que, sur le plancher des installations, la réalité est parfois différente. Selon les dernières données, 30 raffineries nord-américaine, européennes et asiatiques ont été mises en vente ou fermées depuis l'an dernier. Les travailleurs de Shell, qui souhaitent vivement l'achat de leur raffinerie de Montréal-Est par l'entreprise américaine Delek, ne sont donc pas les seuls à faire face à un sort incertain.

La mise à jour est venue de l'agence Bloomberg, qui a jugé bon d'actualiser son tableau cette semaine après deux annonces importantes la semaine précédente. D'abord, la société texane ConocoPhillips vient d'abandonner la mise à jour d'une grosse raffinerie allemande, ce qui va entraîner une conséquence comptable d'un milliard. Ensuite, le joueur américain Murphy Oil a dit qu'il allait carrément se retirer du raffinage d'ici six mois.

Méconnu du grand public, Murphy Oil a des intérêts dans les sables bitumineux et dans la plateforme Hibernia, et exploite un réseau de stations-service aux États-Unis. Elle a deux raffineries en sol américain et une autre au Royaume-Uni.

«Nos activités en amont [la production] et notre réseau de magasins d'accommodation ont montré une croissance marquée au cours des ans. En quittant le raffinage, nous pouvons concentrer nos efforts là-dessus», a dit la compagnie dans un communiqué si mince en détails qu'il a immédiatement semé l'incertitude dans les villes concernées.

«Évidemment, l'annonce nous préoccupe énormément, a dit un élu du comté de Pembrokeshire, au Pays de Galles. Rappelons qu'au Royaume-Uni, six des neuf raffineries sont à vendre. Si elles fermaient toutes, le gouvernement aurait un problème majeur de sécurité énergétique. Alors, nous allons discuter avec Murphy pour voir ce qu'ils veulent faire avec la raffinerie.»

Selon les analyses qui circulent, les acheteurs potentiels de tout ce qui est à vendre sont principalement des sociétés d'État asiatiques.