La familiale CTS et la SRX : le renouveau de Cadillac

La familiale CTS est, comme son nom l’indique, la version à hayon de la berline CTS.
Photo: Source GM La familiale CTS est, comme son nom l’indique, la version à hayon de la berline CTS.

On parlait toujours, autrefois, d'une «grosse Cadillac» comme si cet adjectif était indissociable du nom de la marque qui trône au sommet de la gamme de GM. Du début des années 1930 jusqu'aux années 1970, la Cadillac était une sorte de trophée; un objet clinquant et ostentatoire que l'on brandissait pour afficher bruyamment son ascension sociale rapide et sa prospérité.

Et parce que Cadillac voulait incarner l'aboutissement suprême en matière d'automobile, il n'était pas question de faire de compromis. C'est pour cela qu'une Cadillac se devait d'avoir une carrosserie à l'ombre de laquelle on puisse cacher un transatlantique, une calandre à rendre jaloux le Parthénon, en plus d'arborer suffisamment de chrome pour être visible de la Lune. Mis à part sa puissance spectaculaire, son luxe cossu et son abondance de gadgets futuristes, la grosseur d'une Cadillac était son principal attrait. Comme aurait pu le dire Marshall McLuhan, la voiture était le message...

Rien d'étonnant alors à ce qu'Elvis Presley en ait fait son mode de déplacement de choix. En plus d'en avoir possédé près d'une trentaine, il en offrait aussi en cadeau à ses parents, amis et petites amies. Subtiles et discrètes comme un des costumes de scène du roi du rock, ces Cadillac en sont venues à symboliser une sorte de mauvais goût et de vulgarité à l'américaine qui allaient plomber l'image de la marque pour les deux décennies suivantes. En effet, contrairement à Elvis, qui a eu la grâce de disparaître rapidement, terrassé par une crampe intestinale en 1977, Cadillac a dû subir une longue descente aux enfers qui dura plus de vingt ans; une période où la marque jadis flamboyante n'était plus qu'une caricature décadente et sordide d'elle-même.

Cela, jusqu'au début des années 2000, quand des efforts conséquents ont été entrepris par GM afin de redresser l'image de son vaisseau amiral, en rajeunissant son auditoire et en tentant de reconquérir le terrain perdu, désormais occupé par des marques allemandes et japonaises. La réussite de cet improbable comeback tient presque du miracle, et il est vraiment étonnant de constater que Cadillac soit toujours parmi nous aujourd'hui alors que l'on ne compte plus les marques qui ont disparu.

Retrouver sa crédibilité


Afin de redorer son blason, la marque devait se refaire une crédibilité auprès d'une clientèle plus jeune qui n'avait que très peu d'attrait pour les grosses barges aux tons pastel qui faisaient rêver Elvis. Dans cette entreprise de décodage et de ré-encodage culturel, il fallait intégrer au produit les caractéristiques que les gens avaient appris à aimer des voitures germaniques et nippones, sans toutefois y perdre son âme. Il fallait rebâtir l'identité de Cadillac, à travers cette redécouverte de son américanité. En somme, il s'agissait de conserver la part de celle-ci qui soit encore apte à con-vaincre les acheteurs de berlines de luxe, tout en se débarrassant de l'image ringarde qui entachait sa légitimité dans le club très sélect des marques de grand luxe.

Présenté au Salon de Detroit en 1999, le prototype Cadillac Evoq annonçait un nouveau langage formel exclusif qui continue, à ce jour, d'influer sur le design de tous les véhicules de la marque. En juxtaposant des plans qui s'entrecroisent avec des angles vifs, la carrosserie des Cadillac d'aujourd'hui exprime un dynamisme et une force qui rompent avec les formes massives et emphatiques des voitures d'antan. Si les Cadillac récentes ont rapidement su se distinguer par leurs robes originales, on ne peut en dire autant de leurs prestations routières ou de la qualité de finition de l'habitacle. Au cours de la dernière décennie, j'ai eu l'occasion de conduire plusieurs voitures de la marque où l'on sentait que des efforts manifestes étaient faits, mais il restait bien du chemin à parcourir pour égaler les BMW, Lexus et autres Mercedes-Benz de ce monde.

La face cachée de Cadillac


Récemment, cependant, deux produits Cadillac m'ont agréablement surpris. Et ce, au point de recommander ces véhicules parmi les choix incontournables à considérer dans leur segment respectif. Il s'agit de la familiale CTS et de la toute nouvelle mouture du pseudo-utilitaire SRX. Premier constat: il ne s'agit pas de «grosses Cadillac», mais, plutôt, de véhicules relativement compacts, intelligemment conçus, et dont la relative sobriété nous fait découvrir une face cachée de ce constructeur.

La familiale CTS est, comme son nom l'indique, la version à hayon de la berline CTS. On pousse même l'audace jusqu'à utiliser le terme «familiale» pour la décrire, sans chercher à se cacher derrière toute sorte d'appellations absurdes comme s'il s'était agi d'une tare. Ses lignes sont plus dynamiques et moins convenues que celles de la berline, et la polyvalence qu'elle offre n'est pas à négliger. Précisons que, mis à part des ambulances, des corbillards et une version spécialement construite pour Elvis, il n'y avait pratiquement pas eu de familiales Cadillac depuis les années 1950. La SRX, quant à elle, appartient à cette catégorie de véhicules que l'on nomme multisegments. C'est un rival direct des Lexus RX-350 et des BMW x3.

Savoir rester raisonnable

Par leur homogénéité, mais aussi par leurs personnalités bien affirmées, ces deux véhicules ont su me séduire avec un charme attachant qui va au-delà de la froideur clinique des produits allemands ou de l'asepsie japonaise, sans toutefois posséder le brio technique de leurs rivales. Bien plantées sur la route, affichant une suspension ferme et confortable, elles font aussi tourner les têtes par leur élégance. La finition intérieure est aussi aux standards internationaux tout en préservant un cachet typiquement américain. Comme il se doit, des versions à haute performance sont proposées (un V8 de plus de 550 ch pour la CTS-V, et un V6 turbocompressé de plus de 300 ch pour le SRX), mais les versions de base munies de V6 de 3 litres ou de 3,6 litres s'imposent comme des choix rationnels et sensés pour le contexte actuel. Leurs performances ne sont pas foudroyantes et c'est précisément ce qui leur permet d'afficher des chiffres de consommation de carburant raisonnables. De plus, tant la CTS que la SRX sont offertes avec la traction intégrale en option.

Qui aurait pu prédire, il y a à peine dix ans, que l'on parlerait de Cadillac en ces termes? Des voitures raisonnables, compactes, bien construites et bien pensées, au charme indéniable? Qui eût cru que Cadillac serait toujours une marque qui retrouverait sa place dans le paysage automobile, non seulement par sa spécificité, mais aussi par la pertinence de ses produits? Finalement, un dernier détail: la CTS et la SRX sont équipées de la radio satellite, avec laquelle vous pouvez écouter Elvis Radio, une station qui fait jouer les grands succès du King, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Comme ça, juste au cas où ça vous manquerait...

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Collaborateur du Devoir

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