Réforme des règles financières - Fini l'«image de traînards», dit Volcker

Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine et principal conseiller du président Obama en la matière, hier à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine et principal conseiller du président Obama en la matière, hier à Montréal.

Les États-Unis passeront de dernier de classe à élève modèle sur la scène internationale en matière d'encadrement des marchés financiers, promet l'ancien président de la Réserve fédérale américaine et principal conseiller du président Obama en la matière, Paul Volcker.

La réforme des règles financières va bon train à Washington en dépit des résistances de quelques élus et des 150 millions dépensés par Wall Street en lobbying, a rapporté hier celui qui était à la fois l'invité de la Conférence de Montréal et de la conférence annuelle de l'Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV). Si tout va comme prévu, le projet de loi sera adopté par le Congrès américain et entériné par la Maison-Blanche d'ici une semaine ou deux. Comme ses dispositions correspondent largement à des principes faisant consensus parmi les principaux pays concernés, il y a fort à parier qu'elles feront ensuite tache d'huile à l'étranger.

«J'ai bon espoir que les États-Unis soient en voie de perdre cette image de traînards qu'ils ont portée toute l'année, et de sauter à la tête du défilé», a déclaré Paul Volcker à la tribune de l'OICV.

Pas de taxe bancaire internationale


Interrogé sur les chances de voir les pays s'entendre sur une taxe bancaire commune, l'octogénaire de 6 pieds 7 pouces a confirmé les messages entendus depuis quelques jours. «Il y a trop de points de vue différents sur la question pour que l'on convienne d'une forme ou d'une autre de taxe internationale», a-t-il expliqué en conférence de presse après son allocution à la Conférence de Montréal.

Les États-Unis, a-t-il rappelé, entendent prélever auprès des banques ce qu'on appellera des «frais» et qui seront destinés à un fonds d'aide en cas de nouvelle crise financière. L'Allemagne aurait voulu, de son côté, qu'on impose une taxe sur les transactions financières. Le Canada s'est opposé, quant à lui, dès le départ à toute forme de nouvelle taxe, alléguant notamment que ses banques n'avaient pas à payer pour les erreurs des autres.

Lors de son propre passage à la Conférence de Montréal, lundi, le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, avait dit espérer que les pays ne se laissent pas «distraire» par des questions comme la taxe bancaire «moins importantes» à ses yeux que le resserrement des normes bancaires internationales en matière de niveau de capitalisation, de recours à l'effet de levier et de répartition de portefeuille.

Quatre règles


Il y a toutefois une limite à ce que l'on pourra faire sur ce front, a observé hier Paul Volcker. La précédente réforme de ces règles internationales avait mis dix ans à se mettre en place, a rappelé celui que Barack Obama a mis l'an dernier à la tête du comité d'experts chargé de le conseiller en matière de relance économique et de réforme de la réglementation financière. De plus, à trop resserrer ces normes, on risque d'enlever aux institutions financières toutes chances de profits.

D'où l'importance de l'adoption par les pays de quatre «grandes règles» comprises dans le projet de loi américain, a-t-il plaidé. La première de ces règles est la mise en place d'un mécanisme formel permettant, non plus le sauvetage, mais la liquidation ordonnée de la prochaine grande banque d'investissement ou tout autre acteur financier ésotérique qui se mettra en péril par sa propre faute. La deuxième règle est l'interdiction faite aux banques commerciales de jouer, elles aussi, au spéculateur, à cause de leur rôle essentiel auprès des ménages et des entreprises. La troisième règle est l'obligation que les émetteurs de produits dérivés se rapportent et rapportent leurs transactions aux autorités. La quatrième règle est l'établissement d'une autorité chargée de détecter tout nouvel acteur ou comportement présentant un risque pour l'ensemble du système.

Une reprise pas comme les autres

Ces mesures ne permettront pas de régler les problèmes du marché hypothécaire, ni des agences de notation, a convenu Paul Volcker en conférence de presse.

«On ne peut pas tout faire en même temps. On s'en occupera ensuite.»

Elles ne ramèneront pas non plus la prospérité d'un coup dans un pays où il est difficile de croire que la récession est terminée depuis un an. L'économie américaine «mettra du temps à se rétablir», a-t-il prévenu. «Ce n'était pas une récession normale et ce ne sera pas une reprise normale non plus.»

Paul Volcker a, encore une fois, eu de bons mots pour le Canada et son système financier pour avoir su maintenir la discipline et le niveau d'encadrement nécessaire pour éviter de commettre les mêmes erreurs que les autres. «À ce que j'ai pu lire dans les journaux canadiens en venant ici, il y a un certain niveau d'autosatisfaction dans l'air. Je dirais que ce sentiment est assez justifié.»

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Avec la collaboration de François Desjardins
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 10 juin 2010 13 h 49

    La paon

    Harper se pavane, ventant la résistance des banques canadiennes lors de la crise. Il ne dit pas souvent que le fonctionnement de ces banques a été largement déterminé par des gouvernements libéraux.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario