Le Québec, pays de l'or noir?

Des employés forent un puits sur le site de Haldimand, près de Gaspé.
Photo: Pétrolia Des employés forent un puits sur le site de Haldimand, près de Gaspé.

Le Québec, pays de l'or noir? Cette perspective, qui en inquiète plusieurs, n'a rien de farfelu. Même que les entreprises qui se sont lancées dans la recherche de pétrole évoquent la possibilité de produire plusieurs milliers de barils par jour d'ici quelques années à peine. Quelques puits ont déjà été forés au cours des dernières années et certains prospecteurs fondent beaucoup d'espoir sur l'île d'Anticosti, où Hydro-Québec a vendu tous ses permis d'exploration pétrolière au secteur privé il y a à peine deux ans.

«Au début de juin, on devrait commencer la mise en production de notre premier puits. On évalue présentement la capacité de la pompe qu'on va installer», expliquait cette semaine le président de Pétrolia, André Proulx. Le puits en question se trouve à 1,5 kilomètre du port de Gaspé et a été baptisé Haldimand n° 1. Un peu plus d'une trentaine de barils devraient être pompés chaque jour, pour débuter. Du pétrole léger qui sera stocké dans des réservoirs et ensuite acheminé par la route à la raffinerie d'Ultramar à Lévis. Un premier test de production réalisé en 2006 avait déjà permis d'extraire plus de 500 barils en 15 jours.

Un autre puits situé tout près, Haldimand n° 2, est toujours en cours d'évaluation, mais le potentiel serait bon. L'entreprise possède aussi des permis qui débordent la côte pour s'étendre sur le milieu marin, dont la baie de Gaspé. Mais cette zone est sous moratoire, pour le moment. Si Pétrolia n'a pas encore chiffré avec précision la quantité de pétrole qui se trouve dans le secteur Haldimand, M. Proulx est d'ores et déjà très optimiste. «On juge que la cible est prometteuse et qu'elle devrait l'être sur plusieurs années. Personne ne va faire du forage pour avoir une production d'une année. Habituellement, on calcule un minimum de 15 à 20 ans de production», explique-t-il.

Ce n'est pas tout, puisque l'entreprise juge que son projet Bourque, situé près de Murdochville, pourrait produire de grandes quantités d'or noir. Le site possède certaines caractéristiques géologiques similaires à celles du champ pétrolier Leduc, en Alberta, dont la découverte dans les années 1940 a fait bondir l'exploration pétrolière.

Avec l'ensemble des projets présents et à venir, M. Proulx entrevoit une bonne production, quoique bien modeste dans le contexte international. «D'ici 2014, on pourrait produire 20 000 barils par jour, c'est-à-dire environ 5 % des besoins en pétrole du Québec. D'autres cibles pourraient venir augmenter ce chiffre. Les calculs de ressources précis seront publiés bientôt. Si on réussissait, ça permettrait de faire décoller le secteur du pétrole ici.» Et l'exploration maritime? «Est-ce qu'on est assez riches pour s'en passer?», laisse-t-il tomber.

Fait à noter, cette industrie n'est pas soumise à un processus d'évaluation environnementale sous l'égide du Bureau d'audiences publiques sur environnement. Le promoteur doit cependant obtenir un permis d'exploration de la part du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Il doit aussi débourser 10 ¢ l'hectare par année (50 ¢ à partir de la sixième année) et s'engager à faire des travaux dans les zones sous permis. Un cadre plus précis devrait être mis en place avec la nouvelle Loi sur les hydrocarbures, dont le dépôt est prévu à l'automne.

Le pactole d'Anticosti

Pétrolia est la société la plus active dans l'exploration pétrolière au Québec. En fait, elle possède au moins la moitié des droits sur plus de 80 % du territoire où se trouve un potentiel pétrolier. Ce domaine minier de plus de 15 000 km2 se situe essentiellement en Gaspésie et sur l'île d'Anticosti. Selon le Registraire des entreprises du Québec, son premier actionnaire est Pilatus Energy AG, une compagnie qui a pignon sur rue en Suisse et dont le président réside aux Émirats arabes unis. Les autres joueurs importants sont essentiellement Junex — qui participe aux tests sur deux puits en Gaspésie —, Gastem et Corridor Resources, d'Halifax. Cette dernière compte démarrer bientôt l'énorme projet pétrolier Old Harry, au large des îles de la Madeleine.

Corridor Resources est aussi partenaire de Pétrolia sur l'île d'Anticosti, un secteur très prometteur, au dire de M. Proulx. «On considère que l'île d'Anticosti est probablement la zone la plus prometteuse au Québec sur la terre ferme. C'est probablement la plus belle cible actuellement.» La plus grande île de la province se situe en effet à l'extrémité nord-est d'une plateforme qui compte plusieurs champs d'hydrocarbures mondialement reconnus. Les deux entreprises ont d'ailleurs annoncé récemment qu'elles vont démarrer à la fin de juin un programme de quatre forages d'exploration pétrolière sur Anticosti. Ceux-ci devraient être complétés vers la fin de septembre. Le principal objectif du programme est d'explorer le potentiel de secteurs situés dans les régions du centre et de l'est de l'île. On parle déjà de puits qui pourraient produire plus de 7000 barils par jour.

Fait plutôt étonnant, les droits miniers sur ces zones si prometteuses aujourd'hui ont été rachetés à Hydro-Québec il y a à peine deux ans, en contrepartie d'une «redevance prioritaire» sur la production pétrolière. Hydro n'a pas précisé le montant de ladite redevance. Pétrolia a ainsi obtenu les droits sur 35 permis d'exploration, soit 6381 km2.

La société d'État y avait déjà effectué des forages exploratoires et des relevés sismiques, mais sans succès, a-t-on répondu au Devoir. Mais pourquoi est-ce qu'Hydro a décidé de s'en départir? «C'est une question d'orientation qui provient du Plan stratégique 2006-2010. Hydro-Québec souhaitait favoriser l'utilisation et la production d'énergies renouvelables et a choisi de concentrer ses efforts sur le développement complémentaire de l'hydroélectricité et de l'éolien», a indiqué une attachée de presse de la société d'État. Reste qu'en cas de découvertes importantes, les profits iront au secteur privé plutôt qu'au trésor public.

Deux anciens employés d'Hydro-Québec Pétrole et gaz travaillent maintenant avec Pétrolia, a par ailleurs confirmé André Proulx. «On a davantage hérité de la partie "géologique" d'Hydro-Québec», ajoute-t-il, en précisant que ce sont les spécialistes de cet aspect qui «développent des modèles géologiques pour indiquer s'il y a une possibilité qu'il y ait du pétrole». Il s'agit de Bernard Granger, chef géologue depuis 2006. Avant de se joindre à l'équipe de Pétrolia, M. Granger était chef géologue d'Hydro-Québec Pétrole et gaz. Il a travaillé vingt ans à la Société québécoise d'initiatives pétrolières, où il a occupé les postes de chef géologue, selon ce qu'on peut lire sur le site Internet de Pétrolia. Il y a aussi Érick Adam, qui a été géophysicien à Hydro-Québec Pétrole et gaz de septembre 2003 à février 2006.
3 commentaires
  • Dominique Cousineau - Abonnée 6 juin 2010 15 h 03

    "Hydro-Québec souhaitait favoriser l'utilisation et la production d'énergies renouvelables "

    Voilà qui est bien joli, vive la conscience écologique! Mais peut-on m'expliquer où se situe le gain environnemental si de toutes façons l'exploitation des énergies fossiles se fait... par le privé?... C'est moi, ou le citoyen ici se fait rouler dans la farine pas à peu près?

  • alen - Inscrit 8 juin 2010 08 h 08

    Hydro-Québec ne peut tout faire à elle seule

    Non Hydro-Québec ne peut s'occuper de tout, hydro-électricité, voiture électrique, éolien, ... L'erreur historique a été faite à la privatisation de SOQUIP. Devinez par qui! D'ailleurs, elle nous manque drôlement aussi dans le dossier de Shell!

  • Nelson - Inscrit 16 février 2011 12 h 03

    Soyons réalistes, le pétrole est pour 80% de l'énergie mondiale, et nous ne pourrons peut être pas compter avec celui du Moyen Orient éventuellement.

    Donc, oui au pétrole et oui à l'énergie nucléaire.

    Nous aurons besoin du pétrole pour un certain temps.

    L'énergie nucléaire donne 50% de l'énergie électrique en Europe.