Menace de bulle immobilière en Chine

Une jeune femme passe devant un panneau publicitaire qui fait la promotion d’un nouveau projet immobilier à Hong Kong.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Lopez Une jeune femme passe devant un panneau publicitaire qui fait la promotion d’un nouveau projet immobilier à Hong Kong.

Pékin — Les problèmes du marché immobilier en Chine sont plus graves que ceux survenus aux États-Unis avant la crise des subprimes, car les menaces de bulles sont doublées d'un risque de mécontentement social, estime un conseiller de la Banque centrale cité hier par le Financial Times.

«Le problème du marché du logement en Chine est en fait beaucoup, beaucoup plus fondamental, plus important, que celui du marché immobilier aux États-Unis et au Royaume-Uni avant votre crise financière», a déclaré Li Daokui, membre du comité de politique monétaire de l'institut chinois.

«C'est plus qu'un problème de bulle», a-t-il ajouté selon le quotidien financier britannique. «Quand les prix grimpent, beaucoup de gens, en particulier les jeunes, deviennent très inquiets», a souligné Li, en ajoutant que «c'est un problème social».

Li Daokui a tenu ces propos avant que le gouvernement n'annonce lundi qu'il allait «progressivement réformer l'impôt immobilier», première indication officielle que pourrait être introduite une taxe immobilière dans le cadre des mesures pour freiner l'envolée des prix dans ce secteur et la spéculation. Selon des analystes, le gouvernement pourrait introduire une taxe sur l'immobilier d'habitation, d'abord à l'essai dans quelques métropoles: Pékin, la capitale, Shanghai, Chongqing et Shenzhen.

Le marché immobilier aux États-Unis s'était effondré lorsque de nombreux ménages défavorisés, encouragés à accéder à la propriété pendant les années de bulle immobilière, s'étaient retrouvés dans l'incapacité de rembourser leurs emprunts souvent à taux variables, perdant leurs biens, et conduisant à la crise des subprimes (crédits hypothécaires à risque).

La Chine a entrepris ces dernières semaines de refroidir son propre marché de l'immobilier pour empêcher la formation d'une bulle, en restreignant le crédit et les conditions d'achat de nouveaux biens. Le gouvernement a aussi donné son aval à un projet pour bannir les capitaux publics des «secteurs concurrentiels généraux», qui pourrait amener au retrait des investissements d'État dans l'immobilier.

Li a estimé qu'il fallait des mesures de long terme pour arriver à contrôler les prix du secteur, dont la hausse pourrait retarder l'urbanisation de la Chine, selon le Financial Times. Les prix de l'immobilier en Chine ont augmenté de 12,8 % en avril en glissement annuel, une progression qui s'est accélérée par rapport à mars.

Sans nier les risques de cette hausse des prix, certains analystes relativisent toutefois: «Le marché immobilier chinois semble être devenu bouillonnant ces derniers trimestres [...] Mais la durée de ce développement non durable ne semble pas avoir été assez longue pour édifier une grosse bulle immobilière dans tout le pays», ont estimé les économistes d'UBS dans une récente note. «Les dernières mesures visent à stabiliser les prix, pas à faire baisser le secteur ou la croissance», ont ajouté Tao Wang et Harrison Wu.