L'Europe provoque une déprime générale

Un courtier sur le parquet de la Bourse de New York semble implorer le Ciel de rétablir le marché.
Photo: Agence France-Presse (photo) chris hondros Un courtier sur le parquet de la Bourse de New York semble implorer le Ciel de rétablir le marché.

La crise de la dette européenne a provoqué un nouveau plongeon généralisé des cours boursiers. L'incertitude qu'elle engendre sur une reprise économique encore hésitante dans les pays industrialisés a fait sentir son effet particulièrement sur le dollar canadien hier, cette devise étant associée intimement aux aléas des cours pétroliers et autres matières premières.

La journée d'hier s'est avéré, une nouvelle fois, particulièrement sombre pour les marchés, sur fond d'hésitation européenne devant une crise de la dette risquant de s'étendre au système bancaire. La moyenne des 30 industrielles de Dow Jones a perdu 3,6 %, ou 376,36 points, pour fermer à 10 068,01. L'indice symbolique n'avait pas encaissé une perte quotidienne aussi sévère depuis mars 2009. Les trois indices les plus suivis de la Bourse américaine, le Dow, le Nasdaq et le S&P 500, sont désormais revenus sous leur niveau du début d'année. Et ils s'inscrivent en baisse de plus de 10 % par rapport à leur lecture la plus élevée de l'année, mesurée en avril dernier.

Au Canada, Bay Street a fait écho à la déprime généralisée avec un plongeon de 2,2 % de son indice baromètre, le S&P/TSX perdant 259,82 points, à 11 405,95. L'impact a été le plus ressenti sur le dollar canadien, qui a abandonné 2,12 ¢US hier pour revenir à 93,65 ¢US. Réagissant à la crise de l'endettement public en Europe risquant de s'étendre au système bancaire, et aux mesures d'austérité budgétaire menaçant une reprise qui peine à s'installer, le dollar canadien est désormais en recul de 4 ¢US en une semaine, de 7 ¢US depuis sa parité de fin d'avril. En parallèle, le pétrole a perdu plus de 5 $US hier, le baril de référence clôturant à 64,24 $US au NYMEX.

S'ajoute aux pressions baissières sur la devise canadienne un déplacement des capitaux vers le billet vert et les bons du Trésor américain, devenus des valeurs refuges en cette période d'instabilité qui a vu l'euro fondre comme neige au soleil pour toucher un creux vieux de quatre ans à 1,2146 $US mercredi. Hier, sous l'intervention présumée des banques centrales, la devise européenne a terminé en hausse, légèrement au-dessus de 1,25 $US.

Sur la scène européenne, l'Allemagne, qui avait surpris les marchés en attaquant de front les spéculateurs en décrétant — de manière unilatérale et dans un geste que plusieurs ont qualifié de désespéré — l'interdiction des ventes à découvert sur les emprunts d'État de la zone euro, a conservé la ligne dure. S'exprimant lors d'une conférence sur la régulation des marchés financiers, la chancelière Angela Merkel a dit vouloir convaincre ses partenaires du G20 le mois prochain à Toronto du bien-fondé d'une taxation sur les marchés financiers.

La France s'est également montrée réservée. L'Autorité des marchés financiers a mis en doute hier matin l'efficacité de cette interdiction, tandis que la ministre des Finances Christine Lagarde qualifiait de «discutables» les modalités de celle-ci. «C'est une mesure qui doit être prise en concertation» par les pays européens. La ministre française a en outre contredit la chancelière Angela Merkel, qui avait estimé mercredi que l'euro était en danger. «L'euro est une devise solide, crédible qui a assuré la stabilité de la zone pendant plus de dix ans», a-t-elle déclaré.

Dans un rare front commun dans cette cacophonie européenne depuis le début de la crise grecque, les chefs d'État français et allemand ont cependant promis de présenter mi-juin aux dirigeants de l'Union européenne des propositions communes pour une stratégie de croissance économique et de coordonner leurs positions au sommet du G20.

Pour sa part, le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, a reconnu les risques que font peser sur la croissance les plans d'austérité en oeuvre ou envisagés en Europe. Mais pour les éviter, il a conseillé aux grands pays européens de ne pas ralentir trop vite, de ne pas mettre en oeuvre des plans d'austérité sur des périodes trop courtes. «Si tout le monde se met à dire: "On va se serrer la ceinture", alors là, vous avez raison, on va casser la croissance dans la zone euro.» Il a rappelé que la Grèce ne représente que de 2 à 3 % du PIB de la zone euro.

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Avec l'Agence France-Presse