Air France-KLM essuie une perte record

Pierre-Henri Gourgeon, directeur général d’Air France-KLM, sait bien que son groupe a traversé une année très difficile.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Wojazer Pierre-Henri Gourgeon, directeur général d’Air France-KLM, sait bien que son groupe a traversé une année très difficile.

Paris — Air France-KLM a annoncé hier une perte annuelle record de 1,55 milliard d'euros, la pire depuis sa naissance en 2004, au moment où la compagnie française voit son bilan de sécurité mis en cause par un livre près d'un an après le crash toujours inexpliqué du vol AF447 Rio-Paris. La perte essuyée en 2009-10 (exercice clos fin mars) a été creusée par rapport aux 811 millions enregistrés en 2008-09, sur fond de baisse du trafic, particulièrement marquée dans le cargo.

«L'année 2009-10 va rester comme notre annus horribilis», a commenté le directeur général du groupe franco-néerlandais, Pierre-Henri Gourgeon, évoquant la crise du transport aérien et l'accident d'un Airbus A330 d'Air France qui a fait 228 morts le 1er juin 2009 entre Rio et Paris.

Sur ce thème de la sécurité, un livre de Fabrice Amedeo, journaliste au quotidien français Le Figaro, met en cause Air France, estimant que la compagnie doit conduire une «véritable révolution culturelle pour éviter un nouvel accident dont elle ne se relèverait pas».

«Air France possède une flotte d'avions ultra-moderne, des pilotes qui comptent parmi les meilleurs au monde... mais les statistiques de sécurité d'une compagnie de seconde catégorie», écrit l'auteur de La Face cachée d'Air France. Ainsi, selon un classement cité dans le livre, avant même l'accident du vol AF447 Air France se situait au 21e rang européen et au 65e rang mondial pour la sécurité, loin derrière ses deux concurrentes européennes, British Airways et Lufthansa, respectivement première et deuxième en Europe.

«La sécurité de la compagnie répond aux standards les plus exigeants de l'industrie aéronautique internationale», a réagi Air France dans un communiqué.

«C'est vrai qu'Air France a connu sur dix ans trois accidents», le crash du Concorde en 2000 (113 morts), la sortie de piste et l'incendie d'un Airbus A340 en 2005 à Toronto (une quarantaine de blessés) et le Rio-Paris, relève Pierre Sparaco, de l'Académie de l'air et de l'espace. Mais «une statistique basée sur trois événements en dix ans n'est pas une statistique», explique-t-il.

À propos des sondes Pitot défaillantes, qui ont joué un rôle dans le crash du Rio-Paris, M. Amedeo n'hésite pas lui à parler d'une «faillite collective du retour d'expérience», compte tenu des incidents déjà signalés sur ces instruments de mesure de vitesse.

Selon lui, le crash aurait même pu être évité si la compagnie avait équipé ses appareils du système de pilotage de secours «BUSS», comme l'a fait sa concurrente Lufthansa dès 2008. «La direction du matériel d'Air France a refusé l'installation de cet équipement, demandée par nombre de ses pilotes, au motif qu'il n'était pas fiable», affirme-t-il.

Le journaliste révèle également que l'atterrissage manqué de 2005 à Toronto a failli se reproduire à Tokyo au printemps 2009, l'avion s'étant arrêté à 400 m du bout de la piste. Répétition «symptomatique d'une compagnie qui n'apprend pas de ses erreurs».

«Management déficient», absence d'une «culture de la sanction», «pilotes intouchables»: pour M. Amedeo, Air France est une compagnie où la «remise en question est structurellement impossible et où des décisions de bon sens ne sont parfois pas prises».

Porte-parole d'Alter, syndicat minoritaire de pilotes d'Air France, Christophe Pesanti souligne que son syndicat «réclame une réforme de la sécurité des vols depuis 5 ans».

Pour tirer les enseignements du Rio-Paris, Air France a mis en place cette année un plan d'amélioration de la sécurité des vols, mais M. Pesanti regrette que seuls les pilotes soient appelés à changer.