L'euro se fait malmener

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L'euro a continué hier de se faire ballotter au gré des doutes et des peurs des marchés devant la menace de crise financière en Europe au point de toucher un creux de quatre ans.

Réunis hier à Bruxelles pour faire le point sur la situation, les ministres des Finances de la zone euro ont vu leur devise entreprendre la semaine en piquant du nez au point de se retrouver rapidement à 1,2234 $US, son plus bas niveau depuis avril 2006. Après quelques hésitations, la monnaie unique européenne a rebondi en fin de journée tout juste sous la barre du 1,24 $.

«Je ne suis pas préoccupé par le taux de change actuel, mais par la vitesse à laquelle le taux de change se détériore», a déclaré le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, en arrivant à la réunion.

La devise européenne s'est dépréciée de 7 % par rapport au billet vert américain depuis le début du mois et de 14 % depuis le début de l'année, la plus mauvaise performance de toutes les grandes devises de la planète. «Un consensus est en train d'émerger rapidement sur le fait que l'euro pourrait tomber à la parité face au dollar», a affirmé Ed Yardeni, président de Yardeni Research.

Le malaise des marchés

Victime de troubles bipolaires la semaine dernière, les marchés boursiers ont continué pour leur part d'afficher une certaine nervosité, mais sans trop bouger. Les indices ont reculé de 0,47 % à Paris, de 0,23 % à Madrid et de 1,43 % Athènes. Ils ont remonté en revanche de 0,09 % à Londres, de 0,17 % à Francfort et 0,10 % à Lisbonne. À Wall Street, le S&P 500 a bouclé la journée avec un modeste gain de 0,11 %, pendant que la Bourse de Toronto reculait de 1,68 %. «L'euro canalise le malaise du marché», a résumé Daragh Maher, analyste chez Crédit Agricole-CIB.

L'euro a notamment fait les frais hier d'une déclaration de la chancelière allemande, Angela Merkel, disant

que l'étourdissant plan de secours de 750 milliards d'euros des pays européens et du Fonds monétaire international (FMI) annoncé la semaine dernière «n'a permis que de gagner du temps». Le problème des écarts financiers et de compétitivité entre les pays européens reste entier, disait-elle dimanche.

Après s'être plaints pendant des semaines de l'inaction des pouvoirs publics, les marchés sont aussi soudainement pris de frayeurs devant l'ampleur des moyens déployés. Les plans d'austérité exigés et obtenus non seulement de la Grèce, mais aussi du Portugal, de l'Espagne, et peut-être bientôt de l'Italie, ne risquent-ils pas de tuer la faible reprise économique qui pointait son nez en Europe? Cette anémie économique n'annonce-t-elle pas le maintien au plancher des taux d'intérêt et donc aussi des rendements à espérer des titres européens?

Les réformes à venir

Les ministres des Finances des pays de la zone euro élargiront aujourd'hui le cercle de leur réunion à leurs homologues des 11 autres pays de l'Union européenne. Il y sera question des réformes nécessaires pour rétablir les assises de leurs économies.

La Commission européenne a proposé, la semaine dernière, que les pays de l'Union soumettent les grandes lignes de leurs futurs budgets aux fonctionnaires de Bruxelles et aux ministres des Finances des autres pays avant que leurs propres Parlements nationaux n'aient pu les voir et se prononcer afin de s'assurer notamment qu'ils respectent les règles européennes qui limitent les déficits à 3 % du produit intérieur brut et la dette à 60 % du PIB.

L'un des membres du Directoire de la Banque centrale européenne, Jürgen Stark, a suggéré que les pays de l'euro se soumettent au jugement et aux sanctions «d'une commission indépendante» qui s'inspirait du bureau du budget du Congrès américain (Congressional Budget Office).

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a exhorté ses partenaires à prendre exemple sur son pays qui vient d'adopter une loi le forçant de ramener son déficit sous la barre de 0,35 % du PIB d'ici 2016. En dehors de la zone euro, son homologue suédois, Anders Borg, lui a fait écho en réclamant un objectif «plus ambitieux» que la limite 3 % du PIB de déficit et qu'on l'atteigne «plus rapidement que ce qui est prévu».

Si les mesures d'austérité annoncées par la Grèce, l'Espagne et le Portugal «sont tout à fait correctes à l'heure actuelle», il ne faudrait pas qu'elles soient imitées par tout le monde en même temps, a prévenu le chef du département des affaires budgétaires du FMI, Carlo Cottarelli. «Beaucoup de ces pays, en particulier les plus importants, peuvent attendre jusqu'en 2011», a-t-il déclaré à l'intention de l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. «Des mesures trop fortes en 2010 pourraient entraîner un ralentissement de l'économie.»

Divisions à la Banque centrale

À l'image des débats en cours, la Banque centrale européenne a montré qu'elle n'était pas à l'abri des divisions. Président de la banque centrale allemande et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Axel Weber, a déclaré la semaine dernière que le plan d'aide de 750 milliards créait un risque potentiel d'inflation. «Je suis presque stupéfait d'assister à une telle hystérie», a rétorqué hier son homologue de la banque centrale autrichienne et lui aussi membre du Conseil des gouverneurs, Ewald Nowotny, à propos de cette crainte particulièrement répandue en Allemagne. «Ce n'est vraiment pas notre problème. Nous avons un problème de croissance faible.»

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters
2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 18 mai 2010 10 h 32

    Les conséquences d'une monnaie forte...

    Les gens d'Affaires canadiens savent comment il est souvent difficle de s'adapter à la concurrence internationale quand on détient un dollar fort. C'est ce qui jous permet de dire que la diminution de la valeur relative de l'euro peut très bien faire l'affaire des européens comme la faiblesse du dollar américain contuinue de faire plaisir aux exportateurs américains.

  • Carlito - Inscrit 18 mai 2010 16 h 45

    S'adapter aux variations des devises

    Plusieurs parlent de la difficulté de s'adapter aux variations des devises et particulièrement du dollar pour nous les canadiens qui sont en affaires. Pourtant il y a plusieurs opportunités qu'offrent ces fluctuations tels que les opérations sur le marché des changes qui sont à la porté de tous aujourd'hui. Les opérations sur le marché des changes, communément appelé le Forex, offre la possibilité de profiter des fluctuations des devises et ainsi palier les possibles baisses de chiffre d'affaires reliées aux diminutions des exportations par exemple. En affaires, chaque conjoncture amène des opportunités et aussi bien-sûr ses difficultés, la capacité d'adaptation de certaine entreprise est alors mise à l'épreuve et de nouvelles solutions doivent être exploré si on veut durer et continuer à progresser plutôt que de subir et dépérir. Un site du Québec offre de l'information sur les opérations sur le marché des changes et l'accès au marché http://www.fx-pq.com permettant ainsi de profiter des variations des devises plutôt que les subir. Une difficulté peut devenir une opportunité tout dépendant qu'est-ce que l'on fait avec!