AbitibiBowater ferme son usine de Gatineau

Autre mauvaise nouvelle dans les pâtes et papiers. AbitibiBowater a décidé de fermer pour une période «indéterminée» son usine de Gatineau, qui emploie plus de 350 personnes. Et la direction n'est pas optimiste quant à l'avenir, tandis que les syndicats dénoncent le manque de leadership du fédéral dans le domaine de la foresterie.

«Ce n'est pas une fermeture permanente, mais on ne veut pas non plus créer de faux espoirs sur une reprise. On a expliqué à nos employés les conditions de marché et les raisons qui expliquent notre décision», a laissé tomber hier Pierre Choquette, directeur, relations gouvernementales et affaires publiques pour le Québec chez AbitibiBowater.

L'usine, qui produit principalement du papier journal, était déjà en arrêt de production depuis la mi-avril. Selon M. Choquette, le marché pour ce produit est toujours en berne et ne montre pas de véritables signes de redressement. «Sur les marchés internationaux, les prix ne sont pas au rendez-vous depuis le début de l'année. Et sur le marché nord-américain, il y a une décroissance. C'est une combinaison de facteurs qui nous a amenés à prendre une décision difficile.»

Si AbitibiBowater refuse de parler d'une fermeture définitive, son porte-parole a toutefois précisé que l'entreprise n'entrevoit pas, pour le moment, de «scénario de redémarrage». Quant aux rumeurs voulant que l'usine de Gatineau pourrait être vendue, M. Choquette a refusé de confirmer quoi que ce soit. Il n'a cependant pas fermé la porte à une telle option. «Si des gens voulaient nous faire une proposition, c'est clair qu'on va s'asseoir avec ces gens-là pour regarder le sérieux des propositions sur la table», a-t-il dit.

Reste que c'est un autre coup dur pour les travailleurs d'AbitibiBowater. Après Belgo, à Shawinigan, Dolbeau, à Saint-Félicien et Beaupré, à Québec, voilà que c'est Gatineau dont on annonce la fin des opérations pour une période indéterminée. Les employés venaient tout juste de se prononcer en faveur d'une nouvelle convention collective qui comprenait d'importantes réductions de salaire. Certains des travailleurs pourraient toutefois être replacés dans d'autres usines de l'entreprise, qui est plein processus de restructuration selon la Loi des arrangements avec les créanciers des compagnies.

Le syndicat s'inquiète en outre pour la centaine de travailleurs de la scierie de Maniwaki, qui alimente la papetière de Gatineau en copeaux.

Dave Coles, président du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, a pour sa part blâmé le gouvernement fédéral, qu'il tient responsable de cette nouvelle fermeture. «Pendant des mois, nous avons demandé au gouvernement d'intervenir en offrant des garanties de prêts à des taux commerciaux pour les sociétés, comme AbitibiBowater, contraintes à demander la protection de la loi sur la faillite. Cette mesure ne coûterait rien au gouvernement. Pourtant, il a constamment refusé d'aider l'industrie forestière à combattre la récession, comme il l'a fait pour l'industrie de l'automobile.»

«La crise forestière va s'intensifier à moins que le gouvernement n'intervienne», a lancé M. Coles, qui dit par ailleurs craindre que les travailleurs de Gatineau ne puissent toucher d'indemnités de cessation d'emploi.