Radio-Canada compte davantage sur elle-même

Sylvain Lafrance, vice-président principal de Radio-Canada
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Sylvain Lafrance, vice-président principal de Radio-Canada

Radio-Canada se réjouit des retombées commerciales de sa stratégie de revenus autogénérés. Mais loin d'être la pêche miraculeuse, cette approche vise à répondre à un problème ponctuel, dominé par la fragmentation de l'auditoire et par la chute des revenus publicitaires. Elle ne répond en rien au problème structurel auquel est confronté l'ensemble de la télévision généraliste.

«Si rien n'est fait, il n'y aura plus de grande télévision généraliste dans dix ans», a lancé Sylvain Lafrance. Le vice-président principal de Radio-Canada rencontrait des journalistes hier pour faire le point sur la stratégie de revenus autogénérés retenue par le diffuseur public. Ce segment, qui compte désormais pour 41 % des revenus consolidés de Radio-Canada, a progressé de 7 % en 2009-2010, dans une conjoncture économique particulièrement difficile. Recettes publicitaires, redevances des câblodistributeurs pour RDI, autres recettes liées à la location des installations et la vente de contenu... «Il n'y a pas de petits profits. Chaque dollar de revenus compte», a insisté Sylvain Lafrance.

Le mandat de revoir la stratégie de revenus autogénérés de Radio-Canada a été confié à Robert Trempe, nommé directeur général principal du groupe Revenus en avril 2009. L'objectif consiste à valoriser l'actif et l'auditoire, de manière à réduire la dépendance du diffuseur public à la publicité. «Nous ne faisons pas d'obsession Quebecor. Mais nous ne voulons pas entrer dans l'engrenage commercial qu'impose l'impératif publicitaire. Notre mandat consiste à créer de la diversité», a précisé Sylvain Lafrance.

Il n'y aura toutefois pas moins de publicité à la télévision de Radio-Canada, ni sur Tou.tv, dont le principe de gratuité est maintenu. Sauf que le poids des recettes publicitaires dans le segment revenus autogénérés devrait décroître. De 30 % qu'elle occupait en 2004-2005, la proportion des autres sources de revenus atteindrait 39 % en 2014-2015. Robert Trempe a indiqué que Radio-Canada entend franchir la frontière de la mobilité avec, notamment, une annonce prochaine portant sur une application iPhone de RDI. S'ajouteront la distribution de contenu numérique sur divers portails Web, y compris la vidéo sur demande et la valorisation des archives audio et vidéo, auprès de producteurs et de diffuseurs locaux et internationaux. L'association récente avec ONF Images et un partenariat imminent devant aboutir à la création d'un portail mondial mettant à contribution les archives de Radio-Canada en sont des illustrations.

Sylvain Lafrance insiste. «Nous avons beaucoup appris de la crise. Les revenus autogénérés deviennent une soupape pour répondre aux événements, pour gérer la transformation. Mais ils ne permettent pas de répondre aux problèmes structurels qui confrontent la télévision généraliste.» Le dirigeant a visé ces grandes productions, devenues une espèce en voie de disparition. «Le niveau de financement des grandes productions est énorme. La dramatique, ça coûte ce que ça coûte! Avec la hausse des coûts et l'hyperfragmentation, nous avons assisté à la fin des séries lourdes. Les grandes productions ont disparu.»

«Il reste encore de grands enjeux financiers à régler, notamment la question de la valeur du signal, non reconnue par le CRTC, et la diminution de l'enveloppe allouée à Radio-Canada par le Fonds des médias.» Sylvain Lafrance a applaudi à la création du Fonds d'amélioration de la production locale tout en rappelant le carcan imposé au diffuseur public, qui ne bénéficie toujours pas de la souplesse d'un financement pluriannuel. «Si ces questions ne sont pas résolues et que Radio-Canada continue d'être traitée inéquitablement, il sera difficile pour le diffuseur public de continuer à remplir sa mission.»

Et à ceux qui dénoncent l'importance des crédits parlementaires composant le budget de Radio-Canada, Sylvain Lafrance répond avec un tableau situant le Canada au 15e rang (sur 18) dans un classement comparant les fonds publics accordés aux radiodiffuseurs publics. La Suisse domine le tableau avec 157 $ par habitant en 2007 et les États-Unis ferment la marche, avec 4 $. Au Canada, la contribution du fédéral au financement de Radio-Canada est de 37 $ par habitant, de loin inférieure à la moyenne de 78 $ qui ressort du classement.
1 commentaire
  • Julienne Barre - Inscrit 21 mai 2010 00 h 42

    La SRC serait-elle en conflit de mandats?

    Il me semble que Radio-Canada se trouve dans une situation de conflit de mandats. D'un côté, la SRC doit produire du contenu de qualité, diversifié, servant les Canadiens et de l'autre côté, elle cherche à être concurrentielle et rentable par divers moyens. Or dans ce contexte, la qualité du contenu ne risque-t-elle pas d'en prendre un coup? Car une logique de rentabilité ne rime pas avec qualité de contenu. À mon humble avis, la SRC devrait garder son focus sur son mandat principal, étant celui de servir les Canadiens en leur offrant du contenu de riche, diversifié, qui se distingue des autres réseaux.