Incertitude à l'européenne

Les marchés boursiers ont encore réagi hier aux informations en provenance de l’Europe.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mario Vedder Les marchés boursiers ont encore réagi hier aux informations en provenance de l’Europe.

Un quotidien espagnol qui écrit que la France a menacé d'abandonner l'euro, un Fonds monétaire international qui évoque le risque de l'endettement des pays, un ancien président de la Réserve fédérale américaine qui parle d'une devise européenne à risque de «désintégration», etc. Devant la teneur du cocktail, l'euro a touché hier un creux de 18 mois pendant que les grandes places boursières du monde affichaient des reculs allant de 1,5 % à 4,5 %.

Le plus récent chapitre survient alors que les mesures d'austérité ne sont plus seulement celles de la Grèce et de l'Espagne, mais s'étendent maintenant au Portugal et à l'Italie, d'autres pays aux prises avec de graves problèmes de finances publiques et dont le sort retient l'attention des marchés un peu partout.

À Paris, le CAC 40 a perdu 4,6 %. À Londres, le FTSE 100 a largué 3,1 %, alors qu'à Wall Street le S&P 500 a reculé de 1,9 %. La Bourse de Toronto s'en est tirée avec une légère baisse de 0,8 %.

Selon ce qu'a écrit le quotidien El País hier matin, le président français aurait menacé la semaine dernière de retirer la France de la zone euro, le but de la manoeuvre étant de convaincre l'Allemagne d'accepter l'énorme opération de sauvetage destinée à la Grèce.

Menace présumée de Sarkozy

Le journal a écrit que, lors d'une réunion à Bruxelles le 7 mai, Nicolas Sarkozy aurait demandé «un engagement de tous, pour que tout le monde aide la Grèce, chacun selon ses moyens, ou bien la France réexaminera sa situation dans l'euro».

La source du journal est anonyme. Il s'agit d'une personne ayant entendu l'histoire de la bouche de José Luis Rodriguez Zapatero, le chef du gouvernement espagnol. L'Espagne assure présentement la présidence tournante de l'Union européenne.

«Sarkozy a tapé du poing sur la table et menacé de se retirer de l'euro, ce qui a tordu le bras d'Angela Merkel», a ajouté El País en citant une deuxième source, qui aurait elle aussi entendu M. Zapatero raconter l'histoire.

La ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, a démenti ces allégations en les qualifiant de «rumeurs complètement infondées». Mais le mal était fait, et l'euro a poursuivi de plus belle la chute qu'il a entamée il y a plusieurs mois déjà.

Actuellement, un dollar canadien achète 78 centimes euro, comparativement à seulement 63 centimes en décembre 2009. Le dollar américain, qui vaut légèrement plus que le huard, a connu à peu près la même progression par rapport à l'euro. Il faut remonter à l'automne 2008 pour trouver pareille faiblesse de la devise européenne. Selon un indice de Bloomberg qui mesure la vigueur d'une devise contre un panier d'autres devises, l'euro a perdu 9 % cette année.

«L'euro n'a bénéficié d'aucune retombée positive des réductions budgétaires espagnoles et portugaises», a affirmé à l'agence Reuters un spécialiste des changes chez ING, Chris Turner. «On pense soit que ces mesures seront un échec et que la dette restera donc un problème central, soit qu'elles resserreront effectivement les budgets, faisant ralentir très fortement la croissance de ces pays et encourageant la Banque centrale européenne à maintenir ses taux d'intérêt bas.»

Un plan, mais des doutes

En début de semaine, les pays de la zone euro ont convenu d'un plan de stabilisation qui s'élève à 750 milliards d'euros (958 milliards $CAN, au taux de change d'hier). Après coup, les Bourses avaient connu une forte poussée.

Mais en cours de semaine, le doute s'est installé sur les perspectives économiques du continent. Et puis jeudi, ceci: Paul Vocker, ancien président de la Fed et conseiller actuel du président Barack Obama, évoque la fin de l'euro.

«L'Europe va au final devoir décider si elle veut être plus ou moins intégrée, et cela remet l'euro en question», a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse. Un peu plus tard, il s'est permis de parler du «grand problème de la désintégration possible de l'euro».

De son côté, le Fonds monétaire international, qui contribue au plan de stabilisation de la zone euro à hauteur du tiers, a évoqué dans un rapport hier les conséquences de l'endettement des pays.

«Les risques budgétaires se sont accrus, en particulier dans les économies développées», a affirmé le FMI dans son Rapport de surveillance budgétaire multinational. Il y a trois raisons, selon lui: «les tendances budgétaires sous-jacentes se sont encore détériorées depuis le rapport de novembre, les marchés financiers ont davantage concentré leur attention sur les faiblesses budgétaires et les progrès dans la définition des stratégies de sortie budgétaires ont été lents».
2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 15 mai 2010 06 h 24

    Une analyse, ça ne devrait pas être un ramassis de rumeurs et de mauvaises nouvelles...

    La faiblesse relative d'une monnaie, n'est pas nécessairement une mauvaise chose pour des économies comme celles de l'Europe, des États-Unis ou du Canada. Dans le cas de l'Europe, la diminution de la valeur relative de l'euro pourrait permettre une relance des exportations dans des grands secteurs comme l'aéronautique, le transport, la construction navale... et contribuer à la création d'emplois. Les gens d'Affaires, au Canada savent, d'autres parts, comment une monnaie qui s'apprécie rapidement peut créer des inquiétudes quand à leur capacité de maintenir une bonne position face à la concurrence.

    Bien sûr, les populations n'applaudissent pas nécessairement les gouvernements qui appliquent des mesures de bonne gouvernance, après des années de laxisme, mais il arrive un moment où il n'y a plus d'alternaives. On a connu cela au Canada, et maintenant, notre situation sert de modèle à plusieurs pays.


    Par ailleurs, quand les bourses fléchissent, dans un contexte de croissance, il faut, avant de s'alarmer, se demander quelle est dans ce phénomène la part de prise de profit par des investisseurs , individuels ou corporatifs , qui savent que l'investissement demeure leur meilleure source d'enrichissement.

  • Michel Gaudette - Inscrit 15 mai 2010 11 h 02

    Autre fanfaronnade sarkozienne...

    Incroyable la prétention de ce Sarkozy.

    Qu'il essaie donc de faire cavalier seul, juste pour voir!

    Sans l'Union européenne, la France crève ! Et tous les Francais le savent... La France est en déroute économique et l'Europe est sa seule planche de salut.

    Autre fanfaronnade de Sarkozy pour la galerie.
    Avec Sarkozy, c'est n'importe quoi pour la galerie, et de préférence, la galerie internationale.
    Il est excellent dans ces numéros !!!!