Des questions et des réponses - L'euro risque de continuer à chuter

Paris — La baisse de l'euro, qui a atteint hier son plus bas depuis fin octobre 2008 à moins de 1,24 $, risque de continuer dans les prochaines semaines, estiment les analystes, qui rappellent que la monnaie européenne est toutefois encore très loin de son plus bas historique.

L'euro va-t-il continuer à chuter?

La plupart des analystes ne voient en tout cas aucune raison pour que cette chute ne s'enraye ces prochaines semaines. «On pense que ça va continuer sans problème», estime Pierre-Antoine Dusolier, analyste à la Saxobanque.

Pour la plupart d'entre eux, cette baisse est due au regain d'inquiétudes sur la santé économique et budgétaire de la zone euro. L'euro pourrait même atteindre la parité avec le dollar qu'il n'a plus connu depuis le 5 décembre 2002.

«La pression sur l'euro risque de continuer. On s'attend même à ce qu'il atteigne la parité avec le dollar au dernier trimestre 2011», a expliqué Ian Stannard, analyste à la BNP Paribas. Même prévision pour European Economic weekly qui s'attend «à ce qu'il descende aux alentours de 1,10 cette année et vers la parité avec le dollar d'ici la fin de l'année 2011».

Est-ce inquiétant?

Globalement non, pour l'instant. L'euro subit apparemment un réajustement selon la plupart des analystes interrogés, pour qui la monnaie européenne a évolué pendant de nombreuses semaines à un niveau trop élevé.

Son niveau hier est «encore très loin du plus bas historique de l'euro» qui avait été atteint en le 26 octobre 2000 avec 0,8230 $, rappelle Pierre-Antoine Dusolier. L'euro avait commencé sa carrière en janvier 1999 à 1,18 dollar. Il est passé sous cette parité pour la première fois le 2 décembre 1999 et y restera jusque dans le courant de l'année 2002. Ainsi, le 1er janvier 2002, quand la monnaie unique devient enfin concrète pour les citoyens européens, elle ne vaut que 0,89 $.

«On peut même dire qu'il est encore relativement élevé, estime Pierre-Antoine Dusolier. À ces niveaux-là, l'euro reste une devise presque forte par rapport au dollar», assure-t-il.

La seule chose qui tracasse quelque peu les analystes est la rapidité avec laquelle l'euro a chuté ces derniers jours. «Ça a vraiment baissé très rapidement: en presque deux semaines, l'euro a perdu 10 centimes. Ce qui peut inquiéter c'est que cette baisse ne semble pas contrôlée, estime M. Dusolier.

«Si l'euro perd la confiance des investisseurs, cela peut commencer à devenir inquiétant», prédit de son côté Ian Stannard.

Quelles conséquences pour l'économie européenne?

Mécaniquement, la baisse de l'euro profite inévitablement aux entreprises qui exportent en dehors de la zone euro. «Pour les entreprises exportatrices, comme EADS par exemple, c'est plutôt une bonne nouvelle», assure ainsi.

Toutefois, les cambistes craignent surtout que les problèmes de dette en zone euro ne pèsent à long terme sur la reprise économique en Europe.