Bruxelles veut voir les budgets des pays de la zone euro

Les pays européens ont accueilli froidement hier la proposition de la Commission européenne de franchir un pas de plus vers l'intégration économique afin de resserrer leur discipline budgétaire et éviter d'autres crises de l'euro.

Le dévoilement de ces recommandations de la Commission européenne visant à «renforcer de manière décisive la gouvernance économique de l'Union» avait été prévu bien avant l'adoption, dans la nuit de dimanche à lundi, du plan de secours massif de 750 milliards d'euros visant à empêcher la crise financière grecque de s'étendre au reste du continent.

La principale réforme avancée est d'obliger, dès 2011, les gouvernements nationaux à soumettre leurs futurs budgets — ou du moins leurs grandes lignes — à l'examen des fonctionnaires européens et des ministres des Finances des autres pays de l'Union avant même que leurs propres Parlements nationaux n'aient pu les voir et se prononcer. Cet «examen par les pairs», selon les mots du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, viserait à s'assurer qu'un pays présente des projets sérieux et ne mette pas en danger la stabilité financière de tous les autres par ses déficits.

La Commission européenne voudrait aussi que l'on rappelle à l'ordre beaucoup plus rapidement les pays qui ne respectent pas les règles du Pacte de stabilité et de croissance qui limitent les déficits publics à 3 % du produit intérieur brut (PIB) et la dette à 60 %. On ne devrait pas tant tergiverser, non plus, avant de recourir à des sanctions contre les récidivistes, en rendant, par exemple, le versement de certaines subventions européennes conditionnel au respect des règles. «Sans sanctions, il n'y a pas de crédibilité», a plaidé José Manuel Barroso.

On voudrait aussi pouvoir forcer les pays à mettre de l'argent de côté durant les années de croissance en prévision des années de vaches maigres, ou encore recommander des solutions aux pays qui accusent sur les autres un déficit de compétitivité. Il est question enfin, après avoir été obligé de se bricoler en catastrophe un plan d'aide, de se donner à moyen terme un mécanisme de stabilisation permanent.

Résistances des États

«La crise récente et le risque de stabilité pour la zone euro a mis cruellement en lumière l'interdépendance et a exposé la vulnérabilité des États membres, en particulier dans la zone euro», a déclaré la Commission européenne.

Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, ont tous deux fait écho à cet appel pour une plus grande coordination budgétaire.

Ces propositions en ont fait sursauter plus d'un hier dans les capitales de l'Union européenne. En dehors de la zone euro et l'un des rares pays européens à ne pas avoir un déficit qui dépasse la limite 3 % du PIB, la Suède a catégoriquement rejeté l'idée qu'elle se soumette au contrôle budgétaire de Bruxelles.

La France et l'Allemagne ont aussi exprimé des réserves. «C'est le Parlement qui vote le budget de la nation, ce n'est pas la Commission européenne», a déclaré le porte-parole du gouvernement français, Luc Chatel. La ministre française des Finances, Christine Lagarde, est venue par la suite expliquer que le souhait de Bruxelles n'était pas de mettre les budgets des pays sous tutelle, mais «simplement d'avoir une indication concernant la direction adoptée et les soldes».

Croissance anémique

De nouvelles statistiques sur la croissance sont venues hier confirmer la faiblesse de la reprise économique dans la zone euro. Le PIB réel des 16 pays qui partagent la même devise a augmenté de 0,2 % durant les trois premiers mois de l'année, a rapporté Eurostat.

C'est un peu mieux que le trimestre précédent, où la courbe avait été complètement plate, et que le 0,1 % qu'avaient prédit les analystes, mais il n'y a pas de quoi pavoiser, a observé Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins. Cette croissance de 0,2 % au premier trimestre, note-t-il, équivaut à peine à 0,8 % en rythme annualisé comparativement à 3,2 % aux États-Unis ou encore à 6 % au Canada.

L'Allemagne est restée dans la moyenne avec une croissance de 0,2 % au premier trimestre, alors que la France a déçu avec 0,1 % et que l'Italie a surpris avec un gain de 0,5 %. Du côté des pays les plus en difficulté, la Grèce a affiché un recul de 0,8 %, l'Espagne un modeste gain de 0,1 % et le Portugal, un étonnant sursaut de 1 %.

Les experts prévoient un modeste rebond au deuxième trimestre, suivi d'une longue traversée du désert. «Les programmes d'austérité dans plusieurs pays de la zone euro freineront la croissance pendant les prochaines années», a prédit Carsten Brzeski, d'ING Financial Markets.

Le PIB de la zone euro s'est contracté de plus de 4 % sur l'ensemble de l'année 2009 contre un recul de 2,4 % aux États-Unis. La Commission européenne prévoit une croissance de 0,9 % cette année et de 1,5 % en 2011.

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters