La crise de confiance menace la zone euro

L’agence d’évaluation financière Standard and Poor’s a abaissé hier la cote de l’Espagne, une économie cinq fois plus importante que la Grèce.
Photo: Agence Reuters L’agence d’évaluation financière Standard and Poor’s a abaissé hier la cote de l’Espagne, une économie cinq fois plus importante que la Grèce.

L'Allemagne, l'Union européenne et le Fonds monétaire international ont tenté en vain hier de rassurer les marchés sur l'arrivée prochaine de l'aide financière à la Grèce, alors qu'une profonde crise de confiance se propage et menace la zone euro. L'Espagne a d'ailleurs subi à son tour une décote de la part des agences de notation, et d'autres pays pourraient suivre, préviennent les analystes.

«Chaque journée perdue se traduit par une aggravation de la situation. Si tout se passe rapidement, je suis confiant que les problèmes seront résolus. Mais si nous ne les résolvons pas en Grèce, cela pourra avoir beaucoup de conséquences pour l'Union européenne», a mis en garde le président du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn. «Parce que la Grèce fait partie de la zone euro, à cause du système de solidarité au sein de la zone euro, c'est la confiance dans la zone [euro] qui est en jeu», a-t-il ajouté lors d'une conférence conjointe avec Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, et Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand.

Il est vrai que le temps presse pour trouver une façon de sortir de ce bourbier politico-économique qui menace le plus important marché au monde. D'autant que l'agence d'évaluation financière Standard and Poor's (S&P) a dégradé hier la note de l'Espagne, une économie cinq fois plus importante que la Grèce. Un troisième pays de la zone euro se retrouve donc au coeur de la tourmente qui agite les marchés, au lendemain de décisions similaires sur la Grèce et le Portugal. Une annonce qui a fait plonger de nouveau les places boursières européennes.

L'agence justifie cette décision par «la révision des projections macro-économiques à moyen terme», alors que l'économie espagnole peine à sortir de la récession où elle se trouve plongée depuis la fin de 2008. Le taux de chômage y dépasse les 20 % et le déficit public représente 11,2 % du PIB, selon Eurostat (contre 13,6 % pour la Grèce), bien au-delà de la limite des 3 % du pacte de stabilité européen. Le gouvernement socialiste espagnol s'est engagé à le ramener à 3 % en 2013, mais S&P estime «que le déficit public devrait probablement encore excéder 5 % du PIB d'ici 2013».

«La dégradation de la dette espagnole par S&P est un nouveau signal d'alarme montrant que les effets de la crise grecque sont en train de se répandre», ont commenté les analystes de Capital Economics. Mais Dominique Strauss-Kahn a tenté d'en minimiser l'importance. «Il ne faut pas trop croire ce qu'elles disent, même si elles ont leur utilité», a-t-il déclaré. Les notes des trois agences, Standard & Poor's (S&P), Moody's et Fitch, censées déterminer la capacité à rembourser des États et des entreprises, sont très suivies sur les marchés pour calculer le taux des crédits et prendre des décisions d'investissement.

Tractions intenses

Il faudra toutefois plus que des appels au calme pour éviter la contagion. Les responsables européens et du FMI ont d'ailleurs cherché hier à accélérer le déblocage de l'aide UE-FMI nécessaire à la Grèce en mettant sous pression l'Allemagne, où l'opinion publique est très réticente à voler au secours d'Athènes. Or des élections régionales doivent avoir lieu le 9 mai, et cette crise en est aussi une de politique intérieure pour la chancelière Angela Merkel. Qui plus est, l'aide nécessaire pour sortir la Grèce du marasme est substantielle. Les pays de la zone euro prévoient des crédits de 40 milliards de dollars à la Grèce cette année, dont 11,2 milliards incomberaient à l'Allemagne. Sur trois ans, l'aide pourrait atteindre plus de 160 milliards.

Berlin lie donc le déblocage de son aide à la présentation par Athènes d'un programme crédible de redressement de ses finances publiques et de réforme. MM. Trichet et Strauss-Kahn se sont tous deux dits «confiants» à propos d'un tel plan, qui devrait être bouclé «à la fin de la semaine ou pendant le week-end», selon M. Trichet. «Il est évident que les négociations entre le gouvernement grec, la Commission européenne et le Fonds monétaire international doivent être accélérées», a renchéri Mme Merkel.

De bons mots pour tenter de changer l'impression persistante que les hésitations de l'Allemagne ont renforcé les craintes des marchés. D'autant qu'en cas de réticences prolongées de Berlin, certains économistes craignent un scénario catastrophe: des gouvernements en défaut de paiement en cascade — Italie et Irlande en tête —, une nouvelle crise bancaire et un retour rapide à la récession pour une Europe qui retrouve à peine le chemin de la reprise.

Mais les déclarations de Mme Merkel n'apaisent en rien les critiques. «Il y a une absence de prise de conscience qu'il s'agit aujourd'hui d'une crise "existentielle" pour la zone euro, menacée dans sa stabilité politique et économique si l'on ne fait rien», a jugé le responsable de la stratégie taux chez Dexia, Nicolas Forest. «Le marché est suspendu à des décisions politiques, qui sont les seules solutions pour éviter une restructuration de la dette grecque», a-t-il ajouté. Selon ce scénario, aux conséquences lourdes pour la zone euro, le gouvernement grec demanderait une période de grâce pendant laquelle il ne rembourserait rien, pour ensuite négocier un nouveau calendrier pour les échéances de remboursement.

Le premier ministre grec, Georges Papandréou, a rappelé pour sa part le risque de contagion et exhorté chacun des 27 États membres de l'UE à «empêcher le feu attisé par la crise internationale de se propager à l'économie européenne et mondiale tout entière».

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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, BBC et The New York Times