Prudente, la Fed maintient le cap

La Réserve fédérale américaine a de nouveau maintenu hier son intention de garder son taux directeur au plancher «pour une période prolongée» afin d'aider à une reprise économique qui s'annonce «modérée».

Il fallait une loupe, non, un microscope pour trouver les différences entre le communiqué diffusé hier par le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) pour expliquer sa décision de maintenir son taux directeur dans le mince espace compris en 0 et 0,25 % et le communiqué qui accompagnait sa décision précédente au mois de mars.

L'institution présidée par Ben Bernanke s'est réjouie «du début d'une amélioration» dans le marché du travail alors qu'en mars elle n'avait qu'une «stabilisation» à se mettre sous la dent et qu'en janvier elle rapportait encore un «recul». Elle note aussi un «redressement» dans les mises en chantier, alors qu'elles lui apparaissaient encore «à plat» le mois dernier, mais répète que l'activité dans le secteur demeure «extrêmement basse».

Ces légères modifications apparaissent avoir été inspirées par de récentes statistiques qui ont rapporté 162 000 embauches ainsi qu'une augmentation de 1,6 % du nombre de mises en chantier au cours du mois de mars.

Pour le reste, la banque centrale américaine s'attend toujours à ce que la reprise aux États-Unis reste «modérée» et l'inflation, «faible» «pendant un certain temps». Elle a répété qu'en dépit d'une amélioration du marché financier et d'une certaine accélération de la croissance des dépenses des ménages, ces dernières restent «entravées par le haut taux de chômage, la modeste croissance des revenus, la faiblesse des prix immobiliers et les conditions de crédit difficiles».

Cette situation justifie que l'on maintienne le taux directeur «à un niveau exceptionnellement bas pour une période prolongée», a réitéré la Fed, qui emploie cette formule depuis le jour de décembre 2008 où elle a abaissé pour la dernière fois le loyer de l'argent à son plancher record.

Comme les deux fois précédentes, le président de la Réserve fédérale de Kansas City, Thomas Hoenig, a été le seul des dix membres de la FOMC à exprimer sa dissidence, estimant que les risques à long terme d'inflation et de bulle spéculative justifiaient à tout le moins l'adoption d'une formulation un peu plus nuancée.

À quand le retour à la normale?

Cette histoire de maintien, ou non, du bout de phrase sur le «niveau exceptionnellement bas pour une période prolongée» intéresse les marchés parce que l'on s'attend à ce que son retrait soit le premier signe de l'approche d'un relèvement par la Fed du loyer de l'argent aux États-Unis. Les analystes ont déduit de certains discours de membres de la Fed qu'un délai minimal de six mois séparera les deux événements. Cela signifierait qu'une première hausse des taux d'intérêt ne pourrait pas venir avant l'automne.

Les économistes Stéfane Marion et Paul-André Pinsonnault, de la Financière Banque Nationale, continuent malgré tout de prédire une première hausse de taux au mois d'août. «Une hausse des profits alliée à une forte reconstitution d'inventaires devrait mener à un rebond marqué de la création d'emplois», analysaient-ils hier.

Leur confrère du Mouvement Desjardins, Francis Généreux, ne voit pas au contraire de changement avant la fin de l'hiver prochain. «Les dommages que la récession a fait subir à l'économie américaine sont tels que celle-ci a encore besoin d'une politique monétaire très expansionniste, a-t-il commenté. En faisant très peu de modifications à son discours, la Fed garde le cap et mise sur la prudence.»

Le premier geste de la Fed vers un retour à la normalité sera peut-être le début de la vente des 1250 milliards d'actifs hypothécaires qu'elle a achetés jusqu'à la fin du mois dernier pour éviter que le marché immobilier ne s'effondre encore plus. Des dirigeants de la Réserve fédérale ont commencé à dire que la revente graduelle de ces titres permettrait à la Fed d'en tirer un bon prix sans pour autant avoir un impact négatif sur les marchés. D'autres dirigeants de la Fed ont affirmé, au contraire, qu'un tel geste serait précipité.

Écart grandissant avec le Canada

La Banque du Canada a envoyé, la semaine dernière, son signal que l'heure du resserrement monétaire approchait. La plupart des analystes s'attendent maintenant à ce qu'elle procède aussi vite qu'en juin à une première hausse de son taux directeur, qui est actuellement à 0,25 %. Il pourrait avoir graduellement grimpé jusqu'à 1,50 % d'ici la fin de décembre, creusant ainsi un écart avec les taux aux États-Unis.

Cet écart entre le Canada et les États-Unis pourrait atteindre 1,5 point de pourcentage à la fin de 2011, prédisait mardi le Mouvement Desjardins. Cela ne contribuerait qu'à renforcer un peu plus l'attrait du Canada auprès des investisseurs étrangers et par conséquent la force du huard par rapport au dollar américain.