La crise financière menace l’Union européenne

La crise économique en Europe prend une ampleur inquiétante pour les économistes, qui redoutent une propagation de la crise grecque à l’ensemble de la zone euro.

La décision de l’agence de notation Standard & Poors (S&P) d’abaisser la note de l’Espagne, aujourd’hui, a fait craindre le pire aux marchés boursiers, qui ont poursuivi leur chute. Surtout que l’application du plan d’aide financière à la Grèce, qui pourrait rassurer les marchés, se fait toujours attendre.

Invoquant les faibles espoirs de croissance de l’Espagne, frappée de plein fouet par l’éclatement de la bulle immobilière et de la construction, l’agence S&P a rétrogradé aujourd’hui le crédit espagnol de AA+ à AA. L’annonce est tombée alors que les places boursières avaient commencé à se redresser après le coup porté mardi par la baisse de la cote du Portugal, fortement endetté, et celle, une nouvelle fois, de la Grèce.

Pour beaucoup d’observateurs, la crise grecque et ses signes de propagation au Portugal et à l’Espagne représente désormais une menace bien réelle pour la zone euro. La crainte est que d’autres pays en difficultés financières voient leurs coûts d’emprunt augmenter.

La Grèce attend une aide financière


Le plan d’aide financière de 45 milliards d’euros prévu par le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne se fait donc attendre de pied ferme en Grèce, le pays ayant annoncé qu’il ne pourra pas rembourser ses dettes au 19 mai, lors de l’arrivée à échéance des 8,5 milliards d’euros d’obligations à dix ans. Les yeux sont rivés sur l’Allemagne, le plus gros contributeur de la zone euro au plan de sauvetage avec 8,4 milliards d’euros (11,2 milliards $ CAN), qui tarde à verser sa part du plan d’aide.

«L’Allemagne apportera sa contribution, mais la Grèce doit apporter sa contribution» aussi, a déclaré aujourd’hui la chancelière allemande Angela Merkel, à l’issue d’une rencontre avec la Banque centrale européenne (BCE) et les patrons du FMI. La chancelière faisait référence aux sacrifices budgétaires auxquels doit consentir Athènes, malgré les mouvements sociaux provoqués par la crise. Rappelons que Berlin se retrouve dans une situation délicate car une majorité d’Allemands s’opposent au sauvetage de la Grèce, jugeant son comportement budgétaire irresponsable.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schduble, a estimé qu’une fois les négociations bouclées entre la Grèce, le FMI et la BCE, le Parlement fédéral pourrait entamer l’examen du plan d’aide, peut-être dès lundi, et donner son feu vert dès le 7 mai. «La stabilité de l’euro est en jeu et nous sommes déterminés à défendre cette stabilité dans son ensemble», a-t-il dit. Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a quant à lui insisté sur l’urgence à débloquer les fonds. «Plus cela va vite, mieux c’est. A chaque jour perdu, la situation empire», a-t-il lancé. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a jugé que les négociations avec Athènes devraient être terminées pour la fin du week-end.

Un danger pour la monnaie unique

En cas de réticences prolongées de Berlin, certains économistes craignent un scénario catastrophe: des gouvernements en défaut de paiement en cascade, une nouvelle crise bancaire, et un retour rapide à la récession pour une Europe qui retrouve à peine le chemin de la reprise. Le premier ministre grec, Georges Papandréou, a exhorté chacun des 27 États membres de l’UE à «empêcher le feu attisé par la crise internationale de se propager à l’économie européenne et mondiale tout entière».

Certains analystes envisagent une intervention de la BCE, qui pourrait recourir à ses pouvoirs extraordinaires pour acheter des obligations grecques, invoquant le risque de contagion à l’ensemble de la zone euro. Mais, même dans ce cas, les marchés ont jugé inévitable aujourd’hui une restructuration grecque, soit par une réduction de ses intérêts, soit par un allongement de ses échéances de remboursement.

«Si on ne fait rien, la solution ultime, c’est la sortie de la Grèce de la zone euro: le retour à la monnaie nationale, sa dépréciation et le rééchelonnement de sa dette. Mais cela veut dire, à terme, la fin de la zone euro», a expliqué l’économiste Marc Touati, directeur général de Global Equities.

Le président permanent de l’UE, Herman Van Rompuy, a de son côté annoncé qu’il envisageait d’organiser un sommet de l’Eurogroupe «autour du 10 mai» afin de déclencher le plan d’aide à la Grèce et a assuré qu’il n’était «pas question de restructurer la dette».

Avec la Presse Canadienne et l’Associated Press