Les clients n'ont pas été floués, parole de Goldman Sachs

Daniel Sparks, Joshua Birnbaum, Michael Swenson, et Fabrice Tourre, membres de la direction de Goldman Sachs, ont essuyé répondu aux questions insistantes des sénateurs américains.
Photo: Agence Reuters Jim Young Daniel Sparks, Joshua Birnbaum, Michael Swenson, et Fabrice Tourre, membres de la direction de Goldman Sachs, ont essuyé répondu aux questions insistantes des sénateurs américains.

Washington — Les écarts de la banque d'affaires Goldman Sachs ont été décortiqués hier par des sénateurs américains pugnaces, qui ont soumis les dirigeants de la banque à un feu roulant de questions sur des allégations de fraude.

Au cours d'une audition fleuve entamée à 10h, les élus ont cuisiné plusieurs hauts cadres du prestigieux établissement de Wall Street visé par une plainte pour fraude de la SEC, le gendarme de la Bourse américaine. D'autres responsables, dont le p.-d.g. de la banque Lloyd Blankfein, ont été entendus plus tard.

Les élus cherchent à déterminer le rôle de la banque d'affaires dans la catastrophe financière de 2008.

Le ton de l'audition a été donné dès les premiers échanges par le sénateur Carl Levin, président de la sous-commission permanente des enquêtes. Ce dernier a cité un courriel interne de Goldman Sachs, qui affirmait que l'un des produits financiers vendus par la firme était «une affaire de merde». «Combien de ces affaires de merde avez-vous vendu à vos clients?», a demandé M. Levin à Daniel Sparks, l'ex-responsable de la division des prêts hypothécaires.

Un peu plus tard, M. Levin a souligné que dans un autre courriel interne, ce type de produit a été qualifié de «camelote». Le sénateur a regretté que la banque ait «transmis le risque [à des clients]» au lieu de l'assumer, en faisant au passage des profits.

L'audition d'hier intervient à environ six mois des élections législatives de mi-mandat et en plein débat au Capitole sur les moyens de mettre fin aux «comportements risqués» des grandes firmes de Wall Street.

Goldman Sachs est visée par une enquête de la SEC, qui l'accuse d'avoir vendu début 2007 à ses clients des produits liés à des actifs immobiliers à risque, sans les informer que la banque était payée par un fonds spéculatif pour monter une transaction permettant à ce fonds de parier contre ces mêmes titres.

Dans un communiqué, la sous-commission a estimé que Goldman Sachs avait contribué à gonfler la bulle immobilière en concevant des produits obligataires regroupant des créances à risques entre 2004 et 2007, avant d'incorporer ces titres dans des produits complexes. Lorsque le marché immobilier s'est retourné, Goldman Sachs est devenu vendeur à découvert, pariant ainsi sur la baisse pendant toute l'année 2007, a ajouté la commission, qui reproche à la banque de ne pas avoir révélé ses positions à ses clients et d'avoir vendu à certains d'entre eux des titres dont elle souhaitait se débarrasser.

L'ancien candidat à la présidence John McCain, membre de la sous-commission, a reconnu ne pas savoir si Goldman Sachs avait agi illégalement, mais il a ajouté n'avoir «aucun doute» sur le fait que la banque n'avait pas agi de manière éthique.

Les sénateurs ont également questionné le Français Fabrice Tourre, au coeur des accusations de fraude. Le responsable financier de 31 ans était à l'époque des faits vice-président d'une unité de produits structurés chez Goldman Sachs.

«Je nie catégoriquement les allégations de la SEC. Et je me défendrai devant la justice contre ces fausses accusations», a déclaré M. Tourre dans un anglais parfait.

Selon les allégations de la SEC, un fonds d'investissement spéculatif, le fonds Paulson, aurait aidé à réaliser ces transactions sur des produits adossés à des valeurs immobilières, et M. Tourre connaissait les positions de Paulson pariant sur la baisse du marché immobilier.

Campant sur ses positions, le sénateur Levin a jugé «intolérable» le fait de parier contre ses propres clients. «À l'évidence, nous devons y répondre par une loi», a-t-il conclu.

Dans son intervention préparée à l'avance, M. Blankfein a assuré que la banque n'avait parié ni contre le marché immobilier ni contre ses clients, perdant au contraire 1,2 milliard de dollars dans les titres liés à l'immobilier résidentiel. «Nous n'avons pas parié massivement contre le marché du logement et nous n'avons certainement pas parié contre nos clients», a ajouté M. Blankfein.

M. Levin et sa commission ont produit des échanges de messages électroniques impliquant certains des plus hauts dirigeants de Goldman Sachs pour étayer leurs accusations.
2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 28 avril 2010 06 h 34

    Y avait-il un filière française ?

    Est-ce qu'il y aurait un lien entre le fait, maintenant connu, que c'est un Français, Fabrice Tourre, (dit le fabuleux Fab..) qui aurait inventé les "papiers commerciaux adossés à des actifs" (plutôt douteux) et la connaissance que nous avons maintenant que c'est principalement au Québec que les institutions ont acheté de ces PCAA (merdiques) qui ont perdu leur valeur, comme, semble-t-il, celà aurait dû être prévisible.

  • Fernand Trudel - Inscrit 28 avril 2010 10 h 07

    Imaginez les bourses du carbone contrôlées par Goldman Sachs…

    Goldman Sachs est au centre de l'organisation des bourses du carbone et est même principal actionnaire de la bourse du carbone de Chicago, la première à voir le jour en 2003 sous l'impulsion de Gore, Obama (Joyce Foundation). Maurice Strong (ex v-p finances Dome Pétroléum, ex dirigeant Pétro-Canada. ex président Power Corp, secrétaire du sommet de Rio et fondateur de l'UNEP) et Goldman Sachs.

    Le cœur du marché des droits d’échanges boursiers de crédits à polluer

    Ce marché n’est en fait rien d’autre qu’un nouveau marché relativement opaque. C’est Gordon Brown, alors chancelier de l’Echiquier, qui a promu un système permettant la négociation de 100 milliards de droits à l’émission de CO2 à travers toute l’économie. Al Gore est alors l’agent intéressé des spéculateurs londonniens et est le lien entre Gordon Brown, devenu Premier Ministre, Tony Blair et Jeffrey Skoll (fondateur de E-Bay qui a financé le film de Gore). Londres devient la plaque tournante du carbone en contrôlant le « Emission Trading Scheme » (ETS), Organisation Européenne des droits échangeables par lequel passe plus de 60 % du volume de CO2 échangé dans le monde dont 80 % de sa valeur. Dans une ambiance agitée de réchauffement climatique entretenue de toutes parts par les mêmes banques d’affaires, grandement responsables de la crise financière, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, celles-ci se sont positionnées en tant que « Market Makers », dans la prévision d’immenses profits. D’après le Daily Telegraph, Al Gore serait le premier milliardaire du carbone.

    Récemment on apprenait que 5 milliards d’euros avaient été détournés dans ces bourses internationales car ce système permet accessoirement aux multinationales de ne pas payer la TVA. Ça ressemble de plus en plus à la bourse sur le SO2 instauré par Enron et protégé par le Clean air act américain alors que Gore était politicien (1). Faut dire que Gore a travaillé de manière proche avec le monde des affaires dont Enron afin d’inclure les bourses d’échange de crédits carbone dans le protocole de Kyoto. Je vous épargne tout le lobby qui s’y déroula tant auprès des officines gouvernementales ainsi qu’auprès des groupes environnementaux. Lawrence Solomon dans L’autre secret d’Enron (1) explique largement toutes les tractations de cette époque.

    (1) http://www.iedm.org/main/content_fr.php?content_id

    Imaginez maintenant qu'Obama déclare comme dans le cas du "Clean Air Act" que le CO2 est un gaz dangereux. On sait où la bourse du SO2 conséquente à cette loi américaine, nous a conduit è une faillite frauduleuse gigantesque avec ENRON comme courtier. Goldman Sachs lui succède donc...

    Goldman Sachs sera installé sur une montagne de billets verts car les spéculateurs y évolueront allègrement pour avoir le droit de polluer à vil prix, tout en créant des milliardaires du climat. C'est génial comment l'hystérie de la catastrophe peut engendrer des monstres financiers pour nous arnaquer davantage. Ces marchés intangibles, ne reposant que sur du vent et des probabilités de plus en plus flues devraient être bannis du paysage avant que d'autres gens se fassent flouer...