La crise grecque fait perdre des plumes au huard canadien

L’annonce d’une décote de la la Grèce et du Portugal a suscité une réaction immédiate des marchés, les Bourses européennes accusant un recul. La décision de Standard & Poor’s fait craindre que la crise qui secoue la Grèce s’étende à d’autres pays d’Europe.
Photo: Agence Reuters L’annonce d’une décote de la la Grèce et du Portugal a suscité une réaction immédiate des marchés, les Bourses européennes accusant un recul. La décision de Standard & Poor’s fait craindre que la crise qui secoue la Grèce s’étende à d’autres pays d’Europe.

La crise grecque, qui s'étend désormais au Portugal, a semé la panique hier sur les marchés financiers européens. Mais elle a aussi eu des répercussions de ce côté-ci de l'Atlantique, puisque le dollar canadien a essuyé un recul de plus d'un cent. Et plusieurs analystes estiment désormais qu'il existe un risque bien réel de contagion à d'autres pays de la zone euro, voire à l'extérieur de celle-ci.

Le huard, qui flirte avec la parité depuis quelques semaines, a glissé jusqu'à 98,27 ¢US, en baisse de 1,59 ¢US par rapport à son cours de fermeture de lundi. Il faut dire que le dollar américain est traditionnellement considéré comme une valeur refuge par les investisseurs lors des périodes de turbulence. Lorsque Standard & Poor's a abaissé la cote de crédit de la Grèce, hier matin, à un de ses plus bas niveaux, cela a mis de la pression sur le dollar canadien et les autres devises — l'euro et le yen japonais, par exemple —, les courtiers ayant vendu certains de leurs actifs pour se ruer sur la devise de l'oncle Sam.

La décote de la Grèce fait craindre à certains observateurs que les problèmes de dette s'étendent à d'autres pays européens. Surtout que le Portugal a subi lui aussi une décote de la part de Standard & Poor's, signe que la crise ne se limite plus à un seul État.

Les marchés boursiers nord-américains ont eux aussi encaissé des reculs importants hier. À Toronto, le S&P/TSX, a perdu 134,23 points, soit 1,1 %, pour clôturer à 12 146,74 points. À Wall Street, la moyenne Dow Jones des valeurs industrielles a cédé 1,9 %. L'indice composé du Nasdaq a retraité de 2 % et le S&P 500 a abandonné 2,3 %.

Et le mouvement de recul des Bourses pourrait se poursuivre, selon l'économiste Mathieu D'Anjou, de Desjardins. «Il y a un risque de contagion [de la crise grecque] sur les marchés mondiaux si les investisseurs redevenaient plus inquiets. On pourrait assister à une remontée de l'aversion pour le risque.» Il est cependant trop tôt pour en déterminer l'ampleur.

On prévoit déjà une correction boursière — de 5 à 8 % au Canada, selon les analystes — au cours des prochaines semaines, précise M. D'Anjou. Celle-ci sera notamment alimentée par des incertitudes au sujet de la réglementation financière qui sera mise en place aux États-Unis et du scandale Goldman Sachs.

Risques en Europe

Sans surprise, les Bourses européennes ont elles aussi plongé hier et l'euro est passé sous la barre de 1,32 $US pour la première fois depuis la fin d'avril 2009, après que Standard & Poor's eut abaissé la cote de la Grèce de plusieurs crans, à BB+. Les cotes en deçà de BBB sont considérées comme trop risquées pour des fins d'investissement. L'agence a averti les détenteurs de dette grecque que la probabilité moyenne de recouvrir leur argent était d'entre 30 et 50 % dans l'éventualité d'une restructuration de dette ou d'une défaillance.

Ce qui est désormais encore plus inquiétant, c'est que «les risques de contagion à d'autres pays de la zone euro sont de plus en plus présents», affirme l'économiste en chef adjoint à Valeurs mobilières Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie. «Il est étonnant de voir à quel point des économies relativement petites peuvent créer des secousses aussi importantes. Les mécanismes de transfusion sont très forts [dans la zone euro].»

Selon lui, le Portugal — qui a subi une décote hier — risque de connaître des difficultés importantes dans un proche avenir. Le pays est par exemple étroitement lié à l'Espagne, qui absorbe 25 % de ses exportations. Or l'Espagne connaît aussi des problèmes économiques majeurs et a notamment vécu un krach immobilier brutal.

«L'Italie est aux prises avec une dette très lourde et n'a pas nécessairement le meilleur historique sur les marchés de crédit. Elle pourrait être touchée», ajoute M. D'Anjou. L'Irlande risque aussi d'être frappée par un mouvement de contagion, selon lui. Même le Royaume-Uni, un pays situé hors zone euro, pourrait faire les frais d'une crise rampante en Europe. Le pays a un déficit important et les ménages y sont endettés à hauteur de 170 % de leur revenu annuel.

Qui plus est, la dette de certains États, Grèce et Portugal en tête, est en bonne partie détenue par de grandes banques européennes. Or celles-ci pourraient, en raison de la crise, se retrouver en moins bonne posture pour prêter aux entreprises. Cela aurait pour effet de freiner encore davantage une croissance qui s'annonce déjà faible dans la zone euro en 2010, selon Paul-André Pinsonnault, économiste principal, Revenu fixe, à la Financière Banque Nationale. Un point de vue partagé par M. D'Anjou.

Économiste en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne, Carlos Leitao estime toutefois que l'Europe sera en mesure de trouver une solution à court terme pour sortir de la présente crise. Mais elle devra surtout résoudre à long terme le problème structurel que pose une union monétaire qui n'a rien de naturel tant les disparités économiques entre les États qui la composent sont importantes.

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Avec La Presse canadienne
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 28 avril 2010 11 h 35

    Les «investisseurs»

    Les «investisseurs», c'est quoi leur *#**# de problème?
    Quel est le rapport entre la dette de la Grèce et la baisse de notre bien-aimé huard? On se réfugie dans le dollar américain? Ou dans l'or?
    Il y a de la «grosse argent» qui vole au-dessus de la tête du citoyen ordinaire.
    Et dire qu'on nous demande encore de voter; il y a des coups de pied au cul qui se perdent.