L'Union européenne au pied du mur

Athènes — La crise grecque a semé la panique hier sur les marchés et a commencé à s'étendre au Portugal, accentuant la pression sur l'Union européenne pour qu'elle débloque au plus vite l'aide promise.

Nouveau coup dur pour la Grèce, l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) a abaissé de trois crans la note du pays, de «BBB+» à «BB+». Ce faisant, S&P va rendre plus difficile l'accès de la Grèce au marché, sa dette étant désormais considérée comme un investissement à haut risque. Cette décision «ne correspond pas aux véritables données de l'économie grecque», a réagi le ministère des Finances dans un communiqué.

La crise de défiance qui frappe les finances grecques a commencé à s'étendre au Portugal, qui a vu lui aussi sa note dégradée par SP. La note de la dette à long terme du Portugal a été abaissée de deux crans, à «A-» contre «A+» par S&P qui l'a assortie d'une perspective négative, ce qui signifie qu'elle pourrait être abaissée davantage, selon un communiqué publié hier.

Réplique portugaise

Le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a aussitôt réagi à cette décision pour dénoncer une «attaque» des marchés. Il s'est dit déterminé à mettre en oeuvre le plan d'austérité du gouvernement pour réduire un déficit public record, égal à 9,4 % du PIB, cependant que la dette est de 126 milliards d'euros.

Tentant d'éteindre l'incendie, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a déclaré qu'il était «hors de question» que la Grèce ou un autre pays de la zone euro fasse défaut sur ses obligations.

Records inquiétants

Mais sur le marché obligataire, où se négocie la dette des États, les taux grecs ont battu de nouveaux records hier, autour de 9,6 %. Si on n'aide pas les Grecs, «ils vont être dans une situation insoutenable», a reconnu le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn.

Au vu des conditions de marché «totalement prohibitives», la Grèce ne peut plus emprunter, s'est inquiété le ministre des Finances, Georges Papaconstantinou, pressant l'UE et le FMI de débloquer l'argent d'ici le 19 mai, date à laquelle arrive à échéance une obligation d'État de 9 milliards d'euros. Son appel semble avoir été entendu. Les dirigeants des pays de la zone euro se préparent à tenir un sommet le 10 mai pour approuver le versement de l'aide, a indiqué à l'AFP une source proche de la présidence espagnole de l'UE.

Et la Commission européenne devrait rendre au plus tard la semaine prochaine un avis sur le bien-fondé de la requête grecque, la mission préparatoire qu'elle effectue avec la BCE et le FMI étant sur le point de se conclure.

Même l'Allemagne, réticente à aider la Grèce à l'approche d'élections régionales le 9 mai qui s'annoncent risquées pour la coalition au pouvoir, affichait hier de meilleures dispositions. Le gouvernement «ne laisser(a) pas tomber la Grèce», a assuré le ministre allemand des Finances, dans un entretien à paraître mercredi.

En France, la question ne fait pas débat: le Parlement examinera les 3 et 4 mai sa participation au plan européen.

Grèves

Sur le front social, les deux grandes centrales syndicales du pays, celle de la fonction publique, l'Adedy, et celle du secteur privé, la Gsee, ont appelé à une grève générale mercredi 5 mai. Cet appel a été lancé alors que, selon un sondage paru hier, une majorité de Grecs (61%) désapprouve la décision du gouvernement d'avoir recours à l'aide de l'UE et du FMI. Le fonds fait particulièrement figure d'épouvantail, au point que 70,2 % des Grecs ne veulent pas de son argent.

Plus de mille personnes ont manifesté d'ailleurs dans le centre d'Athènes à l'appel de l'Adedy contre le recours à l'aide de l'UE et du FMI, craignant qu'elle ne se traduise par de nouveaux sacrifices.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre, Georges Papandréou, n'a pas caché que les Grecs allaient connaître des temps difficiles. «L'heure de vérité est arrivée»: il faut «tout changer» en Grèce pour rendre l'économie viable, «Etat, habitudes, mentalités, comportements», a-t-il dit.