L'opposition décrie le recours à des consultants pour gérer le risque à la Caisse de dépôt

Québec — L'opposition s'est inquiétée, hier, des dépenses engagées sans appel d'offres par la Caisse de dépôt et placement pour les services de consultants externes en gestion de risque alors qu'elle dispose déjà d'une équipe d'employés affectés à cette tâche.

Le porte-parole adéquiste en matière de finances, François Bonnardel, a déclaré que l'institution avait les ressources nécessaires pour élaborer une politique encadrant les niveaux de risques à prendre dans ses divers portefeuilles.

M. Bonnardel a souligné que de 2002 à 2009, le nombre d'employés affectés à la gestion du risque était passé de 12 à 47. «Il y a sûrement des bonnes personnes pour évaluer cette gestion du risque, qui sont capables de faire le travail elles-mêmes et non de le donner à coups de millions de dollars dans un contexte économique extrêmement difficile», a-t-il dit.

M. Bonnardel a réclamé une enquête interne sur l'octroi du contrat à la firme de consultants McKinsey, dont le mandat s'est déroulé de mai 2009 à février dernier. «M. Bachand se devait d'être informé là-dessus, et minimalement il doit nous répondre pourquoi on a donné un contrat sans appel d'offres», a-t-il dit.

Incompétence

Le porte-parole péquiste en matière de finances, Jean-Martin Aussant, a lui aussi jugé qu'il était superflu de recourir à des consultants externes. Mais selon lui, cela démontre surtout l'incompétence du nouveau président et chef de la direction de la société d'État, Michael Sabia.

M. Aussant a soutenu que M. Sabia, ancien chef de la direction de Bell Canada, n'a pas les connaissances requises pour gérer le risque à la Caisse de dépôt, où il été nommé à la suite des pertes records enregistrées par l'institution durant l'année 2008. «M. Sabia n'avait aucune expérience en gestion de risque ni en gestion de portefeuille quand il est arrivé, a-t-il dit. On voit ce que ça donne. Il faut qu'il engage des consultants à coups de millions à l'extérieur pour se faire dire comment gérer le risque à la Caisse.»

Dans son édition de d'hier, Le Journal de Montréal a estimé qu'à mi-parcours, en octobre, la Caisse avait déjà déboursé 5 millions pour les services de McKinsey. Selon le quotidien, la facture totale, au terme du contrat en février, pourrait s'élever à 10 millions.

Maxime Chagnon, porte-parole de la Caisse de dépôt, n'a pas voulu révéler la valeur du contrat de McKinsey, mais il a confirmé que la firme avait obtenu le mandat sans appel d'offres, en raison de l'urgence de la situation. «Si on voulait accélérer notre plan de gestion des risques, l'élaborer le plus rapidement possible, il fallait y aller avec les meilleurs», a-t-il dit.

Les services de l'entreprise ont été retenus après l'entrée en fonction de M. Sabia, a indiqué M. Chagnon. «Après des pertes de 40 milliards, il était clair pour tout le monde qu'on devait s'attaquer à la gestion du risque. M. Sabia l'avait dit, à son arrivée en poste, qu'il en faisait une priorité.»

En Chambre, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a déclaré que M. Sabia avait pris la bonne décision en retenant les services de McKinsey pour réviser sa politique de gestion de risque. «Ce que je n'aurais pas aimé, c'est qu'il ne fasse rien. Alors, la nouvelle équipe de gestion a regardé les pratiques de gestion du risque, et s'est fait accompagner des meilleurs experts mondiaux pour remettre la Caisse sur les rails.»