Troisième augmentation en moins d'un mois - La hausse des taux hypothécaires n'inquiète pas les consommateurs

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Les banques Royale et TD ont amorcé hier un troisième mouvement à la hausse des taux hypothécaires au Canada. La remontée des taux, qui totalise dans certains cas près d'un point de pourcentage en moins d'un mois, ne semble pas trop inquiéter encore les acheteurs de maisons.

La Banque Royale a augmenté hier l'ensemble de ses taux hypothécaires de 15 points de base. L'échéance d'un an y passe donc à 3,80 %, celle de trois ans à 4,75 % et celle de cinq ans à 6,25 %. C'étaient les troisièmes hausses du genre pour la plus grande banque du pays en matière d'actif depuis la fin du mois de mars. Ces changements portent le total des augmentations à 100 points de base (ou un point de pourcentage) en moins d'un mois pour les prêts très populaires de cinq ans.

La Banque TD n'a pas été longue, hier, à emboîter le pas, portant son propre taux d'un an à 4,05 % (+15 points), celui de trois ans à 5,10 % (+25 points) et celui de cinq ans à 6,26 % (+15 points). Si elles restent fidèles à leur habitude, les autres institutions financières ne devraient pas attendre bien longtemps avant de suivre le mouvement.

Ces augmentations reflètent la hausse des coûts d'emprunt sur le marché obligataire où les banques financent leurs prêts hypothécaires. Leurs hypothèques à taux variables, comme les prêts à la consommation, sont amarrées quant à elles au taux directeur de la Banque du Canada qui n'a pas bougé depuis plus d'un an. Cette situation ne devrait toutefois pas tarder à changer, le gouverneur de la banque centrale, Mark Carney, ayant clairement laissé entendre, la semaine dernière, que le moment était venu de commencer à resserrer le loyer de l'argent. Selon les analystes, cette première hausse devrait venir dès le mois de juin et pourrait totaliser 125 points de base à la fin de l'année.

Les pouvoirs publics se sont beaucoup inquiétés ces derniers mois de l'impact qu'allait avoir l'inévitable remontée de taux hypothécaires tombés à des creux historiques durant la crise. Ces craintes ont notamment incité le gouvernement fédéral à relever le montant de la mise de fonds minimale à l'achat d'une maison et à réduire la période maximale d'amortissement.

Des propriétaires sereins

Quatre acheteurs de maison sur cinq disent aujourd'hui ne pas s'en faire avec leur dette hypothécaire, a rapporté hier la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Une plus grande proportion encore (91 %) de répondants à ce sondage, réalisé du 11 au 28 février auprès de 2503 personnes ayant contracté un prêt hypothécaire au cours des 12 derniers mois, ont indiqué s'attendre à ce que leur revenu demeure stable ou augmente au cours des prochaines années.

Plus des deux tiers (68 %) ont dit qu'il était probable qu'ils remboursent leur prêt hypothécaire avant la fin de la période d'amortissement prévue. Plus du quart (27 %) avaient déjà réduit l'ampleur de leur dette en versant un montant forfaitaire ou en augmentant leurs paiements réguliers. Quatre répondants sur cinq avaient choisi une période d'amortissement de 25 ans ou moins pour leur prêt hypothécaire.

La quasi-totalité (92 %) de ces nouveaux propriétaires de maison ou propriétaires de longue date qui ont renouvelé leur emprunt, ou acheté une nouvelle maison, sont d'avis que «l'immobilier est un bon placement à long terme». Qu'ils soient des marchés en pleine ébullition de la Colombie-Britannique et de l'Alberta ou de marchés plus équilibrés comme le Québec, plus des trois quarts (77 %) pensent que «le moment est propice à l'achat d'une maison».

Des retraités inquiets

Tous n'abordent cependant pas l'avenir avec la même tranquillité d'esprit, a révélé hier un autre sondage, réalisé, celui-là, par la firme Ipsos Reid pour le compte de la Banque Royale. Six retraités sur dix (62 %) ont dit s'inquiéter de l'impact qu'auront les impôts sur leurs revenus de retraite. Les deux tiers (66 %) s'attendent d'ailleurs déjà à ce que ces impôts augmentent au cours des dix prochaines années.

Plus du tiers des retraités consultés ont dit craindre aussi l'incidence de l'inflation sur leurs revenus de retraite. C'est un peu moins que les 43 % de répondants sondés qui n'étaient pas encore à la retraite.

Toutes ces craintes n'ont pas empêché quatre répondants sur dix d'être encore endettés au moment d'arriver à leur retraite, révèle l'enquête réalisée du 10 au 19 mars auprès de 2143 personnes âgées de 50 ans et plus dont le ménage dispose d'un actif d'au moins 100 000 et dont la marge d'erreur est de 2,1 %, 19 fois sur 20. Le quart des personnes interrogées avaient notamment encore une hypothèque sur leur résidence principale à rembourser et 28 % avaient contracté de nouvelles dettes depuis le début de leur retraite.

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Avec La Presse canadienne