Autoportrait flatteur de l'industrie minière

Photo: Reuters

Cible de nombreuses critiques depuis plusieurs mois, l'industrie minière québécoise a répliqué hier par la publication d'une étude vantant la contribution de la filière minérale au développement économique de la province. Mais l'on se défend bien de se lancer ainsi dans une opération charme visant à «vendre» aux Québécois un secteur en pleine expansion.

Selon ce document, commandé par l'Association minière du Québec (AMQ) et l'Association de l'exploration minière du Québec (AEMQ), l'exploitation du sous-sol contribuerait significativement à l'actuelle reprise économique. Des projets miniers de l'ordre de quatre milliards de dollars devraient en effet se mettre en branle d'ici 2013. Un total de dix nouvelles mines seraient exploitées, si tout se déroule comme prévu.

Les investissements dans cette filière sont d'ailleurs en croissance puisque les activités d'exploration ont crû de 65 % par année en moyenne depuis 2000, pour s'élever à 440 millions de dollars en 2008. Ce montant inclut cependant une contribution fiscale de l'État de 23 % des dépenses totales, précise l'étude réalisée par E&B DATA. Les activités d'exploration sont surtout menées dans le nord du Québec, en Abitibi-Témiscamingue et sur la Côte-Nord. Les minières génèrent un total de 36 000 emplois directs.

Stimulées par la hausse de la valeur des matières premières, les exportations totales de la filière ont en outre augmenté de 8,2 % par année depuis 2000, de façon à atteindre huit milliards de dollars en 2008. En ce qui a trait aux retombées pour le Trésor québécois, on parle d'une contribution fiscale nette — incluant l'impôt sur le revenu, les taxes, les droits miniers et les claims — de 281 millions de dollars en moyenne chaque année entre 2000 et 2007. Pendant la même période, Québec a accordé une aide annuelle moyenne de 110 millions aux minières.

«La force de levier de la filière minérale sur l'économie du Québec révélée par l'étude d'E&B DATA est impressionnante, a fait valoir Michel Leclerc, président du conseil d'administration de l'AMQ. Bien qu'elle ne représente que 1,4 % des établissements d'entreprise au sein des industries primaires d'extraction de ressources naturelles et des industries secondaires, la filière minérale québécoise génère 5,1 % des emplois, 10 % des investissements et 12 % des exportations réalisées au sein de celles-ci.»

Opération charme

En publiant une étude des plus élogieuses, l'industrie minière tente-t-elle de redorer son image, passablement égratignée au cours des derniers mois? Non, a répondu le président du conseil d'administration de l'AMQ, Michel Leclerc. «Il faut qu'on communique mieux ce qu'on fait, parce que nous sommes très souvent jugés sur notre passé. Mais la réalité de l'industrie minière d'aujourd'hui est différente de celle des années 60 et 70.»

Reste que le Vérificateur général révélait l'an dernier qu'entre 2002 et 2008, «14 entreprises n'ont versé aucun droit minier alors qu'elles cumulaient des valeurs brutes de production annuelle de 4,2 milliards de dollars. Quant aux autres entreprises, elles ont versé pour la même période 259 millions, soit 1,5 % de la valeur brute annuelle».

Le président de l'AEMQ, Ghislain Poirier, a par ailleurs refusé de se prononcer sur la hausse des redevances annoncée dans le dernier budget libéral. Une hausse qui a surpris l'industrie et que certains n'ont pas hésité à critiquer. Les redevances doivent passer de 12 à 16 % d'ici 2012. Mais, dans les faits, le régime laissera en place des allocations permettant aux entreprises d'abaisser le taux à aussi peu que 6 ou 7 %.

Et selon une récente étude de l'Institut Fraser, un think tank associé à la droite économique, le Québec est plus que jamais un paradis mondial pour cette industrie. En plus de l'aide accordée année après année aux minières, le gouvernement s'est notamment engagé à contribuer financièrement à la construction des routes nécessaires pour rejoindre certains projets situés plus au nord. L'État y trouve néanmoins son compte, a tenu à dire M. Poirier, puisqu'«il récolte plus qu'il ne sème».

Irrité par les questions récurrentes sur les redevances et les impacts environnementaux engendrés par l'exploitation du sous-sol québécois, M. Leclerc a pour sa part souligné que «ce qui est fait est beaucoup mieux fait que par le passé, et ça continue de s'améliorer». Il a en outre dit être «à l'écoute» des préoccupations liées à l'environnement.

En 2009, le Vérificateur général avait fait état de plusieurs dizaines de terrains miniers laissés à l'abandon et dont la restauration était désormais à la charge des contribuables québécois. Une facture de plus de 300 millions de dollars. Les pratiques ont toutefois été modifiées, assure-t-on, puisque les entreprises doivent verser des garanties pour assurer le coût des restaurations.
2 commentaires
  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 27 avril 2010 09 h 41

    Les compagnies minières la honte sur vous que vous faites affaires au pays du Québec

    Quand elles vont payer à l’état Québécois, toutes les compagnies minières leurs redevance à l’état Québécois??? Quand elles vont payer à l’état Québécois leurs dépollutions de tous leurs sites miniers par leurs pollutions très toxiques pour l’environnement Québécois de toutes ces compagnies minières????

  • Pierre Simard - Inscrit 27 avril 2010 10 h 09

    Suite à une loi du dernier siècle

    C'est le gros party pour les compagnies minières. La preuve est le sondage fait la semaine passée : de 600 cadres supérieurs ont attribué la !!!!!!!!première position MONDIALE!!!!!! au Québec. En gros, c'est l'endroit où il fait le mieux vivre pour ce type de compagnie!!! Les redevances sont quasi nulles; Les normes environnementales pour eux sont très laxistes; Le gouvernement mange dans leur main