Toyota Venza - Ceci n'est pas un VUS

La Venza adopte un design très à la mode, avec une ligne de toit surbaissée et une ceinture de caisse haute.
Photo: Toyota La Venza adopte un design très à la mode, avec une ligne de toit surbaissée et une ceinture de caisse haute.

Les familiales, ces bonnes vieilles «station-wagons» de mon enfance, sont en voie d'extinction. Elles ont été remplacées, dans un premier temps, par les véhicules utilitaires sport (VUS). Heureusement pour la planète, leur popularité a été freinée, ces dernières années, par la hausse du prix de l'essence, la crise économique et leur mauvaise image auprès d'une population de plus en plus sensibilisée à la protection de l'environnement. Les constructeurs, ces petits malins, savaient aussi qu'une infime minorité de propriétaires de 4X4 s'aventurait hors route; ils ont alors créé un nouveau type de véhicule en croisant un VUS et une automobile.

Ils ont visé dans le mille: comme les VUS avant eux, les véhicules multisegments se multiplient comme des lapins depuis deux ans. Toyota avait été l'instigateur de ce concept en lançant la Highlander, en 2001. La recette était simple: il suffisait de prendre un modèle déjà existant et de le redessiner en le faisant ressembler à VUS. En réalité, la Highlander de première génération n'était rien d'autre qu'une Camry familiale, avec une carrosserie et un nom différents. Lors de sa refonte, il y a deux ans, elle a cependant pris de l'embonpoint, au point de se rapprocher d'un VUS de format intermédiaire en dimensions et en poids. Pour bien des acheteurs, c'était devenu trop gros. Toyota a donc refait le coup de la «Camry déguisée», en utilisant la plate-forme et les organes mécaniques de sa populaire berline, rebaptisée Venza, cette fois. Puisque la recette a fonctionné une fois...

C'est beau, mais...

Je vous l'ai déjà dit, le style Toyota et moi, ça ne prend pas. Les designers de la branche américaine de ce constructeur dessinent des véhicules trop souvent fades, quand ils ne sont pas carrément laids. Surprise! La Venza a un physique plutôt agréable; les photos ne lui rendent d'ailleurs pas justice. Disons que ça faisait longtemps que je n'avais pas regardé une Toyota sans grimacer.

La Venza adopte un design très à la mode, avec une ligne de toit surbaissée et une ceinture de caisse haute. L'envers de la médaille, avec ce genre de carrosserie, c'est que la visibilité en souffre. C'est encore pire avec la Venza en raison de la largeur du pilier C et de l'étroitesse de la lunette arrière. Songez à cocher la caméra de recul dans la liste des options.

Trop de plastique

Il s'est dit beaucoup de choses à propos de Toyota depuis le début de l'année. Dans certains cas, cette enflure médiatique a frôlé le délire; ce qui est vrai, cependant, c'est qu'il y a bel et bien une baisse de la qualité dans les véhicules de la marque, surtout ceux construits en Amérique du Nord, il faut bien le dire. Ce n'est pas tant la fiabilité qui en a souffert — les Toyota demeurent plus fiables que la moyenne — que la qualité de la construction.

L'examen de l'habitacle de la Venza le confirme. Le plastique abonde: dans les versions plus cossues, même ce qui ressemble à du bois est en plastique, et sa texture fait vraiment bon marché. Cela indispose d'autant plus que nous sommes à bord d'un véhicule qui n'est pas donné: notre exemplaire à moteur V6 se détaillait tout près de 40 000 $. De plus, on a entendu des craquements dans nos deux véhicules d'essai. Voilà le genre de choses que l'on ne voyait (ou n'entendait) pas dans une Toyota.

Ces irritants sont d'autant plus regrettables que, pour le reste, la tradition Toyota est respectée, avec une ergonomie sans faille, des commandes simples et accessibles ainsi que des espaces de rangement aussi nombreux que bien situés. De plus, la décoration des lieux est beaucoup moins austère que dans les Toyota des décennies précédentes.

Les sièges sont confortables, bien rembourrés, mais n'offrent aucun soutien latéral. Côté habitabilité, la Venza impressionne, notamment à l'arrière, où les passagers bénéficient d'un grand dégagement pour la tête et les jambes. Le hic, c'est que cet espace a été grugé dans le compartiment à bagages qui, lui, n'a rien d'impressionnant. Certes, le dossier de la banquette arrière peut s'incliner, mais si l'on part avec deux enfants, on risque de s'ennuyer de la fourgonnette...

Pas d'hybride

Côté mécanique, on est en terrain connu: châssis, moteurs, transmission, tout vient de la Camry. Le 4-cylindres de 2,7 litres (182 chevaux) et le V6 de 3,5 litres (268 chevaux) sont tous deux jumelés à une boîte automatique à 6 rapports. Celle-ci est censée améliorer la consommation, mais le résultat n'a rien de renversant: avec le V6, la moyenne, pour un combiné ville-route, oscillait entre 12 et 12,5 litres au 100 kilomètres, ce qui est à peine mieux que des lourdauds comme l'Acura MDX, par exemple, ou encore la grosse Highlander.

C'est cependant le seul reproche que l'on peut faire à ce V6, onctueux et silencieux comme le sont ceux de Toyota. Si la consommation est votre priorité, optez pour le 4-cylindres qui n'est rien de moins qu'un des meilleurs de l'industrie automobile. Sa puissance est plus qu'adéquate et cette fois, la combinaison avec la boîte à 6 rapports donne les résultats espérés, côté consommation. Une version hybride ferait encore mieux, mais elle se fait toujours attendre. Les versions à moteur 4-cylindres peuvent avoir deux ou quatre roues motrices, tandis que les V6 viennent d'office avec le rouage intégral.

Une amélioration digne de mention: la direction est moins engourdie, et son assistance est mieux dosée. C'était une maladie chronique des Toyota, qui contribuait à miner l'agrément de conduite. Par ailleurs, le freinage accomplit un travail exemplaire.

Comme une berline

Si vous avez déjà conduit une Camry, vous ne serez pas dépaysé au volant d'une Venza. Vous retrouverez les mêmes qualités... et les mêmes défauts. Les qualités, ça veut dire un confort identique à celui d'une Camry, la même douceur de roulement, le même silence... Et comme une Camry, ce n'est pas très excitant à conduire. À ce sujet, je précise deux choses:
 
- Pour la clientèle cible, ce n'est pas important.

- Il existe pire, croyez-moi. Les VUS, par exemple.

La tenue de route est très correcte, comparable en tous points à celle d'une berline. Le roulis ne se manifeste que si l'on prend les courbes de façon agressive, mais la conduite d'une Venza n'inspire guère à ce genre de loisir. La clientèle cible veut un véhicule spacieux, confortable et silencieux; c'est exactement ce que propose la Venza.

Conclusion

La Venza n'est rien d'autre qu'une Camry familiale, avec un nom différent. Est-ce un reproche? Pas le moins du monde, puisque cette voiture demeure une des meilleures de l'industrie automobile. Il faut juste s'assurer qu'il n'y ait pas erreur sur la personne, car le déguisement est trompeur: ce n'est pas un VUS. Si vous faites partie de la minorité qui aime aller jouer dans le bois avec son véhicule, vous n'êtes pas à la bonne adresse. Et comme nous sommes chez Toyota, les options sont nombreuses, et l'addition peut rapidement gonfler. Heureusement, ces jours-ci, les concessionnaires sont beaucoup plus ouverts à la négociation... Comme quoi le malheur des uns fait le bonheur des autres!

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FICHE TECHNIQUE TOYOTA VENZA

- Moteur: V6 3,5 litres

- Puissance: 268 ch

- 0-100 km/h: 7,6 s

- Vitesse maximale: 180 km/h (limitée électroniquement)

- Consommation moyenne: 12,4 litres/100 km

- Échelle de prix : 29 310 $ à 41 010 $

- Prix du véhicule d'essai : 38 875 $ (V6 AWD avec groupe Touring)

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 26 avril 2010 08 h 47

    Laide

    La Toyota Venza est laide, car les stylistes sont des américains. Elle se fond parfaitement dans la laideur ambiante et omniprésente des U.S.A. Comme ceux qui l'achèteront n'ont pas de goût, ils en vendront beaucoup. Le style «transformer» qui prévaut actuellement chez les constructeurs japonais passera à l'histoire comme l'époque de la grande noirceur automobile.
    Une Venza garée devant une «monster house» néo-rétro-gothique incarne le mauvais goût des gens riches et incultes.
    Il faudrait me payer très cher pour être vu au volant de cette incongruité.
    François Dugal