DS, leader mondial du 3D sur mesure

François Bouffard, vice-président pour les Amériques de DS, constate que le 3D est encore émergent même si l’on en parle depuis 1981.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir François Bouffard, vice-président pour les Amériques de DS, constate que le 3D est encore émergent même si l’on en parle depuis 1981.

Dassault Systèmes (DS) a pour objectif de faire en sorte que le concept virtuel en trois dimensions (3D) trouve des applications partout dans le monde réel, et cela, depuis le concepteur jusqu'au consommateur, si bien que tous les intervenants pourront créer, partager et expérimenter en 3D.

François Bouffard, vice-président pour les Amériques de DS, constate pour l'instant que «le 3D est encore émergent même si l'on en parle depuis 1981». DS a été le leader en la matière depuis le début, avec le lancement du premier logiciel 3D, qui porte encore aujourd'hui la marque Catia.

Cette avancée importante dans les nouvelles technologies au tournant de 1980 a été tellement impressionnante que même le grand Marcel Dassault — président-fondateur du groupe qui porte son nom, créateur des avions de chasse Mirage, Mystère et inventeur d'une hélice dite «Éclair» utilisée par l'aviation française pendant la Première Guerre mondiale — avait conseillé aux employés qui avaient développé ce logiciel 3D de quitter le groupe familial pour fonder une nouvelle entreprise. Ce fut l'origine de DS, une société dans laquelle la famille Dassault avait quand même conservé un bloc prépondérant de 45 % des actions, ce qui est encore le cas maintenant et la met à l'abri des offres d'acquisition hostiles. DS n'a par ailleurs rien à voir avec la firme québécoise de génie-conseil Dessau, contrairement à ce que certains pensent.

DS a d'abord l'été l'affaire de 125 employés, soit des programmeurs, des ingénieurs et d'autres spécialistes. Comme il n'y avait aucun vendeur dans le lot, cette nouvelle entreprise a alors fait une alliance avec IBM, entente qui fut très profitable mais qui a pris fin le 31 mars dernier, la situation ayant beaucoup changé. La collaboration entre les deux sociétés n'est toutefois pas rompue.

En 2001, voulant s'implanter sur le continent nord-américain pour desservir son plus gros client, Boeing, qui lui demandait de faire pour la première fois la maquette virtuelle en 3D d'un appareil au complet, DS a fait l'acquisition d'Alliance Commercial Technologies de Montréal, une société de services-conseils, ce qui dès lors lui assurait une présence sur ce continent.

Dassault Systèmes Canada, qui compte maintenant plus de 300 employés, est le siège social de DS pour toutes ses activités de service en Amérique du Nord, lesquelles génèrent des revenus de 80 millions de dollars, dont 27 millions sur le marché canadien. Cela est relativement peu dans l'ensemble de la société DS, qui atteindra cette année un chiffre d'affaires de 2,3 milliards et qui emploie plus de 9000 personnes, en incluant les 700 nouveaux provenant d'IBM depuis le 1er avril. Sur ces 700 nouveaux employés, 22 sont ajoutés au personnel montréalais.

Recherche et développement

La recherche et le développement occupent une place importante chez DS, qui y investit plus de 26 % de son chiffre d'affaires; 3500 employés, soit 30 % de l'ensemble du personnel, sont affectés au développement des logiciels, lesquels sont regroupés sous six grandes marques, dont Catia.

L'industrie du logiciel évolue constamment et rapidement. M. Bouffard souligne que, de 1960 jusqu'aux années 1980, il fallait au moins cinq ans pour franchir toutes les étapes depuis la conception jusqu'à la construction d'une auto, alors que maintenant il ne faut tout au plus que deux ans. Le même logiciel peut être utilisé par tous les constructeurs d'autos. À Montréal, le mandat consiste à finaliser l'architecture des logiciels en fonction des exigences spécifiques des clients. En somme, on assure un service sur mesure.

DS a ciblé 11 secteurs industriels, dont certains dans lesquels son taux de pénétration est très significatif. Pas moins de 85 % des entreprises aéronautiques font partie de ses clients; sa part de marché est de 70 % dans l'industrie de l'auto; il occupe 40 % du marché des bateaux militaires et sa progression s'affirme en ce qui concerne les navires de croisière, les conteneurs, les biens de consommation durables pour la maison, tels que les meubles, et les outils, Black & Decker par exemple.

Le domaine de l'énergie, et en particulier celui de la construction des barrages, peut tirer grand profit de cette technologie virtuelle 3D, ce qui est le cas d'Hydro-Québec depuis plusieurs années, en particulier pour des projets comme celui de La Romaine. «Hydro-Québec est un client qui nous sert de référence mondiale en énergie», ajoute M. Bouffard, en confiant que cette société d'État a eu une grande influence sur les firmes de génie-conseil pour que celles-ci adoptent le 3D. Il constate cependant qu'en architecture, dans les firmes d'ingénieurs et la construction, on en est encore beaucoup au 2D, mais il pense que d'ici deux à trois ans des progrès importants vers le 3D seront accomplis.

Frank Gehry, l'architecte de réputation mondiale qui a réalisé de nombreux projets prestigieux, dont le musée de Bilbao, a même formé une entreprise conjointe avec DS. M. Bouffard cite d'autres marchés que DS vise maintenant: celui de la mode et des chaussures, ainsi que le marché de détail d'une manière générale. Grâce à la visualisation 3D, les commerçants voient exactement de quoi auront l'air les tablettes de leurs magasins, faisant tous les changements qu'ils souhaitent voir réalisés sans avoir à bouger de leur ordinateur.

Leader mondial

DS s'affiche comme le leader mondial, avec une part de 26 % du marché mondial des logiciels de gestion du cycle de vie des produits, désormais une tendance très lourde inspirée du souci de protéger l'environnement. Son logiciel Enovia permet une gestion de toutes les informations pertinentes à toutes les étapes de la vie d'un produit, comprenant l'éco-conception, la validation, ce qui est conçu avec tous les fournisseurs et sous-traitants, la gestion des processus de fabrication, jusqu'à la fin de la vie d'un produit, dont on veut que la plus grande partie de ses composantes soient recyclées en fin de cycle.

DS est naturellement active dans le domaine des jeux vidéo. «Ce sont déjà nos clients», indique M. Bouffard, qui par ailleurs souligne avec une grande satisfaction que le film à succès Avatar est une très bonne nouvelle pour DS, qui vise justement à étendre le marché du 3D dans tous les secteurs d'activités et à tous les publics. DS n'a d'ailleurs pas attendu Hollywood pour tenter de rejoindre le grand public. Elle s'y est attaquée en travaillant à la conception d'un réseau social (3Dvia.com) qui propose à ses membres de créer des objets en 3D. Le site 3Dvia a recruté 160 000 utilisateurs en six mois. M. Bouffard voit l'existence d'un tel site non seulement comme un lieu de rapprochement social, mais aussi comme un excellent moyen de combattre le décrochage scolaire.

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Collaborateur du Devoir