Le FMI met le pied dans la zone euro

Washington — Le Fonds monétaire international a désormais un pied dans la zone euro, où il va intervenir pour la première fois depuis la création de l'union monétaire, avec la demande formelle de la Grèce de recevoir un prêt de l'institution.

Le FMI se préparait depuis plusieurs mois à cette éventualité, de plus en plus évidente au fur et à mesure qu'Athènes s'enfonçait dans la crise budgétaire. «Nous sommes prêts à agir rapidement», a déclaré hier dans un communiqué le directeur général du Fonds, Dominique Strauss-Kahn. «Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les autorités grecques depuis plusieurs semaines sur cette aide technique, et nous avons une mission sur place depuis quelques jours qui travaille avec les autorités locales et l'Union européenne», a-t-il rappelé.

En vertu d'un accord conclu avec les dirigeants de la zone euro le 11 avril, le Fonds doit contribuer à hauteur d'un tiers au plan d'aide pour le pays.

Un autre pas important avait été franchi avec l'envoi à Athènes d'une mission pour discuter du programme économique pouvant permettre un prêt. Cette équipe s'est mise au travail dans la semaine.

Le FMI assortit tous ses prêts d'un taux d'intérêt avantageux (3,26 % actuellement dans le cas d'un pays comme la Grèce), d'une échéance de remboursement relativement longue, mais surtout de conditions strictes. D'après M. Strauss-Kahn, mercredi la mission se mettait à examiner ces conditions. Jusque-là, «nous n'étions pas impliqués dans toutes les discussions financières. Nous commençons seulement maintenant», soulignait-t-il mercredi.

Rigueur sur les dépenses

On sait déjà que les efforts demandés à Athènes comporteront une forte dose de rigueur sur le volet des dépenses et de réformes sur le volet des recettes pour améliorer les performances fiscales d'un État en manque cruel de liquidités. «Nous travaillons sur un plan qui est fondamentalement du type de ce que les Européens et les Grecs avaient déjà préparé. Bien sûr, le plan du FMI doit regarder plus loin, d'autres années, 2011, 2012, et c'est une grande partie des discussions», disait encore M. Strauss-Kahn.

Le FMI arrive dans un contexte relativement inhabituel pour lui. La Grèce fait partie d'une jeune union monétaire (onze ans d'existence) où il n'est jamais intervenu, et dont la banque centrale aurait préféré qu'il ne le fasse jamais. Le 25 mars, le président de la banque, Jean-Claude Trichet, jugeait ainsi «très, très mauvais» que les Européens abandonnent une partie de leurs responsabilités au FMI.

Cette présence de la Grèce dans la zone euro empêche en particulier de jouer sur le taux d'intérêt directeur et sur le taux de change, dans un pays appelé à restaurer sa compétitivité à l'exportation.

Certains pensent que la Grèce n'est qu'un début. «L'événement essentiel d'hier [jeudi] a été que les rendements de toute la dette des États faibles de la zone euro a monté tandis que les rendements sur la dette allemande baissaient. [...] Cela ressemble au moment où les problèmes grecs commencent à engendrer une contagion à travers la région», écrivait hier l'ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson.