Subprimes: des courriels révèlent des conflits d'intérêts chez les agences de notation

New York — Un rapport parlementaire américain publié hier démontre les conflits d'intérêts qui ont pu survenir au sein d'agences de notation comme Moody's ou Standard and Poor's chargées d'évaluer des titres obligataires adossés à des prêts hypothécaires avant la crise.

La sous-commission permanente d'enquête sur la crise financière (Permanent subcommittee of Investigations) a publié 580 pages d'éléments recueillis avant une audition hier sur «le rôle des agences de notation» dans la crise financière.

Les courriels publiés, qui remontent jusqu'à 2004, bien avant la crise, montrent les pressions qu'exerçaient les commerciaux des agences sur les analystes qui notaient les émissions de titres obligataires de leurs clients, et la très forte concurrence entre les agences. En mai 2004, un commercial de Standard and Poor's écrivait dans un courriel interne que «nous venons de perdre une grosse transaction face à Moody's. [...] Perdre ainsi un ou plusieurs accords sur des questions de critères... Cela pourrait avoir un impact sur de futures transactions».

Un courriel d'août 2004, toujours chez Standard and Poor's, était encore plus direct. «La méthodologie sur les CDO [Collateralized debt obligation, les titres adossés aux prêts] provoque des réactions. Nous allons avoir une réunion avec votre groupe cette semaine pour discuter d'un ajustement des critères d'évaluation des CDO sur l'immobilier à cause du risque permanent de perdre des contrats. Perdre des contrats sur les CDO, cela veut dire perdre des activités de coeur de métier. C'est un cercle vicieux».