Le volcan islandais a coûté 1,7 milliard aux transporteurs

L’ampleur de cette crise éclipse celle du 11 septembre 2001, alors que l’espace aérien américain avait été fermé durant trois jours, estime Giovanni Bisignani, directeur général et chef de la direction de l’IATA.
Photo: Agence Reuters Toby Melville L’ampleur de cette crise éclipse celle du 11 septembre 2001, alors que l’espace aérien américain avait été fermé durant trois jours, estime Giovanni Bisignani, directeur général et chef de la direction de l’IATA.

Les choses reviennent à la normale dans le ciel européen, et l'heure est au bilan des pertes subies chez les compagnies aériennes. Plusieurs critiquent d'ailleurs sévèrement les autorités qui, en fermant l'espace aérien de plusieurs pays d'Europe, ont forcé l'annulation de plus de 100 000 vols au cours des derniers jours. Excès de zèle, accuse-t-on, exigeant des compensations financières de la part des gouvernements.

L'Association du transport aérien international (IATA) estime que la crise causée par l'éruption volcanique en Islande aura coûté aux transporteurs aériens plus de 1,7 milliard $US en pertes de revenus en date de mardi, soit six jours après l'éruption initiale. Durant trois jours — du 17 au 19 avril —, période au cours de laquelle les transporteurs effectuaient 29 % de vols de moins que prévu, les pertes de revenus ont atteint 400 millions $US par jour.

«L'ampleur de cette crise éclipse celle du 11 septembre 2001, alors que l'espace aérien américain avait été fermé durant trois jours, estime Giovanni Bisignani, directeur général et chef de la direction de l'IATA. Pour une industrie qui a subi des pertes de 9,4 milliards $US l'an dernier et qui prévoyait encore des pertes de 2,8 milliards pour 2010, cette crise est désastreuse, ajoute-t-il. Elle frappe le plus fort dans la région où les compagnies aériennes subissent les conditions financières les plus critiques. Les transporteurs européens prévoyaient déjà des pertes de 2,2 milliards cette année, les pires de l'industrie.»

Qui plus est, il faudra, selon lui, pas moins de trois ans aux transporteurs pour s'en remettre.

M. Bisignani presse donc les gouvernements européens à réfléchir à des mesures de compensation, comme l'avait fait le gouvernement américain après les attentats du 11-Septembre. Washington avait alors consenti une somme de 5 milliards $US pour dédommager les transporteurs qui avaient dû interrompre les vols durant trois jours. La Commission européenne avait aussi permis aux États européens d'offrir une aide semblable.

«Je suis le premier à dire que cette industrie ne demande pas à être renflouée. Mais cette crise ne résulte pas d'une mauvaise conduite de nos affaires, a fait valoir M. Bisignani. Il s'agit d'une situation extraordinaire aggravée par un processus décisionnel déficient chez les gouvernements. Les compagnies aériennes n'ont pas pu fonctionner normalement. Les gouvernements devraient aider les transporteurs à récupérer les coûts occasionnés par ce bouleversement.»

À l'instar de l'IATA, les dirigeants de British Airways, de Lufthansa et de Ryanair ont tous jugé que la décision de fermer les aéroports était excessive. «Il aurait pu être logique de maintenir les avions au sol durant un jour ou deux. Mais la réponse des gouvernements, des ministres des Transports et des régulateurs aurait dû être beaucoup plus rapide», a déclaré un dirigeant du transporteur low cost. Les deux plus importants voyagistes d'Europe, TUI travel et Thomas Cook, ont aussi vivement critiqué la gestion par le gouvernement britannique de la crise, dénonçant «un véritable cafouillage».

«Il est important de signaler que nous n'avions jamais connu une telle situation en Europe», a rétorqué le directeur général de l'aviation civile irlandaise, Eammon Brennan. En outre, des relevés atmosphériques montrent que la fermeture des aéroports était justifiée pour des raisons de sécurité, ont souligné hier des scientifiques de l'Institut fédéral de technologie à Zurich. Selon l'Organisation de l'aviation civile internationale, il n'y a toutefois pas, pour le moment, de normes internationales fixant le niveau dangereux de concentration de cendres volcaniques.

Par ailleurs, certains redoutent désormais les effets d'une éruption prolongée, mais aussi celle — très hypothétique — du volcan Katla, situé près de celui qui s'est déjà réveillé. Les effets d'une telle éruption pourraient s'avérer dévastateurs pour l'industrie du voyage et du tourisme, qui représente jusqu'à 5 % de la richesse créée en Europe. Pour l'analyste économique Vanessa Rossi, de l'institut de recherche londonien Chatham House, il suffirait d'une baisse d'un cinquième du nombre de voyageurs pour réduire à néant les espoirs de reprise économique de l'Union européenne en 2010. L'effet boule de neige pourrait coûter un à deux points de PIB, «ce qui veut dire que nous restons en récession».

Mais pour le moment, il est prévu que presque 100 % du trafic aérien sera assuré en Europe aujourd'hui.

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Avec l'Agence France-Presse et Associated Press