Accès au réseau d'Hydro-Québec - Nalcor fait les cent pas en attendant la décision de la Régie

Le président de Nalcor, Ed Martin, attend impatiemment la réponse de la Régie de l’énergie afin de savoir s’il doit travailler sur un plan B pour le transport de l’énergie terre-neuvienne.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le président de Nalcor, Ed Martin, attend impatiemment la réponse de la Régie de l’énergie afin de savoir s’il doit travailler sur un plan B pour le transport de l’énergie terre-neuvienne.

D'une certaine manière, la société hydroélectrique de Terre-Neuve, Nalcor, fait les cent pas. En attendant la décision de la Régie de l'énergie du Québec au sujet de l'accès au réseau de transmission d'Hydro-Québec, l'énorme projet de développement du Bas-Churchill, une affaire d'environ 6 milliards, est couvert de variables.

«C'est majeur, parce qu'il est ici question de certitude. Dans les grands projets, la certitude règne en maître et roi», dit le président de Nalcor, Ed Martin, rencontré lors d'un bref passage à Montréal hier. «En premier lieu, j'ai besoin d'une réponse. Que je l'aime ou pas, ça, c'est autre chose.»

La décision, que Nalcor attend au cours des prochaines semaines, vise à répondre à une plainte que la société a déposée contre Hydro-Québec il y a déjà plusieurs mois, et au sujet de laquelle des audiences ont eu lieu en janvier et en février.

À cette bataille s'ajoute celle de la centrale de Churchill Falls, mise en service en 1971, qui se déroule en Cour supérieure du Québec. Nalcor veut faire rouvrir l'entente de 1969 en vertu de laquelle Hydro-Québec achète l'électricité de cette centrale à un prix ridiculement bas pour ensuite la revendre à ses propres clients.

En gros, le litige devant la Régie tourne autour du fait que Nalcor veut pouvoir utiliser le réseau d'Hydro-Québec pour exporter l'électricité produite par son futur complexe du Bas-Churchill, situé au Labrador, en direction de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Angleterre et de l'État de New York.

La rivière Churchill est déjà harnachée par un complexe qui produit 5400 mégawatts, soit 65 % du potentiel énergétique de la rivière. Pour récolter le 35 % qui reste, Nalcor planche donc sur un deuxième complexe réparti sur deux sites différents, lesquels pourraient produire près de 3100 mégawatts.

Rejet en 2007

Nalcor a demandé dès 2006 à avoir accès au réseau de la société d'État québécoise. La demande a été rejetée l'année suivante, l'argument voulant que le réseau d'Hydro-Québec ne pouvait répondre à cette surcharge à moins d'un investissement majeur. La société mère de Nalcor a déjà affirmé qu'Hydro lui demande 3 milliards.

Advenant le rejet des plaintes de Nalcor, la compagnie va travailler sur son plan B, c'est-à-dire la construction d'une ligne de transport qui relierait Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. D'ailleurs, la société a déjà entamé des travaux d'évaluation du sol marin pour déterminer le tracé de la ligne.

De manière générale, Hydro-Québec n'a jamais fait de commentaires au sujet du dossier.

«La décision sera importante, car je pourrai mettre des chiffres, commander des analyses de risque, produire des scénarios et faire des recommandations, dit Ed Martin. Déjà, nous avons fait des estimations de coûts pour les deux tracés.»

Par ailleurs, la récente rupture de l'entente de 3,2 milliards entre Hydro-Québec et Énergie Nouveau-Brunswick concernant l'achat de certains actifs semble laisser Nalcor plutôt indifférente. Après tout, aux yeux de Nalcor, la partie inquiétante de l'entente, celle portant sur l'acquisition du réseau de transmission néo-brunswickois, avait été laissée tombée en cours de route.

Prié de dire s'il souhaiterait un jour acquérir ces actifs d'Énergie NB si jamais ils étaient remis en vente, M. Martin a été diplomate. «Nous ne fermerions la porte sur rien. Mais ce qui nous intéresse, ce sont des ententes où tout le monde trouve son compte.»