Syndicalisation: le droit accordé à des travailleurs saisonniers sera porté en appel

Le fermier de Mirabel dont les travailleurs mexicains ont obtenu le droit de se syndiquer affirme que la décision de la Commission des relations du travail (CRT) fera l'objet d'une demande en révision judiciaire, ce qui retiendra l'attention des agriculteurs du Québec, dont le déroulement de la récolte s'appuie sur des milliers de travailleurs étrangers.

«C'est certain que les avocats vont porter ça en appel», a dit lors d'un entretien Pierre Locas, de la ferme L'Écuyer & Locas, qui fait notamment la culture du chou et du chou-fleur. «D'une certaine manière, les avocats se trouvent à défendre tous les producteurs du Québec. [...] Si jamais ça passait, ça serait une catastrophe pour l'agriculture. On a déjà de la difficulté à faire concurrence aux autres pays.»

Appelée à trancher sur la demande de syndicalisation de six travailleurs saisonniers au service de la ferme de M. Locas, la CRT a estimé qu'un des articles du Code du travail du Québec qui les empêchait de s'associer constitue une entrave à leur liberté d'association garantie par la Charte des droits et libertés.

À l'article 21 du Code du travail, on stipule que le droit à l'accréditation appartient à la majorité absolue des salariés d'un employeur, mais que les travailleurs agricoles ne sont pas des salariés, «à moins qu'ils n'y soient ordinairement et continuellement employés au nombre minimal de trois».

La CRT a écrit que ce passage de l'article 21 «contrevient, sans justification, à la liberté d'association». Par conséquent, la Commission a décrété sur-le-champ que l'article est «inopérant», car il «empêche les travailleurs saisonniers exclus d'influencer véritablement sur leurs conditions de travail».

Cependant, M. Locas a affirmé au Devoir que lors des audiences, ses travailleurs «ont été un peu poussés à amplifier des choses».

La FTQ a jugé que la décision marque une victoire pour les travailleurs agricoles, qu'ils soient migrants ou québécois. Contrairement à ce qu'a écrit Le Devoir hier, le Québec compte non pas 2700 travailleurs migrants, mais plus de 6600.

Une partie des frais juridiques que devra payer M. Locas seront pris en charge par l'Union des producteurs agricoles.
4 commentaires
  • Marie Ménard - Abonnée 22 avril 2010 09 h 31

    Syndicalisation: le droit accordé à des travailleurs saisonniers sera porté en appel

    Quand des personnes optent pour se syndiquer c'est qu'elles croient ne pas être respectées, elles se solidarisent pour se défendre. Un peu comme les producteurs agricoles ou laitiers ont fait en se dotant de leurs propres syndicats. Il arrive toutefois des dérives. Je pense notamment au traitement réservé aux producteurs artisans de fromages... Tristement, on ne peut donc s'étonner du traitement accordé aux demandes des travailleurs mexicains. Quand les droits des uns dérangent les autres...

  • Michel Chayer - Inscrit 22 avril 2010 23 h 59

    L'UPA sent le fumier

    Cela va de soi que les travailleurs agricoles puissent négocier la valeur de leur travail.

    À l’époque, quand j’étais jeune, je suis allé à quelques reprises travailler au champ, mais les producteurs rechignaient toujours à nous payer convenablement.

    Un travailleur agricole québécois vivotait dans ce temps-là (circa 1970), entre les dortoirs du producteur, l’assurance-chômage, l’Aide-social et les petites chambres miteuses des grandes villes durant la saison morte.

    Un emploi de misère qui ne convenait que pour les quasi-vagabonds.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 23 avril 2010 09 h 49

    L'UPA sent le fumier? Et les gouvernements alors?

    M. Chayer a raison. D'un autre côté, les politiques ou plutôt... l'absence de politiques gouvernementales globales, dans le domaine agro-alimentaire comme ailleurs, c'est pitoyable.

    Mis à part la protection du territoire agricole, rien n'a été fait depuis, et la sitation de nos agriculteurs aujourd'hui est elle aussi pitoyable. Nous sommes sur la voie de n'être plus en mesure d'assurer notre autosuffisance alimentaire, ce qui est inquiétant.

  • Philippe V. - Inscrit 26 avril 2010 15 h 29

    L'UPA sent le fumier... et ça ne change pas

    Les conditions que M. Chayer décrit sont toujours les mêmes dans le milieu de la pomme, le seul que je connais au Québec. Ce sont toujours des quasi-vagabonds qui y travaillent, et ne parlons pas de dortoirs, c'étaient plutôt le grenier d'une grange avec des draps séparant les "couchettes" ou une tente à même le ciment. C'était choquant à voir. Ironiquement, les travailleurs guatémaltèques bénéficiait de dortoirs acceptables, surement une exigences des programmes d'embauches, mais d'un autre côté travaillaient du levé du jour à la tombé de la nuit, et étaient payés à l'heure à la place qu'à la production (ce qui serait pour eux beaucoup plus payant).

    Le travail de la pomme permet de vivoter à ceux et celles qui ne peuvent trouver mieux. Pas besoin de présenter un CV pour y travailler. Certaines personnes préfère ça, malgré les conditions de travail. Au moins t'a pas à vivre l'humiliation qu'on peut vivre en ville, ou malgré ton expérience et tes diplômes, on te refuse des jobs de commis d'épiceries par exemple, ou tu es le 500ième à appliquer.

    Philippe